12 Sivan 5778‎ | 26 mai 2018

Quelques clés pour mieux comprendre les enfants qui nous sont confiés et les accompagner plus sereinement vers l’âge adulte…

Nous voyons de plus en plus de Parents confrontés à des adolescents qui manifestent leur mal être à l’école et/ou à la maison et qui bouleversent un certain équilibre familial installé depuis plusieurs années. Le plus souvent dans nos familles, ces conflits s’accompagnent d’un net relâchement dans la pratique religieuse qui est mal perçu par l’entourage et donc mal vécu par les Parents.Il est toujours très difficile de dater et de repérer l’origine et la cause de ce phénomène qui résulte toujours d’un faisceau de paramètres et de facteurs déclencheurs qui varient d’un enfant à l’autre. L’étude des problèmes humains n’est pas une science exacte et c’est ce qui rend l’analyse à la fois complexe mais aussi passionnante et qui exige toujours une grande prudence dans l’observation et la réflexion. Cependant, en tant que Bné Torah,nous avons baroukhHachem de quoi alimenter notre analyse des problèmes actuels à travers l’exemple et la pensée de nos Hakhamim,toute la difficulté étant de parvenir à bien décrypter leurs messages. C’est ainsi qu’avec beaucoup de prudence et d’humilité, on pourrait apporter certains éclairages susceptibles de nous aider à mieux comprendre nos enfants et à les accompagner pour mieux les construire à l’adolescence.En effet, il existe de nombreuses « clés » permettant de mieux comprendre les problèmes auxquels nous sommes confrontés en tant que Parent, Enseignant ou Educateur. A travers cet article, on se proposed’essayer humblement d’analyser 3 clés essentielles, sachant que chacune d’entre elles devrait faire à elle seule, l’objet d’une étude approfondie que ces colonnes ne permettent pas de développer.
En premier lieu, il faut savoir que les enfants sont à l’image des Parents, non pas l’image apparente mais plutôt l’image cachée qui reflète nos traits de caractères bons ou moins bons, essence même de notre authentique personnalité.La seconde « clé » majeure est la prise de conscience de la valeur infinie de l’âme juive qui nous est confiée, soit en tant qu’enfant,soit en tant qu’élèveet dans les deux cas, notre responsabilité est immense et nous engage sur plusieurs générations.La troisième « clé » qui résulte en partie des deux précédentes est l’amour inconditionnel et permanent à l’égard de l’enfant dont l’adulte doit faire preuve en saisissant toutes les occasions de le manifester.

1- Nous ne soupçonnons pas à quel point nos enfants sont
à l’image de leurs Parents.
Rabbi TsadokHacohen de Lublin, explique dans un commentaire que la semence de l’homme qui va servir à concevoir l’enfant prend sa source dans l’endroit le plus profond du cerveau de l’homme et va avoir une influence majeure sur l’enfant qui va naître. En effet ce qui est perceptible au niveau de la ressemblance physique va l’être au moins autant au niveau des traits de caractères qui vont souvent se confirmer avec l’enfance à travers la vie de famille et les valeurs qui y sont développées. Ainsi l’enfant va véhiculer au moins une partie des désirs profonds qui animent les Parents, les ambitions parfois inavouées qui sommeillent en eux et enfin les buts véritables,affichés ou non, qui motivent leur existence. Nous rencontrons ainsi certains Parents qui ont « tout fait » pour que leur enfant devienne un TalmidHakham sans y parvenir, alors que d’autres apparemment beaucoup moins attachés à l’étude de la Torah vont avoir un fils brillant TalmidHakham. Je choisis volontairement cet exemple qui peut paraître simpliste mais la caricature permet de se représenter un phénomène résultant de nombreux paramètres complexes et variés.
Les Parents, souvent prisonniers du regard des autres, vont souvent être agacés par leurs propres défauts véhiculés de manière caricaturale par leurs enfants qui eux, ne sont pas encore entrés dans « la danse du jeu social » des adultes. Ce dernier paramètre risque d’être une source de conflit majeure à l’adolescence si les Parents ne s’affranchissent pas rapidement de ce que l’on nomme de nos jours le« politiquement correct » afin d’affirmer leur véritable personnalité et de développer une relation authentique avec leurs enfants. Bien entendu, là encore, notre propos doit être relativisé à tous les niveaux pour ne pas sombrer dans la caricature car d’une part, dans notre Communauté, nous sommes face àun schéma familial où il existe un amour réciproque entre les Parents et leurs enfants mais d’ autre part nous assistons à une croissance des divorces qui sont un véritable « tsunami affectif » pour les enfants victimes de telles situations. Je voudrais à ce propos ouvrir une parenthèse concernant le problème des divorces qui n’ont fait qu’augmenter au cours de ces dernières années. Loin de moi la volonté de culpabiliser ou de porter un jugement de valeur sur des situations très complexes et de grande souffrance mais avant de prendre une telle décision, il convient de prendre conscience des graves blessures engendrées par un divorce sur les enfants quel que soit leur âge. Je me permets d’émettre un avis car depuis plus de trente ans,je vis au quotidien avec des enfants qui partagent leurs états d’âmes et je voudrais demander aux couples en difficulté de solliciter de l’aide afin de déployer tous les moyens possibles pour éviter le divorce dont les conséquences sur les enfants sont parfois irréparables.
2 – Chaque enfant est unique et incarneune âme juive d’une valeur inestimable.
Bien souvent, les Parents ou les Enseignants responsables de l’éducation de l’enfant n’ont pas vraiment conscience de la valeur de l’âme juive qui leur est confiée et certaines circonstances vont parfois les conduire à déprécier,frustrer, voire pire encore, brimer l’enfant sans mesurer les dommages susceptibles de laisser une empreinte indélébile sur son présent et surtout son avenir. Lors de la guerre contre Amalek, la Torah nous montre avec quelle considération Mochérabbénou s’adresse à Yéhochoua. En effet, Moché s’adresse à Yéhochoua en ces termes : « Ba’harlanouanachim… choisis pour nous des hommes… ».De là nous voyons que Moché élève son disciple à son niveau et la Michna de Pirké Avot apprend de ce passage de la Torah l’enseignement suivant : Rabbi Eléazar ben Chamoua enseigne : « Que l’honneur de ton élève soit à tes yeux,au moins aussi important que ton propre honneur… » (Perek 4 Michna 12). Cet enseignement est sans équivoque et nous recommande de s’adresser à l’élève avec autant d’égard et de considération qu’on en attend pour nous-mêmes. On pourrait objecter que le cas de Yéhochoua est spécial car c’était un « élève modèle », ce qui est confirmé par la Torah, car c’est lui qui a été choisi pour succéder à Moché,mais dans ce cas nos Hakhamim, n’auraient jamais généralisé cet exemple à tous les Maîtres et quel que soit le profil d’élève.On pourrait rapporter bien d’autres sources de la Torah qui démontrent combien l’âme divine qui réside dans chaque Juif, exige que l’on traite chaque Ben ou Bat Israël avec une considération et des égards exceptionnels. Ainsi que l’on soit Parent ou Enseignant nous devons impérativement avoir conscience de la valeur inestimable des enfants qui nous sont confiés par Hachem Lui-Même et ne pas se laisser envahir par des sentiments négatifs issus d’un environnement qui pollue la clarté de notre vision du prochain. En effet, on se lamente ces deniers temps sur le niveau spirituel et moral de nos adolescents en brandissant le téléphone portable comme étant le fléau de notre génération etle responsable de tous nos maux.Cependant, force est de constater que nos adolescents sont souvent vulnérables et donc réceptifs aux influences extérieures maisqu’ils ontété aussi pétris de Torah, de Mitsvot et de bonnes actions et tout cela accompagné de bonnes Midot. Cela nous conduit à réaliser que leur vraie nature résulte de l’investissement immense fait par les Parents depuis leur tendre enfance et si la crise d’adolescence vient troubler cet équilibre, il faut bien comprendre que ces turbulences ne sont que passagères face à l’éternité des valeurs acquises depuis l’enfance.
3 – Manifester et nourrir en permanence un amour inconditionnel et infini envers chaque enfant.
Concernant le lien qui existait entre YaacovAvinou et Binyamin,il est écrit : « son père l’aime » et « s’il quitte son père,il en mourra » car « son âme est attachée à son âme ».Le Rachbam explique que l’âme de Yaacov était tellement attachée à celle de Binyamin que, si ce dernier le quittait,Yaacov ne pourrait pas rester en vie. Binyamin a grandi comme un orphelin après la disparition prématurée de Ra’helIménou,et sans Yossef, son frère unique du côté de sa mère, que l’on croyait mort. Néanmoins, son père l’aimait de toute son âme. Généralement, les enfants ressentent l’intensité de l’amour de leurs parents qui influe sur leur développement et qui va leur permettre d’affronter les vicissitudes de la vie avec l’assurance et la confiance en soi nécessaires.Binyamin qui a bénéficié de l’attention exceptionnelle de son père, s’est hissé à un niveau spirituel qui n’a été atteint par personne d’autre dans l’histoire de notre peuple. En effet, dans le traité de Baba Batra (17a), il figure non seulement parmi les sept personnes qui n’ont pas été la proie des vers après leur mort mais aussi parmi les quatre personnes qui n’ont jamais fauté et ne sont mortes « qu’à cause du serpent ».Rachi explique : Cela signifie qu’il n’avait pas mérité de mourir,mais le décret avait été prononcé pour toute la descendance d’Adam à la suite du conseil du serpent.Ainsi, Binyamin est le seul à figurer sur ces deux listes. En outre, la Torah lui a attribué dans les bénédictions faites par Moché,le titre particulier « d’ami d’Hachem » et nos Sages soulignent que les deux Temples ont été érigés sur son territoire.
A travers l’exemple de Binyamin, on peut percevoir à quel point l’amour des parents est vital car il représente « l’huile » qui va permettre aux enfants de réaliser le potentiel qui est en eux. Ainsi, certains orphelins qui ont reçu un amour sincère, pur et ouvert, sont parvenus eux aussi, à atteindre des niveaux spirituels considérables.Ce que l’on appelle l’amour des parents, va se traduire, les premières années de l’enfance, par des gestes affectifs et contacts physiques qui vont rapidement céder la place à l’attention et la considération que l’on va porter à l’enfant et que l’on désigne en hébreu par le terme « ya’hass ». En effet, les enfants qui rencontrent des difficultés scolaires ou autres souffrent, la plupart du temps,d’un manque d’affection c’est-à-dire d’attention ou de considération de la part des adultes qui jouent un rôle majeur au cours de leur existence : Parents,Morim, Professeurs…
Pourtant, les Parents « déçus » du comportement et des résultats obtenus par leurs enfants ne soupçonnent pas à quel point ces derniers désirent leur faire plaisir, voire les impressionner afin qu’ils portent un regard positif sur eux. Toutefois, on observe que l’amour des parents, loin d’être inconditionnel, va au contraire dépendre le plus souvent du niveau de performance de l’enfant que l’on va, qui plus est, comparer à d’autres élèves ou pire encore à ses frères et sœurs qui ontété mieux lotis par la vie.Ce cercle infernal que certains dénoncent mais que le plus grand nombre néglige est pourtant à l’origine de la plupart des difficultés rencontrées par un nombre croissant de nos jeunes qui souffrent de deux maux essentiels : Le manque de confiance en soi issu d’un déficit d’attention et de considération cumulé au cours des années.Le manque de confiance dans l’adulte qui ne l’a pas assez ou pas du tout soutenu, ou protégé face à ses difficultés ou qui a, pire encore, triché avec lui ou l’a trahi.Face à ce bilan difficile à assumer, il existe certes, des solutions qui s’inscriront forcément dans la durée et exigeront une remise en cause profonde des conceptions et de l’approche éducatives véhiculées.
Pinhas BRAHMI Directeur de l’Ecole ESCHEL Ecole ESCHEL : 118 rue de Crimée – 75019 Paris Tel: 01.42.96.28.60 ou 07.62.59.28.28 Email:pbrahmi4@gmail.com

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