17 Tishri 5779‎ | 26 septembre 2018

Inauguration de l’Ambassade américaine à Jérusalem: Lorsque les Américains parlent d’histoire et de vérité

Deux qualificatifs sont revenus de manière redondante dans les interventions des très hautes personnalités qui ont pris part à la cérémonie d'inauguration de l'ambassade des Etats-Unis, à Jérusalem : historique et vrai. Analyse de cette cérémonie hors normes.

Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu speaks as U.S. Ambassador to Israel David Friedman sits next to him during the dedication ceremony of the new U.S. embassy in Jerusalem, May 14, 2018. REUTERS/Ronen Zvulun - RC1371421C00

Historique parce que le simple fait que la seule véritable superpuissance au monde reconnaisse officiellement que Jérusalem est la capitale d’Israël s’inscrit incontestablement en lettres d’Or dans l’histoire trimillénaire de la ville sainte. C’est de facto la reconnaissance du lien existant entre le peuple juif et la ville de tous ses regards.
Historique, parce que, comme l’a dit Donald Trump lui-même dans une brève intervention par vidéo, « il y a 70 ans jour pour jour, le président Harry Truman reconnaissait l’Etat d’Israël et aujourd’hui, avec certes un certain retard, nous inaugurons cette ambassade dans ce qui est de facto la capitale d’Israël et la preuve de l’esprit inébranlable du peuple juif ».
Historique parce qu’en citant ces versets des Téhilim, dès le début de son intervention, le président israélien Réouven Rivlin a fait un lien direct entre le roi David qui a fait de Jérusalem sa capitale, et la reconnaissance de la capitale par le président Trump.
Historique parce que Binyamin Nétanyaou a, lui aussi, invoqué l’Histoire en s’adressant au président américain : « En inaugurant cette ambassade, vous écrivez l’Histoire et nous en seront éternellement reconnaissants. Souvenons-nous de cet instant. »
Vrai parce que l’ambassadeur des Etats-Unis en Israël, David Fridman, principal artisan du transfert de l’ambassade à Jérusalem, a lui aussi souligné que le président parlait vrai et qu’il n’avait qu’une parole.
Vrai, parce que le message transmis par Jared Kushner, gendre et conseiller spécial du président américain a insisté sur la relation de confiance que Donald Trump entend instaurer avec ses amis et ses alliés : « Lorsque le président fait une promesse, il la tient » avant de préciser : « Pour faire la paix il faut dire la vérité et parler vrai ». Jared Kushner a également prononcé une petite phrase qui pouvait impliquer plusieurs sous-entendus : « Le temps est venu de prendre des décisions importantes » a-t-il déclaré :
Et d’ailleurs, certains observateurs israéliens toujours très au courant ont fait circuler, ces derniers jours, des rumeurs sur l’intention de l’administration Trump de présenter prochainement son fameux plan de règlement du conflit israélo-arabe. Pour eux après avoir fait un tel cadeau à Israël, il va sans dire que le président américain s’apprête à exiger des contreparties substantielles aux Israéliens. Mais cette évaluation se heurte à deux obstacles : d’abord, les Palestiniens ne sont pas du tout dans une perspective de relance du processus de paix. En début de semaine, le négociateur Saeb Arikat a affirmé qu’en inaugurant leur ambassade à Jérusalem, les Américains s’étaient disqualifiés aux yeux du peuple palestinien et ne pouvaient plus servir de médiateurs. Qui plus est, même si les Palestiniens étaient déjà solidement assis à la table des négociations ils s’en seraient immédiatement levés en découvrant les propositions américaines. Et le second obstacle, c’est que cette appréciation s’inscrit dans le narratif traditionnel de la diplomatie, narratif selon lequel tout geste en direction des Israéliens doit obligatoirement s’accompagner d’un geste en direction des Palestiniens. Or, ceux qui suivent le président Trump comprennent qu’il n’a pas l’intention de réagir selon les poncifs habituels qui de facto n’ont rien donné jusqu’à présent. « Des territoires contre la paix », « deux Etats pour deux peuples ». Il semble de plus en plus probable que ces principes tirés de l’idéologie d’Oslo, n’ont jamais vraiment séduit le Président américain.
Nous évoquions la centralité d’un message américain vrai et clair : ce message est diamétralement opposé aux mensonges historiques que les Palestiniens brandissent depuis des décennies contre Israël et que la communauté internationale s’était habituée à admettre. Désormais avec Trump, la diplomatie n’est plus l’art du double langage qui, comme le disait Balzac, est la victoire de la ruse sur la force, mais c’est l’expression d’un discours qui paraît parfois simpliste mais qui sonne « vrai ». Et côté israélien on comprend aisément que si cette approche américaine fait des émules dans d’autres pays à travers le monde, alors le message d’Israël, fait lui aussi de Emet, de Vérité, aura plus de chance d’être entendu.
Pourquoi les Européens ont tant de mal à reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël.
Alors que plusieurs pays d’Amérique latine (Guatémala, Paraguay et Honduras) reconnaissent déjà Jérusalem comme capitale ou s’apprêtent à le faire, l’Europe de l’Ouest (France, Allemagne, Grande Bretagne, Italie) se cantonnent dans le rejet le plus total. Preuve en est : ces pays ont refusé d’envoyer leurs ambassadeurs à la cérémonie d’ouverture de l’ambassade à Jérusalem.
Dans un éditorial pertinent (Israel Ayom, 15.5), Eldad Beck qui vit depuis de nombreuses années à Berlin fait remarquer que jamais les pays européens n’ont reconnu pas même l’ouest de Jérusalem comme capitale d’Israël. Il indique ainsi qu’avant juin 67, la Hollande était le seul pays d’Europe à avoir installé son ambassade dans Jérusalem alors divisée : « Cela signifie clairement que le refus des Européens de transférer leur ambassade dans la capitale israélienne n’est pas lié à la guerre des Six jours et à la réunification du 7 juin 67 mais qu’elle repose sur des causes bien plus profondes. Et d’expliquer que ces motivations étaient à l’origine d’ordre religieux. Les nations de l’Europe chrétienne n’ont jamais voulu admettre, pas même en 1948 que Jérusalem, la ville ou Jésus à été crucifié, « à cause des Juifs » (du point de vue de ces nations) puisse revenir un jour entre les mains du peuple juif… Depuis, de nombreux pays européens ont perdu leur identité chrétienne et religieuse mais cela ne les a pas empêchés de conserver, consciemment ou non, des positions anti-juives. Certes, certains des pays de l’Union Européenne, tentent de se libérer des contraintes imposées par les nations les plus puissantes qui se refusent à voir la réalité en face, et qui rechignent à considérer l’Etat d’Israël un partenaire véritable. C’est Bruxelles qui donne le ton et qui applique les directives politiques essentiellement dictées par Paris et Berlin. Et Bruxelles fera tout son possible pour dissuader des pays d’Europe centrale comme la Tchéquie, la Roumanie, la Pologne, la Hongrie et peut-être aussi l’Autriche de briser le « consensus imposé quant au statut de Jérusalem. Car de facto, l’Europe n’a pas l’intention de renoncer à son « droit » de décider pour les Juifs où ils vont vivre ».
Daniel Haik