5 Av 5778‎ | 17 juillet 2018

A Vitry la communiste, les Juifs résistent difficilement…

Cette ville où cent fidèles fréquentent encore la synagogue se distingue par une propagande anti-israélienne constante et le mépris de la majorité municipale pour la communauté. Son président, David Rouah,a rué dans les brancards lors de la Journée de la déportation du 29 avril.

Le docteur David Rouah est un résistant. Président de la communauté consistoriale de Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, il doit ferrailler contre une municipalité invariablement communiste depuis… 1920. « Cette année, nous avons décidé de taper du poing sur la table à l’occasion de la Journée du souvenir de la déportation,le 29 avril dernier, explique-t-il. Nous, Juifs, ne sommes jamais invités à la cérémonie alors qu’elle devrait être organisée par la mairie en partenariat avec nous, comme c’est le cas presque partout ailleurs en France ! J’ai donc appelé le matin-même Maurice Cottier, responsable de l’association locale des anciens combattants, communiste lui aussi, pour l’informer que je viendrai devant le monument dédié ici aux victimes du nazisme- malgré l’absence de carton destiné à ma personne ni à aucun fidèle de notre synagogue. Sur place, j’ai pris la parole d’autorité(ce qui n’étaitévidemment pas prévu) et j’ai apostrophé la centaine de personnes présentes, dont le maire, Jean-Claude Kennedy, sur le climat politique insupportable qui règne à Vitry. Il y a eu un brouhaha général et les élus de gauche sont partis sans me dire un mot, sauf un socialiste. En revanche, les conseillers de droite m’ont approuvé et Michèle Bonhomme-Afflatet, épouse du leader de l’opposition municipale Alain Afflatet, des Républicains, m’a manifesté sa compassion ». Celui-ci est issu d’une famille ayant caché des Juifs sous l’Occupation.
Le docteur Rouah n’a pas noirci le tableau. Cette « banlieue rouge » où résident encore quatre cents foyers juifs (contre environ six cents il y a une décennie) se distingue par une propagande antisioniste constante qui attise la haine.Ce 1er mai, le muguet était très officiellement vendu par la mairie « au profit du peuplepalestinien ». Le chef terroriste incarcéré en Israël Marwan Barghouti a été élevé au rang de « citoyen d’honneur », ce qui a d’ailleurs conduit trois cents personnes à manifester leur indignation à ce sujet sous les fenêtres de l’Hôtel de Ville : un succès pour la communauté et son président. Les enfants des écoles sont régulièrement conviés à des « voyages de solidarité » dans les Territoires, mais ils ne visitent guère l’Etat juif à l’intérieur de la ligne verte… Des panneaux anti-israéliens sont déployés à la mode stalinienne dans l’espace public.David Rouah rapporte que les cent fidèles du Chabbat matin doivent sortir prudemment de la synagogue car ils s’exposent à des jets de bouteilles ou de canettes. Enfin, les petits Juifs du secteur ne fréquentent plus que des établissements confessionnels, notamment à Créteil.
Dans ces conditions, comment envisager l’avenir ? « Difficilement, répond notre interlocuteur, mais le rav David Elfassi et moi-même tenons bon. Nous avonsl’intention de multiplier les allocutions, d’alerter la population par voie de presse et d’affichage, bref de ne pas nous laisser faire. Tout le monde n’est pas antisémite à Vitry, loin de là ! Je soigne dans mon cabinet le président de la communauté musulmane modérée et son imam. Ils sont très critiques s’agissant du gouvernement au pouvoir à Jérusalem mais se calment rapidement quand ils se trouvent face à moi. Il est possible de discuter. Avec les habitués de la mosquée salafiste implantéeau début des années 2010 avec la bénédiction de la municipalité, c’est autre chose…Le salut ne peut venir que d’un changement d’équipe à la mairie. C’est hélas improbable pour l’instant. »

Axel Gantz