7 Elul 5778‎ | 18 août 2018

Apprendre à lire aux enfants « avant l’heure » : pour ou contre ? (1ère partie)

En préambule, signalons que dans le cadre de cet article, nous nous basons sur le programme établi dans les écoles de filles en Israël où l’apprentissage de lecture se fait en Kita Alef après avoir acquis l’alphabet hébraïque au Gan ‘Hova (grande session de maternelle). Toutefois, les témoignages et arguments pourraient également être transposés à un autre contexte, quelle que soit la langue concernée. La question essentielle consiste à savoir si l’apprentissage de la lecture à un âge précoce (ou du moins, avant qu’elle ne soit enseignée à l’école) est profitable pour l’enfant ou si au contraire, ce cran d’avance risquerait de lui porter préjudice ? Pour mieux cibler les différentes facettes d’une telle situation, référons-nous, en premier lieu, à quelques exemples vécus avant de rapporter quelques recommandations de professionnels expérimentés.
La parole aux mamans…
– Mme B. « Ma fille aînée avait eu du mal avec la lecture en Kita Alef, ce qui m’avait convaincue à m’y prendre autrement pour Sarah, ma plus jeune fille. J’étais décidée à me charger moi-même à lui apprendre à lire avant son entrée à l’école. Par conséquent, tout au long de sa troisième année de Gan, je me suis investie au maximum pour lui apprendre à lire et effectivement, mes efforts ont porté leurs fruits… A son entrée en Kita Alef, Sarah lisait couramment, j’étais rassurée… En revanche, je ne me doutais pas des mauvaises surprises qui m’attendaient au tournant : Sarah s’ennuyait en classe, elle avait du mal à se faire des amies car à ses yeux, ses camarades étaient immatures… Aujourd’hui, je doute fort si le fait de lui avoir appris à lire à un âge précoce ne l’ait pas incitée à prendre le pli de ne pas être suffisamment attentive en cours ».

– Pour la maman de Myriam qui a entrepris une initiativesimilaire, cette expérience fut, au contraire, couronnée de succès. « Myriam est une fille calme et assez timide qui a tendance à appréhender les nouveautés. En ce qui la concernait, le fait d’avoir acquis la lecture avant ses camarades de classe, lui a été profitable et a considérablement aidé à ce que son transfert entre le Gan et l’école se fasse en douceur ».

– Esther, quant à elle, nous fait part de ses souvenirs d’enfance : « A quatre ans et demi, je savais déjà lire et écrire. Après avoir pris conseil auprès de professionnels, mes parents avaient décidé de me faire entrer au C.P à 5 ans. Toutefois, je n’étais pas une petite fille heureuse… En classe, je m’ennuyais vu que j’avais plutôt le niveau de Kita Beth. Et, parallèlement, je n’étais pas assez mûre, je languissais le Gan et j’avais encore besoin de jouer… J’avais peut-être des capacités intellectuelles… mais je manquais de maturité. Savoir lire ou écrire ne reflète pas forcément le niveau de maturité d’un enfant. Il y a d’autres critères à analyser pour vérifier si un enfant est prêt pour intégrer la grande école ».

Le mot de la Ganénet :
Mme Weber, jardinière d’enfants au Gan ‘Hova depuis de longues années, précise qu’elle rencontre chaque année quelques fillettes de sa classe de maternelle qui savent déjà lire. Elle n’y voit aucun inconvénient. Ces petites ont plaisir à lire les inscriptions qui figurent sur le tableau ou sur les différents supports pédagogiques qu’elles utilisent. A son avis, ce cran d’avance contribue à renforcer leur confiance en soi. Mme Weber émet tout de même une certaine réserve : « cette situation est positive tant que c’est l’enfant lui-même qui, animé d’une certaine curiosité intellectuelle, réclame à apprendre à lire. Si ce n’est pas le cas, il n’y a pas de raison que les parents se pressent à apprendre à lire à leurs jeunes enfants avant l’heure. En exerçant une pression sur l’enfant pour lui faire acquérir la lecture, le processus d’apprentissage risque d’être plus long et plus difficile ! »
Rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir quelques conseils à suivre !
Yokheved Levy