9 Kislev 5781‎ | 25 novembre 2020

Dvar torah sur Pessah – Qui es-tu, tam de la Hagada ? 

« Je Suis D.ieu qui t’a fait sortir du pays d’Egypte de la maison d’esclavage » (Chémot 20, 2). Hachem y a fait demeurer le peuple juif, afin qu’il s’habitue à vivre sous le joug d’un maître : ceci lui a permis d’accepter plus facilement Son joug. A la différence d’un employé qui, travaillant sous les ordres de son patron, garde son autonomie, l’esclave annule ses propres aspirations ; il ne lui vient même pas à l’esprit de se rebeller, au point que ceci devient chez lui une seconde nature. Alors qu’en Egypte, les juifs ont souffert de leur état d’esclave et ont imploré D.ieu de les libérer, lorsqu’ils sont choisis au Sinaï pour être Ses serviteurs, ils se réjouissent de leur passé, de même qu’ils furent guéris de leur stigmates physiques (Mekhiltarapporté dans Rachi 20, 15) : « A chaque parole de D.ieu, le monde entier fut empli de parfums, et leurs âmes s’envolèrent (de joie) » (Chabbat 88/b). En effaçant sa volonté personnelle, l’homme devient tamim –intègre, candide (n’en déplaise à Voltaire…), comme l’exige la Thora : « Tu seras intègre envers ton D.ieu » (Dévarim 18, 13). Le tam accepte les décrets divins sans équivoque, Ses lois et le sort qu’Il lui réserve sans y mêler son avis personnel : « Le tam ne cherche pas à découvrir le futur, mais accepte ce que lui arrive » (Rachi idem). Lorsque D.ieu ordonne à Avraham de se circoncire, Il fait précéder l’ordre en disant : « sois tamim ». Le patriarche était déjà âgé de 99 ans à ce moment, et cette opération n’était pas sans danger pour lui. De plus, en se circoncisant, il risquait de perdre des adeptes et d’attirer la haine des nations envers sa descendance. Il avait de bonnes raisons de s’opposer à l’ordre divin, mais en étant tamim, il abandonna totalement son destin entre les mains de D.ieu, sachant qu’Il connaît mieux que quiconque ce qui lui est bon ou non, un peu comme le tam des contes de rabbi Na’hman de Breslav. Les deux situations de tamLe premier sens de tam est « naïf », la caractéristique de celui qui est privé d’une intelligence permettant de mentir et de tromper autrui. Mais ce n’est pas à celui-ci que la Torah demande d’être tam, puisqu’il l’est déjà par nature. Elle s’adresse donc à celui qui possède l’intelligence de mentir, et lui demande de ne pas l’utiliser pour tromper autrui. Cependant, elle permet de mentir pour se défendre et se protéger. Yaacov comprend merveilleusement les astuces et les duperies de Lavan, et le patriarche fait appel à la ruse pour sauver sa vie et ses biens. Pourtant, il est l’exemple même d’ichtam (Beréchit 25, 24). Il ne fait usage de ses dons que pour sa défense, lorsque sa mère l’oblige à duper son père afin de s’approprier les bénédictions. Elle veut lui éviter qu’Essav soit son maître et qu’il le traite sans pitié. Son père dit alors à ce dernier, concernant Yaacov: « Ton frère est venu avec mirma » (Beréchit 27, 35). Ordinairement, mirma voudrait dire « ruse », mais le Midrach (rapporté dans Rachi) explique : « avec intelligence »; la ruse pour se protéger est une intelligence. Bien qu’on doive faire appel à son intelligence pour déceler les mauvaises intentions de personnes qui veulent faire du mal, et bien qu’il soit légitime de se protéger d’eux, voire même en utilisant le mensonge, cela doit cependant être fait avec beaucoup de bon sens. En soupçonnant trop facilement autrui, on risque de s’attirer des ennuis et des ennemis ; en se sentant soupçonné, l’autre peut ressentir de la haine, leurs
relations risquent d’en être affectées, et de telles situations peuvent amener à des meurtres et des guerres. L’homme doit se comporter avec témimout dans de nombreux domaines. Observant les gens qui réussissent dans la vie ou qui s’enrichissent malhonnêtement, il pourrait facilement en venir à les envier, les imiter ou s’associer à eux. La Torah ordonne à l’homme de faire confiance à D.ieu, et de savoir qu’il réussira en se comportant honnêtement et selon Sa volonté. A l’homme d’être candide et innocent, et non pas cynique et effronté. Tam comme un animal Il convient d’effacer sa personne devant D.ieu plus qu’un esclave vis-à-vis de son maître : on doit se soumettre à Lui comme un animal! Ce dernier n’a aucune conscience personnelle et agit totalement selon les ordres de son maître. Le verset dit : « L’homme et l’animal D.ieu délivre » (Tehilim 36, 7), ce qui signifie : « L’homme doté d’une grande intelligence, qui s’humilie comme un animal devant D.ieu, sera sauvé par Lui » (‘Houlin 5/b). Pour acquérir un esclave ou un animal, l’acheteur doit les tirer vers lui. Pour l’animal, il suffit de l’appeler, et dès que celui-ci aura fait quelques pas en direction de son futur maître, il sera le sien, car son conscient est entièrement dépendant de l’homme. Par contre, pour l’achat d’un esclave qui a son propre avis, il faut le tirer avec les mains (Kidouchin 22/b). Le tam de la HaggadaComme nous le rapportons dans la Haggada de Pessa’h, la sanctification d’un nouveau-né animal ou humain interpelle le fils tam: « Tu consacreras à D.ieu tout premier-né, des animaux mâles… Tu rachèteras tout premier-né de l’homme… et lorsque ton fils te demandera un jour : “Qu’est-ce que cela signifie ?” Tu lui répondras : Par Sa main puissante, D.ieu nous a fait sortir d’Égypte, de la maison de servitude… » (Chémot 13, 13-15). Est-ce celui qui est né tam, ou qui se comporte comme un tam dont il est question ici ? S’il s’agit du simplet, il pense sans doute qu’étant simple, il n’est pas adapté au service divin. Cependant, en constatant que l’on sanctifie le premier-né de l’homme et de la bête, il s’étonne : « Qu’est-ce que cela ? » Le père lui explique alors que l’animal soumis à son maître mérite d’être sanctifié, à fortiori un humain. S’il s’agit d’un enfant doué et futé, il pense que le service divin ne consiste qu’en d’éternelles réflexions, des raisonnements intellectuels et des doutes permanents, et lorsqu’il voit le nourrisson et la bête sanctifiés, il s’étonne ! Le père lui explique qu’il se doit de servir D.ieu fidèlement et candidement. Du temps de l’inquisition en Espagne, le SageYa’avets témoigna que pour rester en vie, nombre de juifs intellectuels bâtirent des raisonnements leur permettant de se convertir au christianisme, alors que beaucoup de juifs simples et intègres montèrent vaillamment sur le bûcher. En fait, tant que l’Autel était à Jérusalem, l’homme offrait un sacrifice d’animal tamim – « parfait » (Vayikra 1, 3), qui le remplaçait auprès de D.ieu. Dès sa destruction, cette temimout dans le service de D.ieu semblable à celle d’un animal fut merveilleusement accomplie par ces juifs qui montèrent sur le bûcher.
Rav Yehiel BRAND