19 Tishri 5782‎ | 25 septembre 2021

La visite non politique en Israël du prince William

Le Ministère des Affaires étrangères britannique vient d’annoncer la visite du Prince William en Israël et dans les territoires Palestiniens pour l’été à venir. Sur le site de l’ambassade d’Angleterre en Israël, le communiqué en hébreu précise que la visite englobera l’Autorité Palestinienne, alors que celui en anglais émis par le Palais de Kensington annonce la venue du Duc de Cambridge « en Israël, en Jordanie et dans les territoires palestiniens occupés ». Selon l’ambassadeur britannique, David Quarrey, aucune différence entre les deux communiqués, le Royaume-Uni considère les Territoires Palestiniens comme occupés, et le Prince s’y rendra par souci d’équilibre. L’ambassadeur précise qu’il ne s’agit pas d’une visite politique, mais dont le but est de montrer les liens puissants qui unissent la Grande-Bretagne et Israël. «Les sujets concernant le processus de paix et d’autres questions de cet ordre ne seront pas abordés.»Depuis cette annonce, plusieurs organismes tentent de faire pression sur le Prince pour prendre position en faveur des Palestiniens, Amnesty International demande au prince de rendre visite à la famille Tamimi afin de parler du traite-ment des enfants dans les prisons israéliennes, d’autres appellent simplement au boycott d’Israël et à l’annulation de cette visite, dores et déjà considérée comme «très courageuse». L’empire britannique, plus grand colonisateur des temps modernes, qui possède des colonies dans le monde entier, en Asie, en Afrique, en Australie, en Amérique du Nord, etc. qui a mené une guerre contre l’Argentine pour conserver les Îles Faulkland à des milliers de kilomètres du Royaume, parle d’Israël comme de l’occupant des territoires palestiniens, sur la terre de ses ancêtres.Rappelons que la Grande-Bretagne avait reçu le mandat provisoire sur la Palestine de l’époque, suite à la chute de l’empire Ottoman à l’aube de la première guerre mondiale, alors que la France et le Royaume-Uni se partagent le Moyen-Orient. Le mandat s’achèvera sur décision de l’ONU, lors du partage de la Palestine. L’Angleterre a du mal à pardonner à Israël son expulsion de la Terre Sainte et pour la première fois depuis 70 ans et la création de l’Etat d’Israël, elle envoie un représentant du royaume, le Prince William, second au trône d’Angleterre, en visite en Israël. Selon l’historien britannique Andrew Roberts, il s’agit là de la fin d’un tabou. De nombreuses personnalités britanniques se sont longtemps opposées à une visite royale en Israël, par peur de récupération politique de la part d’Israël. Un représentant officiel s’oppose à une telle visite tant qu’aucun accord entre Israël et les Palestiniens n’est signé, selon lui, une telle visite revient à «traverser un champ de mines diplomatique». Le quotidien anglais «Telegraph» reprend l’argument d’une visite semée de tant d’embûches politiques qu’il vaut mieux l’éviter.Le prince Philip, mari de la reine, s’était déjà rendu en Israël pour une cérémonie à Yad Vashem, en l’honneur de sa mère, qui avait sauvé des Juifs en leur ouvrant les portes de son palais en Grèce durant la Shoah et qui repose désormais sur le Mont des Oliviers. Le prince Charles, héritier du trône, s’était également rendu à Jérusalem pour les obsèques de Shimon Pérès. Ces deux visites ont été clairement présentées par le Royaume-Uni comme des visites privées et non officielles. L’Angleterre a su pardonner à de nombreux pays qu’elle avait colonisés, comme l’Inde qui a repris son indépendance alors même qu’elle devait abandonner le mandat sur la Palestine. Même après son départ, sous la pression des groupes clan-destins juifs, après avoir soutenu les actes terroristes perpétrés par les troupes du Mufti de Jérusalem et avoir empêché les Juifs fuyant la terreur nazie de se réfugier en Israël, l’Angleterre espérait que les Arabes ne supporteraient pas la création d’un Etat juif et que le chaos qui s’ensuivrait contraindrait l’Angleterre à récupérer son mandat sur la région. Le Royaume britannique a perpétué ses nombreuses visites aux colonies de l’empire « où le soleil ne se couche jamais » à l’exception d’Israël, duquel il a toujours refusé de répondre aux nombreuses invitations. Selon Andrew Roberts, la reine compte plus de 250 visites officielles dans plus de 129 pays depuis son accession au pouvoir. Mais aucun membre de la famille royale ne s’est jamais rendu en Israël, alors que la souveraine a honoré de sa présence des pays comme la Libye, l’Iran, le Soudan, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, les Émirats Arabes, l’Arabie Saoudite, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, la Jordanie et la Turquie. L’historien ne manque pas de faire remarquer la proximité géographique de ces états avec Israël, « pour ne pas dire qu’elle n’était pas dans le coin ». Les relations entre Israël et la Grande-Bretagne ont commencé du pied gauche dès la création de l’Etat hébreu. Avec les années, la situation ne s’est pas améliorée. Les Anglais ont préféré se dire qu’ils ne devaient rien aux Juifs. Après avoir subi le coût du départ et de l’abandon du mandat, les Anglais ont rapidement fait le calcul de ce que leur coûteraient des relations amicales avec Israël et ont préféré garder leurs relations privilégiées avec les pays arabes. C’est là que se trouvent le pétrole, l’argent, une population nombreuse, des positions stratégiques dans la région, et également le tiers monde. Israël n’a pas assez d’importance à leurs yeux pour risquer de nuire à leurs relations avec les Arabes, qui verraient dans de telles relations non pas quelque chose de normal et de juste, mais simplement un parti pris pour les Juifs. Pourquoi sacrifier tout cela pour un pays qu’il ne coûte pas grand-chose de haïr. Pourtant, le danger que constitue l’Iran pour toute la région qui n’est pas chiite, pousse les autres nations à reconnaître la valeur d’Israël comme bouclier de la prochaine tempête annoncée. Plusieurs pays changent leur approche vis-à-vis d’Israël. Et l’Angleterre entre timidement dans la danse. Avant même le rapprochement entre Israël et les pays du Golfe, les relations entre la Grande-Bretagne et Israël semblent peu à peu retrouver un air de normalité, avec plus d’accords commerciaux, économiques, technologiques, scientifiques et dans le domaine du renseignement, puis de meilleures relations diplomatiques, même si le niveau de rapprochement dépend essentiellement de la personnalité du Premier ministre en exercice. Le ministère des Affaires étrangères, comme ceux des autres pays, y compris le Département d’Etat américain, sont plus frileux vis-à-vis d’Israël. Les considérations des Premiers ministres sont souvent différentes et plus ouvertes que celles des ministres des Affaires étrangères. Il y a encore en Grande-Bretagne des personnalités fortes, notamment au sein du parti travailliste, le Labour et son leader d’opposition extrémiste et antisémite, qui contrairement à la ministre Theresa May du parti conservateur, ne reconnaissent pas la valeur d’Israël et ne gardent pas de positions positives vis-à-vis d’Israël. Pour les opposants, l’empire britannique n’a pas encore décliné. L’échelle des valeurs n’est pas la même pour tout le monde.

Yossef Lavi