15 Iyyar 5779‎ | 20 mai 2019

Binyamin Nétanyaou peut-il s’en sortir ?

Prime Minister Benjamin Netanyahu shows a part of the Iraninan drone as he speaks at the Munich Security Conference in Munich, Germany, on February 18, 2018. Photo by Amos Ben Gershom/GPO *** Local Caption *** ראש הממשלה בנימין נתניהו נואם כנס הביטחון מינכן גרמניה

Depuis la publication des recommandations de la police en faveur d’une inculpation du Premier ministre pour corruption, la classe politique est en effervescence. Au sein de l’opposition, de plus en plus de voix se font entendre en faveur d’une démission de Binyamin Nétanyaou. Mais la coalition gouvernementale semble tenir bon. Est-ce que ce sera encore le cas après plusieurs mois de turbulences. La réponse est encore incertaine.

 

Une semaine après la publication des recommandations de la police contre Binyamin Nétanyaou plusieurs constatations importantes s’imposent :

  1. On comprend mieux aujourd’hui pourquoi le Premier ministre et son entourage ont déployé tant d’efforts pour faire passer la loi empêchant la police de publier ses recommandations. Et pour cause : car même si ces recommandations n’ont absolument aucune valeur juridique, elles permettent surtout aux médias et en particulier à ceux qui depuis plusieurs années font campagne contre la légitimité du pouvoir de Mr Nétanyaou de s’en donner à cœur joie.
  2. En publiant des recommandations fermes et tranchantes contre Mr Nétanyaou et en plaçant très haut la barre de la corruption, de la fraude et de l’abus de confiance les enquêteurs de la police ont quasiment imposé au véritable décisionnaire, le conseiller juridique du gouvernement Avi’haï Mendelblit d’adopter au moins une partie de ces « recommandations ». En effet après la tempête médiatique provoquée par ces révélations de la police, on peut supposer que le conseiller juridique ne pourra pas « innocenter » Mr Nétanyaou sans s’attirer immédiatement les foudres de ces médias qui s’empresseront alors de rappeler sa proximité avec le Premier ministre et son parti pris
  3. C’est pourquoi, dans ce jeu où les dés sont souvent pipés, Avi’haï Mendelblit a, habilement manœuvré, en insistant, en début de semaine sur la « parfaite coordination » qui a accompagné le travail des enquêteurs de la police et celui des juristes du Parquet. Après avoir souligné qu’il n’y avait pas de dissentions entre les deux institutions, Mendelblit a affirmé qu’il n’aurait aucun problème à inculper le Premier ministre. Une manière intelligente de préciser à ceux qui pouvaient en douter, qu’il n’était pas dans la poche de Binyamin Nétanyaou et qu’il était pleinement indépendant et libre de ses choix… Le moment venu, il pourra avancer ces propos pour prouver son intégrité, en particulier s’il devait finalement, ne pas suivre les recommandations de la police.
  4. Avec la publication des recommandations de la police, l’Etat d’Israël se retrouve dans une situation inédite dans laquelle le Premier ministre n’est ni inculpé ni totalement blanc comme neige. Dans le passé, une seule fois ce type de situation s’est produit : en 2004 lorsque la Procureure de l’Etat de l’époque Eda Arbel avait préparé une ébauche d’acte d’accusation contre Ariel Sharon dans l’affaire dite de l’Ile grecque. Mais deux mois plus tard le conseiller juridique du gouvernement Meni Mazouz qui venait d’entrer à ce poste a décidé de ne pas inculper le Premier ministre. Cette fois-ci, la décision est entre les mains de Mendelblit mais on sait déjà qu’il lui faudra plusieurs mois (entre 6 et 8) pour arrêter une décision qui scellera le sort politique de Binyamin Nétanyaou. Est-ce que le conseiller résistera durant cette longue période aux pressions venant de l’opposition ou peut-être aussi de l’opinion publique. Et est-ce qu’il aura la possibilité de décider en toute âme et conscience ? Cela risque d’être particulièrement difficile.
  5. L’opposition politique (Yaïr Lapid et Avi Gabbay) en tête appelle d’ores et déjà Nétanyaou à démissionner sous prétexte que le Premier ministre ne peut pas humainement parlant continuer à gérer la situation sécuritaire de l’État tout en étant plongé dans ses affaires judiciaires. Mais là n’est pas le problème. La véritable question sera de savoir si les partenaires de la coalition gouvernementale vont tenir le choc, en particulier après les récentes et troublantes révélations de la police sur le dossier 4000 de la relation apparemment corruptive entre Bezek et les proches du Premier ministre. Pour l’instant la coalition semble tenir bon. Tous les chefs de partis se rangent solidement derrière le Premier ministre. Et même si Benett a le mérite d’exprimer des critiques sur le plan moral, il est certain qu’il n’osera pas faire chuter l’actuel gouvernement. Il faudra vérifier au cours des prochaines semaines si ce soutien reste intact ou bien s’effrite. Pour l’instant, les sondages qui sont mitigés à propos de Mr Nétanyaou sont clairs quant au Likoud qui se renforce avec 26 ou 27 mandats en cas de Législatives anticipées.
  6. En attendant que le conseiller juridique du gouvernement ne décide de son sort, Binyamin Nétanyaou semble avoir pris la décision qui s’imposait : se doter d’une envergure de chef d’État, qui évolue dans la cour des Grands et qui est courtisé pour l’expertise israélienne, par exemple en matière de sécurité, comme il a su le prouver lors de son intervention remarquée dimanche à la conférence sécuritaire de Munich. Mr Nétanyaou fera tout au cours des prochains mois pour faire oublier ses déboires politico-juridiques et pour mettre en exergue sa contribution à la sécurité d’Israël. Une manière pour lui de dire à ses détracteurs potentiels : attention, si vous me faites couler, c’est l’Etat d’Israël qui en pâtira… Est-ce que cela lui suffira pour s’en sortir ? Dans sa carrière politique, Mr Nétanyaou a prouvé qu’il n’était jamais aussi percutant et efficace que lorsqu’il est en difficulté. C’est déjà là un premier élément de réponse.

 

Daniel Haïk