8 Kislev 5781‎ | 24 novembre 2020

Les faits, rien que les faits…

La paracha de Vayigach commence avec la célèbre confrontation entre Yossef – le vice-roi d’Égypte qui tourmente ses frères – et Yéhouda, qui s’efforce de sauver Binyamin de ses mains. Or, en examinant de plus près leur échange, on n’y trouve guère de confrontation…

 

De fait, Yéhouda introduit d’emblée son discours en priant Yossef de ne pas « laisser sa colère éclater » (Béréchit 44, 18). Or, si l’on examine la teneur de son discours, on n’y remarque absolument rien qui soit susceptible d’attiser l’irritation du vice-roi : on n’y trouve ni plainte, ni reproche, ni même le moindre petit argument. En somme, Yéhouda se contente de reprendre les faits dans le bon ordre, en se bornant à les exposer un à un ! Il rappelle ainsi à Yossef que celui-ci les avait interrogés sur leur famille (v. 19), qu’en apprenant l’existence d’un frère cadet, il avait voulu « poser son œil sur lui » (v. 21), et que leur père n’a accepté de leur confier Binyamin que contraint et forcé (v. 29). Puis, sans entrer dans les détails de l’affaire qui a conduit Binyamin au cachot, Yéhouda explique au vice-roi que s’il ne ramène pas son jeune frère avec lui, son père Yaacov n’y survivrait certainement pas. Enfin, expliquant qu’il s’est porté garant du jeune homme, il prie Yossef d’accepter d’échanger Binyamin contre lui-même, Yéhouda, qui se soumettrait en tant qu’esclave.

Voilà en substance, ce que Yéhouda a déclaré à Yossef, et hormis les quelques allusions que l’on peut éventuellement déceler dans ses propos, on ne voit guère l’intérêt de cette tirade !

Au fond du gouffre…

Pour mieux comprendre ce que signifie ce discours, il convient de se rappeler que Yéhouda se trouvait alors dans une situation proprement inextricable. Il s’était porté garant auprès de son père, s’engageant personnellement à lui ramener Binyamin. Or, en gage de dévouement, il avait déclaré à Yaacov que s’il ne tenait pas sa promesse, il renoncerait à sa vie dans ce monde-ci et dans le Monde futur ! (cf. supra 43, 9 et Rachi). De surcroît, on se rappelle que Binyamin n’avait pas simplement été pris en captivité par Yossef : c’était ses propres frères qui l’avaient ainsi condamné, puisqu’ils avaient déclaré à l’intendant de Yossef : « Celui de tes serviteurs qui aura [la coupe] en sa possession, qu’il meure ! » (supra 44, 9).

En clair, Yéhouda avait non seulement failli à sa mission, mais de plus, il était en quelque sorte l’auteur de sa propre chute ! Quels sentiments de culpabilité ont dû l’assaillir à ce moment-là ! À n’en pas douter, il a dû éprouver un immense désespoir, le sentiment que son monde s’effondrait et qu’il était d’ores et déjà condamné, aussi bien ici-bas que dans le Monde futur…

Lucidité face aux épreuves

C’est précisément dans cet enchaînement logique que s’inscrit le discours de Yéhouda, qui est la démonstration de sa formidable force de caractère. Comme le souligne le Sfat Emet, le véritable enjeu des épreuves, adversités et autres situations apparemment inextricables, consiste précisément à savoir y déceler la Main divine. En effet, le mal – dans son acception absolue – n’existe pas : un mal n’est que proportionnel à un certain niveau de confort et de quiétude que l’on prend comme paradigme. Mais au demeurant, le mal « pour le mal » est un leurre inventé par l’homme : c’est toujours en vue d’une finalité favorable que l’on croise l’adversité, celle-ci n’étant qu’un moyen de conduire à un plus grand bien-être, qu’il soit matériel ou spirituel.

Cela étant, il s’avère qu’en toute situation éprouvante – aussi anxiogène et déroutante soit-elle –, notre devoir élémentaire consiste à tenter d’y déceler la Main divine ; à comprendre que la douleur n’est que superficielle, et que celle-ci renferme sa propre consolation ; que le mal n’est qu’une illusion, et que toute l’existence est dominée par le bien.

S’imprégner de cette vision des choses n’est qu’une question de perspective : c’est en envisageant les choses, les êtres et les événements selon le bon angle que l’on parvient à cette conclusion. C’est là le sens du rapport des faits que Yéhouda a dressé devant Yossef : son but n’était nullement de faire valoir un certain droit ou de lui exposer des arguments imparables, mais simplement de reprendre les faits point par point, pour lui prouver que c’est une Main supérieure qui tresse les mailles de l’existence et forge l’œuvre de Sa volonté. L’espoir de Yéhouda était ainsi de faire prendre conscience au vice-roi d’Égypte qu’en dépit de sa toute puissance, il était lui-même un simple pion livré entre les mains de la Providence.

Être juif – savoir reconnaître

À la lumière de cette remarque, nous pouvons envisager les premiers mots de notre paracha comme une allusion à ce principe. Lorsque Léa a eu son quatrième enfant, elle a décidé de le nommer Yéhouda afin de « “rendre grâce” (hodaa) à l’Éternel » (Béréchit 29, 35). Le mot hodaa signifie « reconnaissance » – terme polysémique aussi bien en hébreu qu’en français, puisqu’il évoque à la fois le fait d’admettre une chose comme vraie, mais aussi l’expression de gratitude et de « reconnaissance » qui en résulte. Mais en réalité, ces deux notions sont étroitement liées, puisque c’est dans la mesure où l’on est capable de prendre conscience d’un fait, que l’on peut agir et réagir en conséquence.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que c’est au nom de ce personnage – et de la tribu à laquelle il a donné le jour – que le peuple juif a été désigné au fil des siècles d’exil : Yéhoudi – le « Juif », descendant de Yéhouda. Tel est peut-être, effectivement, le cachet qui particularise le Juif dispersé parmi les nations : un homme capable de voir la Main divine à travers les situations heureuses et moins heureuses, au cœur de la prospérité et de l’adversité, et jusque dans les plus menus détails de son existence.

Suivant cette idée, voici comment nous pourrions déchiffrer le premier verset de notre paracha : « Yéhouda… » – à savoir, l’homme animé de cette aptitude à « reconnaître » partout la main de D.ieu – « …s’avança devant Lui » – allant à la « rencontre » du Divin en Le décelant dans toutes les vicissitudes de l’existence. Or pour ce faire, nul besoin d’ergoter sur des subtilités complexes : il suffit de retracer les faits bruts, avec lucidité et objectivité, pour être capable de comprendre le message que le Très-Haut cherche à nous communiquer à travers eux. Et c’est précisément en suivant cette ligne de conduite que l’on atteindra le but recherché : « Yossef ne put se contenir… » – la démarche pure de Yéhouda le contraignit à laisser la vérité éclater au grand jour.

Yonathan Bendennoune

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