29 Kislev 5778‎ | 17 décembre 2017

Des Hanoukiot de génération en génération

Hanoucca est l’occasion de dévoiler des histoires de chandeliers insolites. En voici 4.

En 1882, à l’époque de la première alya, une famille juive du Yémen décide d’immigrer en Israël. Après un voyage difficile, de souffrance et de faim, elle atteint Jérusalem. La vie dans ces années y est ardue. Pour subvenir aux besoins des siens, le père devient tailleur de pierre. Chaque matin après la prière, il charge sur son dos son lourd sac d’outils, avec lesquels il coupe les roches de Jérusalem pour construire des maisons dans le quartier de Shaarei Tsedek. A l’approche de Hanoucca, le petit-fils de l’artisan se sent très triste, parce que tous ses amis ont déjà une Hanoukia en cuivre ou en argent. Mais l’ouvrier ne peut acheter un objet si précieux. Un jour, rentrant à la maison, celui-ci sort de son sac une Hanoukia faite en pierre de Jérusalem. Pas une achetée, mais une spécialement taillée de ses mains. En effet, au Yémen, les Juifs avait l’habitude de confectionner des chandeliers en pierre, qui donnent une lumière particulière. Aujourd’hui, 135 ans plus tard, cette Hanoukia existe encore et trône dans la maison du petit-fils du tailleur de pierre, qui raconte à son tour son histoire à ses petits-enfants.

Deux autres Hanoukiot, échappées de l’Europe en feu, racontent également une jolie histoire de transmission. Effectivement, de par l’esprit de la fête, les Juifs ont gardé sa pratique même pendant les périodes difficiles. Dans le ghetto de Lodz, en Pologne, sous la persécution nazie, un artiste juif pratiquant qui voulait allumer les bougies de Hanoucca, a façonné ce qui ressemble à un petit livre en argent qui tient dans la paume d’une main. Mais une fois ouvert, il s’agit en fait d’un chandelier miniature contenant huit nids, une bouteille d’huile, des mèches et une petite pince à épiler qui permet de soulever les mèches en tissu. A l’époque, la Hanoukia était alimentée avec la graisse provenant de la maigre portion de nourriture journalière, recueillie dans une fiole. Après la Shoah, ce rescapé a émigré en Israël. C’est sur le bateau qui le mène en Terre promise, qu’il allume pour la dernière fois les lumières de Hanoucca sur son chandelier fait main. Aujourd’hui, cette Hanoukia hors du commun se trouve chez sa petite-fille.

L’autre chandelier, provenant de l’Europe en guerre, a été fabriqué par un jeune soldat juif de 18 ans avec des cartouches de fusils, utilisées pendant les combats entre 1914 et 1916. Sur sa base, il a gravé l’inscription « Souvenir de la Première Guerre Mondiale ». Ensuite, il a continué à utiliser cette Hanoukia jusqu`à la tragédie de la Shoah, qui engloutit toute sa famille ou presque. Seul le fils de l’ancien soldat survit. Après la guerre, celui-ci monte en Israël. Grâce à sa tante, qui vient le rejoindre en Terre Promise, il retrouve bientôt le précieux artéfact de son père, aujourd’hui toujours dans la famille.

Enfin, un chandelier de Hanoucca vient d’être récemment découvert, dans le sous-sol de la Grande Synagogue de Tel Aviv. Fait de 20 kilos d’argent pur et haut de 1,20 mètre, il a été créé en 1957 par un survivant de la Shoah, Mordékhaï Volkan, bijoutier de profession, afin de commémorer les membres de sa famille disparus. Volkan a survécu aux nazis grâce à l’industriel allemand Oskar Schindler, fameux Juste parmi les Nations. Il était son bijoutier personnel, et fabriquait des bijoux avec lesquels Schindler soudoyait la Gestapo pour sauver des Juifs. Retrouvant le chandelier de son grand-père, le petit-fils de Volkan a décidé de le restaurer. Par hasard, il contacte Haïm Haddad, orfèvre à Pétah Tikva. Celui-ci n’est pas au bout de ses surprises, en découvrant que cette pièce de judaïca a été, jadis, décorée par son propre père, Shalom Haddad, à la demande de son propriétaire d’alors. Une génération plus tard, entre les deux familles, la boucle est bouclée.

Noémie Grynberg

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