29 Kislev 5778‎ | 17 décembre 2017

De regrettables divergences en Israël sur la présence iranienne en Syrie

Israeli soldiers walk towards the border with Syria, near the Druze village of Majdal Shams in the Israeli-occupied Golan Heights February 18, 2016. REUTERS/Baz Ratner - GF10000313766

Les récentes déclarations du ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, affirmant qu’« il n’y a pas de présence physique de l’Iran en Syrie », ont semblé contredire celles de Binyamin Nétanyaou…

 

Lors d’une interview publiée le 28 novembre par le site Ynet, Lieberman devait déclarer à la surprise générale : « S’il est vrai qu’il y a, en Syrie, certains experts et conseillers iraniens, il n’y a pas de forces militaires iraniennes sur le sol syrien. (…) L’Iran n’est pas sur notre frontière ». Et de préciser : « Après tout, les Iraniens ne sont pas non plus physiquement présents au Liban où ils ont le Hezbollah, ni au Yémen où ils ont les rebelles Houthis. Et en Syrie, ils ont le même plan, à savoir créer des milices de mercenaires chiites qu’ils feront venir d’Irak, d’Afghanistan et du Pakistan ». « Nous sommes discrets, a-t-il conclu évasivement, mais les acteurs régionaux savent parfaitement qu’Israël est un pouvoir fort au Moyen-Orient… »

Après que la BBC ait révélé, le 10 novembre – avec des photos pour preuve –, que l’Iran était en train de « construire une base militaire permanente en Syrie », ces propos ont fait aussitôt la une des médias israéliens, pour la simple raison que ces paroles de Lieberman semblaient aussi contredire totalement les affirmations réitérées du Premier ministre Nétanyaou mettant sans cesse en garde la communauté internationale – et plus directement, comme voilà quelques jours, le régime Assad – sur le fait qu’Israël ne saurait « tolérer aucune présence militaire iranienne s’implantant à présent en Syrie ».

On se souvient à ce propos qu’en aout dernier, Nétanyaou, flanqué du chef du Mossad, Yossi Cohen, et du N° 1 du Conseil national de Sécurité, Méïr Ben-Shabbat, avait rencontré le président russe Poutine à Sotchi, après quoi le Premier ministre avait déclaré que « l’Iran est bel et bien en train de contrôler non seulement la Syrie, mais aussi d’autres pays comme l’Irak, le Yémen et le Liban ».

Lors de cette entrevue, Israël avait demandé l’établissement d’une zone-tampon de 60 km sans forces iraniennes de l’autre côté de la frontière syrienne. Puis, suite au scoop précité de la BBC, le journal koweïtien Al-Djarida, devait affirmer voilà quelques jours qu’Israël se contenterait à présent d’une zone stérile de 40 km seulement…

 

Un message laissant à Moscou le temps de « driver » Assad ?

 

Au-delà de cette regrettable dissonance entre le chef du gouvernement israélien et son ministre de la Défense sur un sujet aussi sensible, certains commentateurs ont subtilement suggéré l’explication suivante qui, d’une certaine manière, atténue ces apparentes divergences de vue : très calculée dans son mot-à-mot, cette « sortie » de Lieberman aurait eu pour seul but d’envoyer un message tranquillisant aux Russes, pour leur laisser le temps de faire comprendre à Assad qu’il a encore le choix entre céder aux Iraniens – qui viennent carrément de lui demander un « leasing de 50 ans » pour établir une 1ère base navale sur la Méditerranée – et donc encourir le risque d’une guerre avec Israël…, ou bien se montrer moins faible pour calmer le jeu sur sa frontière-sud.

A ce propos, alors qu’Assad semble hésiter, ces derniers jours, face aux exigences militaires et logistiques démesurées de Téhéran, certaines rumeurs ont couru sur le « deal » qu’aurait proposé Nétanyaou au président syrien par l’intermédiaire de Moscou, le 21 novembre : en échange d’une zone-buffet de 40 km consentie à l’Etat hébreu, Assad obtiendrait qu’Israël n’agisse « en aucune manière » sur la scène syrienne pour renverser son régime.

Richard Darmon

 

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