29 Kislev 5778‎ | 17 décembre 2017

Les avancées stratégiques de l’Iran en Syrie constituent une menace sérieuse pour Israël

**FILE**The Syrian village of Kunetra seen through the remains of an Israeli tank December 11, 2003. Photo by Yossi Zamir/Flash90 *** Local Caption *** øîú äâåìï ÷åðéèøä ðèåù âáåì ñåøéä èð÷

Téhéran est en train de parachever l’établissement de sa « voie rapide » menant de la frontière ouest de l’Irak – un pays déjà gouverné par les Chiites – jusqu’à la frontière-sud de la Syrie, face au Golan israélien.

 

L’inertie américaine face aux récentes défaites kurdes et de l’Etat islamique (EI) à Abou Kamal – cette zone frontalière de l’est syrien proche de l’Irak – tombée début novembre aux mains de l’armée d’Assad et de ses nombreux supplétifs chiites (Hezbollah et milices locales), a permis à l’Iran d’empocher encore un avantage stratégique de première importance en Syrie : cette région orientale est en effet la pièce du puzzle qui lui manquait pour concrétiser sur le terrain la constitution – longtemps escomptée par le régime des mollahs – d’un couloir terrestre (appelé aussi « l’autoroute iranienne ») reliant l’Irak, allié de l’Iran, à la ville de Quneitra, située à l’extrême-pointe-sud du Golan syrien jouxtant la limite-nord d’Israël.

Résultats : hormis quelques enclaves territoriales encore aux mains des forces rebelles sunnites anti-Assad, l’axe rapide Téhéran-Bagdad-Damas-Beyrouth est en train de prendre corps. Plus largement, les victoires engrangées depuis 18 mois par l’Iran contre l’EI et contre les Kurdes en Irak comme en Syrie, n’ont fait que renforcer son statut de puissance régionale à vocation hégémonique visant à jouer un rôle central dans la réorganisation géostratégique de tout le Moyen-Orient.

 

Les 4 objectifs « vitaux » de Téhéran

 

Outre l’exportation du « modèle » idéologique de la Révolution islamique aux quatre coins du Moyen-Orient grâce à l’appui des minorités chiites – parfois nombreuses – vivant dans la plupart des pays sunnites, l’Iran a plusieurs buts formant une stratégie d’ensemble tout à fait cohérente :

-1/ S’annexer le régime d’Assad et faire de lui, en s’installant durablement dans ce pays, un allié privilégié – après l’Irak – dans le monde arabe, compte tenu surtout de la situation géographique pivot de la Syrie, qui est frontalière du Liban (base centrale du Hezbollah) et qui est dotée d’une façade méditerranéenne.

-2/ Booster la vaste zone d’influence irano-chiite allant de l’Iran via l’Irak vers la Syrie et le Liban, puis la Méditerranée. D’où le rôle capital de cette « autoroute iranienne », qui va permettre de transférer sans cesse par voie terrestre – vue la faiblesse de l’aviation civile et militaire iranienne – des forces, des armes et des équipements vers la Syrie et le Liban pour accentuer les menaces sur la frontière-nord d’Israël. Ce qui passe par un renforcement supplémentaire du Hezbollah, lui-même très présent en Syrie pour soutenir le régime Assad, en le rendant capable de fabriquer ses propres armes. Et aussi par la constitution de milices terroristes locales (chiites et druzes) sur le Golan face à Israël, encadrées par de hauts-officiers des Gardiens de la Révolution islamique.

-3/ Réduire le rôle – déjà très amoindri huit ans durant par la politique d’Obama (voir notre article) –, des USA dans la région, que Téhéran voit comme une menace majeure contre sa sécurité nationale et ses intérêts vitaux. La 1ère étape consiste donc pour l’Iran à réduire l’influence américaine en Syrie et en Irak après la défaite de l’EI.

-4/ Développer l’influence politique, économique, religieuse et culturelle iranienne et chiite en Syrie, Irak et au Liban, en tirant partie de la faiblesse des gouvernements de ces trois pays et des phases de reconstruction économique en Syrie et en Irak, deux pays dévastés par de longues et sanglantes guerres civiles.

Richard Darmon

 

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