29 Kislev 5778‎ | 17 décembre 2017

Le pain volé

On omet trop souvent de narrer les miracles qui se sont produits lors de la Shoah.

Cette histoire vécue se passe à l’époque de la Seconde Guerre Mondiale, dans un camp d’extermination. C’est celle d’Its’hak, un détenu juif encore en vie à la veille de la Libération.

C’est l’heure de la ration quotidienne, distribuée par les nazis et d’ordinaire bien maigre, puisqu’elle se résumait à une insignifiante miche de pain et quelques gouttes d’eau usée.

Ce jour-là, curieusement, c’étaient des cartons entiers remplis de généreux morceaux de pain qui s’entassaient. La file des détenus était longue, malgré les chambres à gaz et fours crématoires qui brûlaient sans discontinuer… Tout le monde attendait impatiemment, la bouche sèche – non pas de soif mais bien d’angoisse : en restera-t-il pour moi ?…

Notre homme, qui approchait du nazi, évaluait ce qui restait dans le fond du carton. Ses yeux allaient du carton à ses compagnons d’infortune, et il priait pour que, son tour venu, il lui en reste. Et en effet, le dernier pain du carton fut le sien :

« Qui n’a pas eu son pain ? », hurla le nazi à pleins poumons.

« Moi »,dit notre homme d’une voix presque inaudible.

Il lui jeta son pain au visage, et au moment où Its’hak allait céder sa place, le nazi sortit de derrière les fagots, un imposant carton de pains encore fermé, l’ouvrit et hurla de nouveau :

« Qui n’a pas eu de pain ? »

Comme Its’hak était encore debout, à la même place, il fit un calcul :

« Quelle aubaine ! Si je dis que c’est mon tour et qu’il ne se rend compte de rien, je peux en avoir un deuxième ! D’un autre côté, si je me fais prendre, c’est la mort assurée… »

Pourtant, il fallait essayer. Alors, tremblant, il balbutia :

« M… moi… »

Et le nazi de lui jeter un second pain à la figure avec dédain. Its’hak ne se sentait plus de joie. Quel trésor !! On ne peut imaginer à quel point le plus infime morceau de pain valait, aux yeux des malheureux, tout l’or du monde… Mais à peine eût-il fait quelques pas, qu’il sentit une vive tape sur son épaule…

« C’était trop beau », pensa-t-il, désabusé, avant de se retourner.

« Toi là !! On t’a vu !! »

Ce n’était certes pas un nazi, mais la vue des deux russes campés derrière lui, taillés comme des rocs et à l’air très déterminé, avait suffi à le faire tressaillir.

« Donne tes pains ! »

« Jamais de la vie ! »

A ces mots, les deux brutes se jetèrent sur lui, le rouèrent de coups et lui dérobèrent son bien le plus précieux, son seul et unique bien…

Juste avant de perdre connaissance, il s’adressa à D.ieu.

« Pourquoi ?! Demain peut-être, allons-nous être libérés et voilà ce que Tu laisses arriver ?! »

Et il s’évanouit. Il resta ainsi des heures durant. Lorsqu’il entrouvrit les yeux, le soleil l’éblouit. Il était 10 heures du matin.

« Mon D.ieu, pensa-t-il, je suis là depuis hier ?! C’est impossible, rien ni personne ne passe la nuit dehors, ni ne reste au soleil sans être exécuté… »

Il se releva non sans peine et le corps tout endolori, et c’est dans un mélange de stupeur et d’horreur, qu’il vit tous ses camarades inertes sur le sol, morts. Tous…

Il comprit. Les nazis avaient dû empoisonner le pain, et personne n’avait survécu… sauf lui !

« Mon D.ieu ! s’exclama-t-il tout haut cette fois. Comment ai-je pu douter de Toi ?! Tu m’as sauvé la vie ! Je suis passé par les coups, mais grâce à cela, je suis en vie ! Merci mon D.ieu… »

Les larmes aux yeux, il remarqua au même instant que tous les nazis avaient disparu. Evaporés. Ils avaient battu en retraite et pris la fuite face aux Alliés.

Il n’arrivait pas à y croire, il était libre !

Même lorsque tout semble perdu, du fin fond de l’obscurité jaillit la lumière, et souvent, pas d’une manière évidente ou directe. La foi en D.ieu nous est indispensable, et bien que les épreuves par lesquelles nous passons ne sont en rien comparables à celle-ci, le principe reste le même !

 

Neïla Ifrah

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