3 Kislev 5778‎ | 21 novembre 2017

Sondages politiques

Le bloc de droite s’affaiblit, mais la gauche ne peut former de gouvernement

Si des élections législatives devaient se produire prochainement, l’affaiblissement du parti Chass pourrait, dans un certain cas de figure, sceller le glas d’un gouvernement de Droite. Mais attention, cela ne signifie pas pour autant qu’Avi Gabbaï s’installerait dans le fauteuil de Premier ministre. Analyse et explications de Daniel Haïk.

 

Les observateurs israéliens les plus avertis ont certainement remarqué, la semaine dernière, l’enthousiasme à peine dissimulé de plusieurs médias et journaux, connus pour leur aversion presque viscérale à Binyamin Nétanyaou. Motif de cette allégresse dans les couloirs des chaînes de télévision 12 et 13 (qui remplacent depuis la semaine dernière la seconde chaîne) et 10, ou encore dans les rédactions du Haaretz ou du Yédiot Aharonot : deux sondages dont les résultats, quasi semblables, ont été diffusés le même soir sur toutes les chaînes privées israéliennes. Ces deux sondages faisaient état, pour la première fois depuis plusieurs années, d’une possibilité mathématique pour la gauche israélienne de former un bloc d’au moins 60 députés (avec les partis arabes). Cela suffirait pour empêcher, si bien sûr, des élections législatives avaient lieu sous peu, la formation d’un énième gouvernement de Droite conduit par Nétanyaou. Selon ces sondages, le Likoud resterait, certes, le plus grand parti politique israélien, mais il perdrait entre 4 et 6 mandats par rapport aux 30 dont il dispose actuellement. Yech Atid de Lapid, lui, sortirait grand vainqueur du scrutin, avec 22 ou 21 mandats au lieu des 11 dont il dispose actuellement. Le Foyer Juif passerait de 8 à 12, et la Liste arabe unifiée se maintiendrait autour des 12 mandats (au lieu de 13 actuellement). Quant au Camp sioniste, il passerait de 24 à 19 sièges. Le parti qui serait le plus affecté par des élections anticipées serait, incontestablement, le parti Chass qui, selon ces sondages, ne franchirait pas le seuil d’éligibilité. On comprend désormais mieux pourquoi, au cours des dernières semaines, Mr Nétanyaou a tenté d’initier un amendement permettant de rabaisser ce seuil d’éligibilité de 3,25% (actuellement) à 2%. Avec un seuil revu à la baisse, Chass pourrait en effet continuer à être représenté à la Knesset et consolider un bloc de droite qui, sans le parti orthodoxe sépharade, flirterait avec une infime majorité. Et l’on comprend encore mieux pourquoi certains journalistes, prenant leurs rêves pour la réalité, se sont empressés de mettre en exergue ces sondages « révolutionnaires » puisqu’enfin, ils leur offraient un espoir, même infime, mais un espoir tout de même, de ramener la gauche au pouvoir. D’où cet enthousiasme médiatique de la fin de semaine dernière. Mais, malheureusement, dès samedi soir 4 novembre, cet espoir s’est brusquement évaporé après que, dans deux interviewes différentes, le ministre des Finances et leader de Koulanou, Moché Kahlon et le ministre de la Défense et leader d’Israël Béténou, Avigdor Lieberman, aient, séparément mais avec une impressionnante synchronisation, annoncé que dans tous les cas de figure, ils n’accepteront pas de siéger dans un gouvernement conduit par le nouveau patron du parti travailliste, Avi Gabbaï. Et pour cause : un rapide retour en arrière nous rappelle qu’Avi Gabbaï, qui était en 2015 ministre (Koulanou) de l’Environnement, avait démissionné du gouvernement en mai 2016 pour une seule raison : il souhaitait protester contre la nomination d’Avigdor Lieberman au poste de ministre de la Défense en remplacement de Moché Yaalom. Ainsi, Gabbaï avait réussi l’exploit de faire d’une pierre deux coups : il s’était fâché avec son leader, Moché Kahlon, qui avait considéré son départ comme une trahison, et il s’était mis à dos Avigdor Lieberman, qui n’avait bien évidemment pas apprécié ce coup d’éclat de celui qui était, alors, un ministre quasi-anonyme dans la classe politique. Après ce rappel, on comprend mieux pourquoi, dès samedi soir, les sourires de certains journalistes ont cédé la place à des visages fermés, et même, peut-être, à une forme de résignation : non, décidément, le retour de la gauche au pouvoir n’était pas encore pour demain…

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