3 Kislev 5778‎ | 21 novembre 2017

L’intransigeance de la clémence

La Torah relate qu’à l’époque de Noa’h, les hommes s’adonnaient aux pires dérives, bafouant les valeurs morales les plus élémentaires : « La terre s’était dépravée devant D.ieu, elle s’était emplie d’iniquité. D.ieu considéra que la terre était corrompue, toute créature ayant perverti sa voie sur la terre… » (Béréchit 6, 11-12).

À ce constat, le Maître du monde décida de détruire l’humanité, annonçant Son verdict à Noa’h : « Le terme de toutes les créatures est arrivé à Mes yeux, parce que la terre est remplie d’injustice » (v. 13). Selon nos Sages, cela nous apprend que ce décret de destruction a été scellé uniquement à cause du vol : « Vois quelle est l’extrême gravité de l’injustice : les hommes de la génération du déluge transgressaient toutes les règles, et pourtant, leur verdict a été scellé seulement à partir du moment où ils se sont adonnés au vol… » (Sanhédrin 108/a, cité par Rachi).

Quelle est donc la gravité particulière du vol, qui en fait une faute plus grave que toutes celles perpétrées à cette époque ? Certes, nous pourrions répondre que le vol porte atteinte également à autrui, et contrairement aux autres manquements moraux, il ne constitue pas une faute uniquement « à l’égard de D.ieu ». Mais cette réponse ne saurait être satisfaisante : parmi les crimes commis en ces temps, on compte notamment les relations interdites, qui portent également atteinte à l’intégrité d’autrui…

Un agneau qui devient fauve

Selon le Maguid de Brisk, nous pouvons résoudre cette difficulté à l’aide de la parabole suivante : dans une sombre ruelle d’un quartier peu fréquentable, un voyou prend à partie un vieillard respectable, et se met à le rouer de coups avec une rare violence. Vient à passer par là un homme réputé pour son intransigeance et son grand sens de la justice. Il observe la scène mais celle-ci retient à peine son attention : il finit par passer son chemin comme si de rien n’était. Quelques minutes plus tard, arrive un individu d’une grande sensibilité, faisant généralement montre d’une grande douceur. En constatant avec quelle violence le pauvre vieil homme se fait agresser, il oublie soudain ses bonnes manières et se précipite sur le brigand, manifestant une agressivité dont il n’avait lui-même pas conscience.

Après coup, on l’interrogea sur les motifs de son étonnante réaction, qui s’était avérée plus intransigeante que celle du premier passant, pourtant connu pour son sens de la justice. « En temps normal, expliqua-t-il, j’admets que je n’aurais certainement pas fait preuve d’une telle implacabilité envers une situation d’injustice. Cependant, c’est la souffrance de ce pauvre vieil homme que ma sensibilité naturelle n’a pas pu supporter : c’est donc ma clémence innée qui m’a incité à réagir avec tant de violence ! »

Il en fut de même à l’époque du déluge : les hommes s’adonnaient certes aux pires vices et dépravations, ce qui excitait contre eux l’attribut de Justice divine. Cependant, même celui-ci conservait une certaine retenue à leur égard et ne suffisait pas pour sceller le sort de l’humanité. En revanche, à partir du moment où les hommes commencèrent à s’adonner au vol, l’attribut de Bonté se souleva à son tour, s’insurgeant contre eux à cause du sort infligé aux victimes de leurs injustices. Et lorsque les foudres de la Clémence s’abattirent sur eux, rien ne put les retenir et c’est ainsi que le verdict de destruction fut finalement scellé…

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