29 Kislev 5778‎ | 17 décembre 2017

Entretien avec Moché Kahlon, ministre des Finances et leader du parti Koulanou

« Nous voulons que les Juifs de France viennent nous rejoindre en Israël »

 

 Le ministre des Finances Moche Kahlon donne l’impression d’être un homme heureux. Même lorsqu’il insiste sur les mesures prises par son ministère depuis son arrivée au fauteuil de grand argentier, il conserve un immense sourire qui le rend automatiquement sympathique. Apres avoir nommé en la personne de Haïm Messika un porte-parole spécial pour la communauté francophone, Moché Kahlon nous donne des nouvelles de son plan de Mé’hir Lamichtaken, qui permet aux jeunes couples d’acquérir des appartements à prix réduits, et explique pourquoi il est opposé à toute atteinte à la Cour Suprême. Entretien.

-Haguesher : Moché Kahlon, vous êtes ministre des Finances depuis maintenant un peu plus de deux ans. Quelles sont les promesses électorales que vous avez tenues ?

-Moché Kahlon: Nous avions promis, avant les élections, d’augmenter les allocations vieillesse : nous avons tenu parole et consacré à cet effet plus d’un milliard de shekels ! Nous avions promis d’augmenter les soldes des soldats du contingent de Tsahal ; là aussi, nous avons tenu notre promesse et ces soldats ont été augmentés de 50 % ! Coût annuel : 650 millions de shekels. Nous avions promis d’augmenter le panier des médicaments subventionnés ; nous avons tenu cette promesse et le panier de santé a été augmenté de 500 millions de shekels ! Alors ce n’est pas un secret : pour disposer de ces sommes,  nous avons dû réduire les dispenses d’imposition des couches sociales les plus favorisées et des plus gros salaires. Bref nous avons redéfini nos priorités en insistant sur le social et sur l’aide au « peuple », aux plus défavorisés. C’est notre leitmotiv. Enfin, nous avons entamé une démarche importante : il s’agit de la réforme bancaire qui va permettre de faire une séparation entre les compagnies de cartes de crédit et les banques. La loi est passée mais elle n’est pas encore en application.

-Je vous interromps : mais parmi toutes ces réalisations, où se trouve ce qui a été votre étendard social : la baisse de l’immobilier ?

-Vous m’avez demandé qu’elles étaient nos reformes accomplies. La baisse des prix de l’immobilier, c’est un programme qui est en route mais qui n’est pas encore terminé.

-Pourquoi a-t-on le sentiment que cela prend beaucoup de temps, ou plus de temps que prévu ?

-Parce que c’est une démarche révolutionnaire et que les révolutions de ce type ne se font pas en un jour, ni même en un an ! Construire des appartements prend du temps. Lorsque je suis arrivé au ministère, il manquait en Israël plus de 100 000 appartements. Il fallait d’abord combler cet immense trou. La première démarche que nous avons entreprise a été d’éloigner les investisseurs du marché immobilier. Résultat : l’augmentation annuelle du prix des appartements est passée de 10 % à 4,4 % et elle va encore baisser. La seconde démarche a été le programme de « Me’hir Lamishtaken », les appartements à prix réduits pour les jeunes couples. Jusqu’à présent 27 000 couples et jeunes familles ont été tirés au sort pour participer à ce programme. Et d’ici le mois prochain : ils seront 40 000 ! Pour vous donner un ordre d’idée : toute la ville de Kfar Saba représente 27 000 unités de logements. C’est dire si ce programme bénéficie d’un fort taux de crédibilité auprès des jeunes !

-Où peut-on bénéficier de ce programme ?

-Partout à travers le pays et en particulier dans des zones à forte demande : Herzliya, Rishon leTsion, Mevasseret Tsion, Yavné, Natanya, Modiin. Et je peux vous faire une promesse : ce programme est lancé et personne n’osera l’arrêter.

-Dans la presse orthodoxe, on se plaint qu’il n’y ait pas d’appartements à tarif réduit dans des villes orthodoxes ou à défaut des appartements qui peuvent être destinés au public ‘harédi. Est-ce exact ?

-Je ne le pense pas. Nous avons, à l’heure où je vous parle, 6000 couples ou familles qui se sont inscrits pour le tirage d’appartements à tarifs réduits à Bet Chemech. De nombreux orthodoxes ont déjà été tirés au sort dans d’autres villes. Naturellement, les familles ‘harédiot veulent des appartements dans des quartiers religieux où ils peuvent bénéficier des services qui les concernent plus directement et c’est très bien ainsi. Mais il n’y a pas la moindre discrimination. Ni envers le public orthodoxe ni envers d’autres communautés. D’ailleurs même le ministre de la Santé Yaacov Litzman, qui est aussi le président du Judaïsme unifié de la Torah l’a reconnu et a dit : « Le ministre des Finances fait plus qu’aucun ministre des Finances n’a jamais fait pour les différentes communautés en Israël y compris pour la communauté orthodoxe ». Donc il n’y a pas de problème. Et si la presse orthodoxe le dit, cela ne veut pas dire que ce soit tout à fait exact !

-Nous allons sortir quelque peu de la sphère purement économique pour parler un peu plus de politique. Au cours des dernières semaines, la Cour Suprême a cassé plusieurs lois votées par la Knesset dont la loi dispensant les élèves de yéchivot de service militaire. Or on sait que votre formation, Koulanou, dispose d’un droit de veto sur tout projet de loi visant à limiter les prérogatives de la Cour israélienne. Alors userez-vous de ce droit de veto si la coalition actuelle dans laquelle figure deux partis orthodoxes et un parti religieux prend l’initiative de faire voter un projet de loi contournant la Cour Suprême dans des dossiers religieux, au risque de vous fâcher avec ces partis religieux ?

-Je vous répondrais qu’il n’est pas nécessaire de promouvoir de loi contournant la Cour Suprême. D’abord je ne pense pas qu’il y ait des lois contournant la Cour. Il faut savoir préparer les lois afin qu’elles ne soient pas cassées par la Cour.

-Mais on a souvent le sentiment dans le public que Moché Kahlon est l’ultime bouclier de la Cour Suprême dans le gouvernement. Et qu’il opposera son droit de veto quoi qu’il advienne ?

-Ce qui s’est passé ces dernières semaines, c’est une ingérence de l’échelon juridique que nous n’avions pas connue, jusqu’à présent. Dans les verdicts de la Cour il y a la procédure et il y a le contenu. Au cours des derniers mois, la Cour Suprême a commencé à s’occuper de procédure. Or ce n’est pas son rôle. Croyez-moi bien : je suis un parlementaire expérimenté. Donnez-moi à consulter une loi ou un projet de loi, quel qu’il soit, et j’y trouverais des fautes, des erreurs d’argumentaire, d’appréciation même de dates ou d’heure de discussions. Nous sommes parvenus à une situation dans laquelle il y a un projet de loi, une première lecture, la commission, la seconde lecture, la troisième lecture et enfin la 4e lecture, celle de la Cour Suprême. Et cela ne peut pas continuer ainsi car c’est une pente glissante dont il sera difficile de se relever.

-De facto vous semblez profiter des deux mondes : de ceux qui défendent la Cour et de ceux qui la critiquent ?

-J’appartiens à l’école de Menahem Begin qui avait le plus grand respect pour les juges en Israël.

-Oui, mais lorsque Begin a dit cela c’était dans les années 80 lorsque la Cour Suprême ne s’octroyait pas des prérogatives de manière exagérée…

-Certes mais le principe doit être simple : s’il y a des choses à corriger, on les corrige. Et si j’ai des critiques, je les exprime. Pour ce qui est de la loi sur les élèves des yéchivot, nous devons ensemble faire voter une loi qui répare cela. Je ne crois pas qu’il soit possible d’imposer aux orthodoxes de s’enrôler dans Tsahal. Il faut laisser le temps aux choses. Aujourd’hui, il y a de plus en plus d’élèves orthodoxes qui choisissent d’entrer dans Tsahal de leur plein gré. Alors que ce nombre avait baissé dramatiquement lorsque Lapid a voulu les enrôler de force. Idem pour ceux qui entrent sur le marché du travail. Avec les orthodoxes, il faut faire montre de bon sens. Ce n’est pas lié à la cour Suprême.

  • Parlons un peu de la France. Il y a quelques jours vous avez reçu ici à Jérusalem votre homologue français Bruno Lemaire. Et vous avez décidé de doubler le volume des échanges économiques entre la France et Israël. Dans quels domaines en particulier ?
  • Nous avons surtout parlé d’innovation. Les Français considèrent l’Etat d’Israël comme une source solide de savoir et d’expertise technologique. Et cela les intéresse beaucoup. Effectivement nous allons doubler nos échanges. Et nous avons surtout décidé de créer des équipes de travail conjointes. Nous les tiendrons informés de nos développements technologiques et eux en ferons de même. Nous avons décidé d’agir ainsi avec les Américains, les Chinois et même avec les… Suisses ! C’est l’impact de notre innovation en matière de haute technologie, de cyber, et de lutte anti-terroriste. Aujourd’hui, de plus en plus de pays comprennent que l’innovation est la clé de la réussite économique. Or il s’avère que dans ce domaine, nous sommes parmi les leaders. Alors pourquoi ne pas en profiter ?!
  • Parlons de l’alya de France et je voudrais vous poser une question que l’on ne peut poser à la ministre de l’Intégration parce ce n’est pas elle qui dispose des budgets nécessaires. Ma question se rapporte aux dizaines de milliers de Juifs de France qui auraient souhaité faire leur alya mais qui ne le peuvent pas pour une simple raison : parce qu’ils appartiennent aux couches sociales défavorisées en France et que pour beaucoup il parviennent à vivre uniquement grâce aux allocations familiales ou à d’autres aides de l’Etat qui n’existent pas dans de telles proportions en Israël. Est-il raisonnable d’envisager que le gouvernement israélien encourage ces populations défavorisées à faire leur alya en augmentant les aides sociales dont elles pourraient bénéficier ?
  • Je vais essayer de vous répondre sur le principe : nous voulons que les Juifs de France viennent nous rejoindre en Israël. Maintenant, je suis conscient des difficultés et le fait qu’il y ait aujourd’hui 40 % des olim de France qui sont plus ou moins officiellement au chômage est préoccupant. Mais je veux dire que s’il le faut, le ministère des Finances mettra les budgets nécessaires pour financer une reconversion professionnelle de ces olim qui ne trouvent pas d’emploi. Nous estimons qu’avec une telle reconversion ils pourront s’intégrer professionnellement plus rapidement. Je dois dire que c’est là notre intérêt. Nous ne prenons pas une telle mesure pour être sympa mais parce que c’est notre intérêt.

 

  • Cela nous conduit à une question incontournable : est-ce que dans la prochaine liste électorale du parti Koulanou, on pourra trouver un digne représentant de la communauté francophone d’Israël, à une place éligible ?
  • Je ne suis pas du tout en train de préparer notre liste électorale. Et ce n’est pas du tout actuel. Je ne prépare pas les élections 2 ans avant la date prévue…
  • Cela nous amène à notre dernière question : Moché Kahlon est aujourd’hui ministre des Finances. Quel est votre prochaine ambition ? D’être Premier ministre ?
  • (Rires) Je suis ministre des Finances et je me suffis de cette fonction qui m’accapare jour et nuit.
  • Mais vous savez qu’il y a des ministres des Finances qui ensuite sont devenus Premier ministre, comme Levy Eshkol, Shimon Pérès et Binyamin Nétanyaou. Ca ne vous donne pas des idées ?
  • Pas du tout : je profite de cette mission, je fais ce que j’aime faire et je me focalise sur mon action.

Propos recueillis par Daniel Haïk

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