16 Av 5779‎ | 17 août 2019

ROCH ‘HODECH AU FÉMININ

Météo Tamouz : Alerte Orage !

 

Il était temps ! Dimanche 25 juin, Météo France a enfin levé l’alerte canicule sur les quatre derniers départements où la vague de chaleur jouait les prolongations. Pour autant, pas question de baisser notre garde. Car c’est en ce jour précis – Roch ‘Hodech Tamouz – que nos sages lancent de leur côté l’alerte orage. Quelques conseils choisis pour éviter de s’attirer la foudre…

 

Vivent les vacances ?

L’année scolaire touche à sa fin. « Vivent les vacances ! », scandent nos petits écoliers en rêvant de jeter leurs cahiers au feu, et la discipline à mille lieues. Selon le calendrier hébraïque, en revanche, cela ne fait pas si longtemps qu’elle a commencé, Tamouz n’étant que le quatrième mois de l’année. Certes, après le remue-ménage de Nissan, puis les joyeux feux de camp d’Iyar, et enfin l’exaltation de Sivan, on aurait toutes envie de souffler, de s’abandonner rien qu’un tout petit peu au farniente. Qui plus est, ce mois ne comporte aucune fête juive, ce qui, en termes féminins, se traduit par une halte bienvenue de la (lourde) logistique qu’elle sous-entend immanquablement. Pas de desserts sophistiqués à concocter. Pas de courses effrénées dans les centres commerciaux pour trouver THE tenue de fête qui éblouira les copines à la sortie de la syna. Des vacances bien méritées, somme toute…

 

Des heures sup qui chiffrent

Seulement, voilà. Selon nos Sages, les plages de sable fin devront nous attendre encore un petit peu. Car Mister Mauvais Penchant, lui, n’est pas encore parti en vacances (et ne partira pas de si tôt). Pensez-vous ?! Le mois de Tamouz est celui où il peut – en théorie – réaliser son plus beau chiffre d’affaire de toute l’année. Fermer boutique en ce mois constituerait un grave faux-pas commercial. Du coup, pas question pour nous non plus de cesser d’être vigilantes. Mais qu’est-ce donc qui pousse nos maîtres à se montrer si pessimistes au sujet de ce mois ? Et y aurait-il un moyen de causer la faillite du Mauvais Penchant, lui qui ne lésine pas sur les heures sup. en cette haute saison ?

 

Vents de la haine & orage de la discorde

En matière de shopping comme dans la vie, pour espérer éviter une mauvaise affaire, il est impératif de flairer les attrape-nigauds. Dans cette optique, l’auteur du Bné Issasskhar nous révèle la technique secrète de marketing employée par le Mauvais Penchant au mois de Tamouz : il fait souffler les vents de la haine et l’orage de la discorde dans nos cœurs. À vrai dire, cette stratégie n’est pas née de la dernière pluie. Cela fait plusieurs millénaires qu’il l’emploie et elle s’est toujours révélée d’une remarquable efficacité. Tout a commencé à la veille de la conquête de la terre de Canaan, quand les dix explorateurs ont promené leurs regards haineux sur une terre qui avait pourtant tout pour être admirée. C’est cette faute, nous révèle le Bné Issasskhar, qui a entaché la destinée du mois de Tamouz. Et, conféré au Mauvais Penchant le pouvoir de semer la discorde au sein du peuple juif. Un pouvoir que ce commerçant rusé ne s’est jamais privé d’utiliser contre ses clients ingénus. À commencer par Kora’h, dont nous lisons toujours la tragique épopée à proximité de Roch ‘Hodech Tamouz. N’est-ce pas là l’exemple type de la foudre frappant l’individu qui ne se protège pas des périls de l’orage de la discorde ?

 

La marche du crabe

Plus tard dans l’histoire, quand les Hébreux seront enfin installés en terre d’Israël et jouiront de la Présence divine résidant dans le Bet Hamikdach, notre ennemi public n°1 fera de nouveau sévir les bourrasques de la haine gratuite parmi eux. Et cette fissure métaphorique qui les séparera sera bientôt doublée d’une brèche, ô combien concrète, qui ébranlera les murailles de Yérouchalaïm le 17 Tamouz. Rien d’étonnant donc à ce que le signe zodiacal associé au mois de Tamouz soit le Crabe, un crustacé qui pullule dans les eaux en cette saison, et menace de nous assaillir avec ses pinces acérées.

 

Un paratonnerre nommé Réouven

Sommes-nous pour autant condamnées à essuyer l’orage ? Le Arizal nous révèle que chaque trimestre du calendrier hébraïque correspond à un certain chévet. Pour leur part, les mois de Tamouz, Av et Eloul sont associés à la tribu de Réouven. Or c’est le pouvoir spirituel de ce dernier qui nous protégera face aux foudres qui nous menacent en cette période. Pour mieux comprendre ce lien, la rabbanite Yémima Mizra’hi nous rappelle que pour avoir déplacé la couche de son père, l’aîné des douze tribus perdit son droit d’aînesse, lequel fut transféré à Yossef. Pourtant, contrairement à son oncle Essav qui avait voulu tuer son frère Yaacov pour lui avoir « usurpé » son droit d’aînesse, Réouven ne conçut pas la moindre haine envers son frère Yossef, qui avait hérité de sa grandeur. Plus encore, quand ses frères signèrent l’arrêt de mort de ce dernier en le jetant dans le puits, c’est Réouven qui eut pitié de lui et voulut à tout prix le sauver de leurs desseins meurtriers. Cette capacité à pardonner, à passer l’éponge, à renoncer au désir si humain de vengeance est ce qui fait la force de Réouven. Ce qui fait de lui le « paratonnerre » spirituel qui nous permettra de résister aux foudres typiquement « tamouziennes » grondant autour de nous, mais surtout en nous. (D’après la chronique Overcoming Resentment, Ami Living).

Après la pluie, le beau temps

Alors, certes, le mois de Tamouz est un mois tristement propice aux accrochages et altercations, aux bisbilles et bouderies, aux chamailleries et charivari, aux discordes et divisions, aux empoignades et escarmouches. Bref, en un mot, à la zizanie. Mais attention ! Nos Sages n’ont écrit nulle part qu’il s’agissait d’une fatalité. Que nous étions vouées à nous crêper le chignon avec nos (à vous de choisir l’option correspondante) parents / enfants / conjoints / collègues / patrons / voisins de palier. Pour ensuite marmonner que, de toute façon, c’est la faute de la météo du mois de Tamouz. Car notre rôle en ce mois est de lutter contre les « éléments naturels » en nous inspirant du paratonnerre mis au point par Réouven. En réfrénant une critique bien salée. En ravalant un « scoop » bien croustillant. En refoulant une colère bien justifiée. Et, au lieu de cela, en rendant le bien pour le mal. En transformant nos moues en sourires. En tournant la page pour en ouvrir une nouvelle, toute lisse, toute propre. Et si nous agissons ainsi, nous pouvons êtes certaines que le Tout-Puissant lèvera définitivement l’alerte orage sur le mois de Tamouz. Et qu’après la pluie, viendra le beau temps. Il était temps !

Ora Marhely