16 Kislev 5780‎ | 14 décembre 2019

« La communauté juive de Rennes fait de la résistance »

Le repas collectif de Chavouot a remporté un franc succès dans la capitale bretonne. Si l’érosion démographique du judaïsme local est aussi fort qu’ailleurs en province, il existe ici un réel dynamisme cultuel grâce au rav Mendy Atlan.

« A Rennes, nous résistons à l’érosion démographique du judaïsme provincial », proclame Sonia Gameroff, présidente de la communauté locale, composée d’environ deux cent cinquante membres dont quatre-vingt-dix adhèrent à l’Association culturelle et cultuelle israélite de la ville (ACCIR).

Quand notre interlocutrice, originaire de Créteil, s’est installée ici, deux cents personnes assistaient à l’office de Kippour organisé par la synagogue Edmond J. Safra, la seule de Bretagne en activité. C’était en 2008. Désormais, les Juifs ne sont qu’une centaine à se manifester à l’occasion des fêtes de Tichri. Pourtant, le dernier séder collectif de Pessa’h a réuni quatre-vingts convives et le repas communautaire de Chavouot, précédé de la lecture des Dix commandements, en a rassemblé quarante le 31 mai. Cela confirme que la vie juive à Rennes, sans être florissante, est plutôt en phase ascensionnelle : le talmud Torah a connu une renaissance après des années d’interruption (avec six élèves aujourd’hui), l’oulpan est bien suivi et la choule est ouverte tous les vendredis soir et le samedi matin une semaine sur deux. Il est impossible de se procurer des produits casher sur place, mais une dizaine de familles qualifiées de « très pratiquantes » par Sonia Gameroff se font livrer depuis Paris. Il existe aussi une cuisine attenante au lieu de prière : on peut y préparer et cuire des aliments conformément à la Halakha, ce qui permet de célébrer de temps à autre une bar mitsva ou un mariage sans demander à un traiteur francilien de se déplacer.

Comment expliquer ce paradoxe et ce double mouvement : une vague ininterrompue de départs et… un dynamisme relatif ?

Rennes est une cité universitaire et elle compte donc plusieurs dizaines d’étudiants juifs venus d’autres régions et même de l’étranger. Mais le changement de taille est intervenu en septembre 2015, quand cette communauté a embauché pour la première fois un jeune rabbin. Le rav Mendy Atlan habite Fontenay-sous-Bois, dans le Val-de-Marne, et enseigne au Beth Rivkah de Yerres (Essonne). Un week-end sur deux, il se rend avec son épouse à Rennes, anime la tefila du vendredi soir et celle du samedi matin. Il s’occupe aussi du talmud Torah le dimanche et a régulièrement des invités dans l’appartement mis à sa disposition. Il était évidemment présent lors du banquet de Chavouot. Sa nomination a boosté l’enthousiasme du noyau dur du judaïsme local et au-delà. C’est pourquoi Sonia Gameroff utilise à juste titre le terme de « résistance ».

Axel Gantz