29 Tishri 5778‎ | 19 octobre 2017

Il y a 50 ans, la bataille de libération de Jérusalem

Le mercredi 7 juin 1967 (28 Iyar 5727), les forces de Tsahal entrent dans la Vieille ville, pénètrent sur le Mont du Temple et libèrent le Kotel, entraînant ainsi la réunification de la ville séparée pendant 19 ans par une muraille de haine. Cette réunification devient l’un des événements majeurs de la longue histoire du peuple juif. Désormais, les Juifs peuvent à nouveau prier devant le Mur Occidental, vestige du Second Temple. A l’occasion de ce jubilé, Haguesher revient sur les principaux instants de la bataille de Jérusalem.

Le début des combats dans les quartiers sud

Le 5 juin au matin, le président égyptien Nasser téléphone au roi Hussein de Jordanie. Il lui fait croire que son armée est en passe de conquérir Tel-Aviv (alors que son aviation est détruite) et le presse d’entrer dans la confrontation. Le roi Hussein décide de faire confiance à Nasser. Ce qui fera dire plus tard aux dirigeants israéliens que Hussein a pris deux décisions cruciales pour l’avenir d’Israël : « Le 5 juin, il a ouvert le front central alors que nous lui avions conseillé de ne pas entrer dans les combats. Et le 6 octobre 1973, il a refusé d’ouvrir un nouveau front au centre, et ce faisant, il nous a permis de ne pas perdre la guerre. » A midi, après que la Légion jordanienne prend le contrôle d’Armon Hanatsiv, le Palais du Gouverneur de l’ONU, Tsahal donne l’assaut et s’empare de ce point stratégique qui contrôle la route traversant Jérusalem-Est. En début d’après-midi, le commandant de la brigade de Jérusalem Asher Drazin envoie une patrouille accompagnée d’un tank pour s’emparer de Tsur Baher, le petit village arabe situé sur la route Jérusalem-Bethlehem. Dans le même temps, le commandant de la 16e Division, le colonel Eliezer Amitaï, ordonne au bataillon 62 de se déployer à Ramat Ra’hel, malgré les champs de mines. Peu après, ce bataillon prend le contrôle de tout le sud-est de la ville, à l’exception d’Abu Tor plus proche des murailles. Le 7 juin en après-midi, Jabal Abou Aoniim, où se trouve aujourd’hui le quartier d’Har ‘Homa, est conquis par la brigade de Jérusalem.

 
Les quartiers nord
Le 5 juin, l’état-major général jordanien ordonne à l’infanterie de se poster à Tell el Ful. Le commandant en chef de la région centre, le général Uzi Narkis, demande à la brigade Harel de se déplacer vers le corridor nord de Jérusalem entre Maalé Ha’hamicha et Motza. Mais la brigade se fait bombarder par l’ennemi. A 17h15, les chars israéliens commencent à tirer sur les avant-postes jordaniens, tandis que l’artillerie envoie des mortiers lourds avec le soutien de l’aviation. L’assaut d’infanterie débute à 18h00. Uzi Narkis demande à la Brigade Harel d’effectuer une incursion sur deux axes : l’un de Maalé Ha’hamicha, à Guivat Haradar (actuellement Har Adar), et l’autre du Castel (Mevasseret Tsion) à Sheikh Abdul Aziz, puis vers Beit Surik. L’offensive du premier axe dure jusqu’à minuit. Une partie des forces jordaniennes est détruite. Sur le second axe, la Brigade Harel fait face à la Légion arabe et aux champs de mines. A 3h30 du matin, le bataillon 95 se poste sur Tel A-Zahra qui contrôle la route de Jérusalem au nord et ouvre le feu sur les forces jordaniennes. Le bataillon 106 subit de lourdes pertes au Castel, mais il progresse vers Jérusalem. Le 6 juin à 9h00, le bataillon 106 attaque Tell el Ful, avec l’aide des chars du bataillon 95 et ne rencontre presque pas de résistance.

 
Les quartiers est
Le 6 juin, l’objectif général est la jonction rapide avec l’enclave du Mont Scopus. Pour cela, la brigade Harel doit prendre la Guiva Hatsarfatit, Guivat Hamivtar et le quartier de Chuafat. Une offensive éclair est déclenchée. L’infanterie et les blindés contrôlenttrès vite le terrain et progressent vers Guivat HaMivtar. Le lendemain matin, 7 juin, la plupart des combats de Guivat HaMivtar sont terminés.Les forces israéliennes prennent le contrôle des deux collines à 12h00. La connexion avec le mont Scopus est établie. De son côté, le commandant de la brigade de parachutistes, le colonel Morde’haï (Motta) Gour, planifie une percée allant de l’académie de police à la porte Mendelbaum. Le 6 juin, à 2h15 du matin, en plus des tirs de chars et de l’aviation contre les blindés jordaniens, un barrage d’artillerie fait feu sur l’Académie de police et la Colline des munitions. A 2h30, le régiment 66 opère une percée. Ensuite, c’est au tour de la Compagnie B d’atteindre l’académie de police. Les parachutistes et les tanks israéliens y pénètrent sans aucune difficulté : dès le début du bombardement, la Légion s’est retirée sur la Colline des Munitions. La bataille la plus douloureuse de la conquête de Jérusalem débute. Elle se prolongera toute la nuit et se terminera par la victoire des paras qui essuieront de lourdes pertes. Les forces israéliennes peuvent désormais progresser vers la porte Mendelbaum puis vers le Musée Rockfeller, qui borde les murailles de la Vieille ville. L’après-midi du 6 juin, tout Jérusalem-Est en dehors des murailles est contrôlé par Tsahal, à l’exception du quartier d’Abou Tor – conquis dans l’après-midi – et du Mont des Oliviers le lendemain.

 
Le centre
Le 6 juin, dans le quartier de Chmouel Hanavi, le Bataillon 28 commence son offensive à 3h30 du matin mais essuie de lourds bombardements et compte de nombreux blessés. L’arrivée de blindés modifie la situation. A 6h00, la compagnie A réussit à prendre le contrôle de l’intersection au sud du YMCA et du consulat américain. Une demi-heure plus tard, elle rencontre une position fortifiée bloquant la poursuite de la progression vers le sud pendant deux heures. Finalement, les Jordaniens se rendent après l’attaque des blindés.

 
Les coulisses de la décision de conquérir la Vieille ville

Depuis le début des combats de Jérusalem, des ministres du gouvernement d’union nationale réclament la conquête de la partie est de Jérusalem. Le plus entreprenant est le leader du ‘Herout, Mena’hem Begin, qui pour la première fois siège dans un gouvernement d’union nationale formé quelques jours auparavant. Mais il peut également compter sur le vice Premier ministre Yigal Alon (travailliste). Dans la nuit du 5 au 6 juin, une réunion extraordinaire du Cabinet restreint se tient dans les sous-sols de la Knesset. Tous admettent qu’il y a là une occasion historique de réunifier la capitale, et ce en dépit des pressions internationales qui risquent de peser sur Israël.Seul absent à cette réunion : le ministre de la Défense Moché Dayan qui gère les combats. Dayan fait savoir qu’il s’oppose à une offensive directe contre la Vieille ville à cause des lieux saints et des risques de pertes en vies humaines. Il suggère de tenir un siège et de forcer les Jordaniens à capituler. C’est pourquoi une première demande pressante du général Narkis d’entrer dans la Vieille ville est rejetée. Mais c’est alors que Begin entend parler à la BBC du cessez-le-feu prévu par l’ONU. L’une des clauses mentionnées est l’interdiction des forces militaires des deux côtés de dépasser leurs positions dès le cessez-le-feu, à l’aube. Begin craint que la Vieille ville n’échappe à Israël. Il prend contact avec Dayan et le somme d’approuver l’entrée immédiate dans la Vieille ville. Dayan prend conscience de l’opportunité historique qui se présente et donne son feu vert à la conquête de la Vieille ville. Et le 7 juin à 6h15, le ministre de la Défense ordonne officiellement au chef d’état-major, Its’hak Rabin, d’entrer dans la Vieille ville.

 
La Vieille ville
Le 6 juin à 18h00, la conquête particulièrement difficile d’Abou Tor est achevée par la Brigade de Jérusalem. Prochaine cible : le Mont des Oliviers et le complexe Augusta Victoria. La tâche est confiée à la brigade parachutiste. Le 7 juin à 7h00, l’offensive est lancée. A partir de 8h00, l’aviation bombarde : les Jordaniens subissent de lourdes pertes. Les bataillons 66 et 71, ainsi que le bataillon 80, aidés de tanks, prennent d’assaut la crête. A 9h05, Augusta Victoria est conquise. Le bataillon 80 et les chars continuent vers les villages d’At-Tur, Al Ezariyah et Abu Dis. A 9h30, la 55e brigade occupe le mont des Oliviers. Motta Gour commande à ses hommes de se diriger vers la porte des Lions à l’entrée de la Vieille ville. A 9h45, le véhicule blindé de l’unité de paras y arrive et roule dans la Via Dolorosa. A sa suite, les bataillons 71, 66 et 28 ainsi qu’une unité de tanks, qui restent bloqués par l’accès trop étroit.La Compagnie D et le bataillon 71 poussent vers la porte des Détritus et pénètrent dans la Vieille ville après la brigade de Jérusalem. Ils continuent vers le quartier chrétien. Avant 10 heures, les compagnies A et D entrent dans le quartier Mughrabi à côté du Kotel. Quelques minutes plus tard, une compagnie du Bataillon 71 pénètre sur le Mont du Temple. A 10h00, le colonel Motta Gour prononce dans sa radio la fameuse phrase : « Le Mont du Temple est entre nos mains. Cessez le feu ! » Le Commandant de brigade adjoint, Moshé Stempel et le commandant de la compagnie A Yoram Zamush, descendent les premiers devant le Mur occidental où ils hissent le drapeau israélien. Ils sont rejoints par l’Aumônier général de Tsahal, Chlomo Goren, le commandant de la région Centre Uzi Narkis et le chef d’état-major adjoint ‘Haïm Bar-Lev. L’esplanade du Kotel se remplit de dizaines de soldats. Beaucoup pleurent. Certains récitent la bénédiction «Chéhé’héyanou ». Au même moment, trois compagnies du bataillon 163 de la Brigade de Jérusalem prennent le contrôle du Mont Sion sans combat. A 11h00, le gouverneur de Jérusalem, Anwar al-Khatib, arrive sur le Mont du Temple et signe la reddition des forces jordaniennes en présence de Moché Dayan.

Dans l’après-midi du 7 juin, tout l’est de Jérusalem est sous contrôle de Tsahal. L’annonce de la conquête du Kotel provoque une fantastique onde de choc et de joie en Israël et dans l’ensemble du peuple juif en Diaspora.
Noémie Grynberg

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