29 Iyyar 5777‎ | 25 mai 2017

« Macron est un ami d’Israël, mais son entourage m’inquiète »

Haguesher : Meyer Habib, quel regard portez-vous sur l’élection d’Emmanuel Macron ?

Meyer Habib : Jusqu’au bout, j’ai soutenu François Fillon, qui était le meilleur candidat et qui a obtenu 61 % des voix en Israël au premier tour. Hélas, les affaires ont eu raison de sa candidature. A l’issue du premier tour, je me suis, immédiatement et sans la moindre hésitation, mobilisé pour Emmanuel Macron, contre Marine Le Pen et son entourage antisémite. C’était un choix moral pour le républicain, l’humaniste et le Juif que je suis. Avant le second tour, j’ai donné près de 25 interviews dans les médias israéliens pour convaincre les Franco-israéliens de voter Emmanuel Macron et de ne pas accorder une seule voix au Front national. Je suis très fier que le nouveau président ait obtenu plus de 96 % des suffrages en Israël. Dans ma circonscription, nous avons tordu le cou au mythe d’un vote juif pour le Front national. Je n’oublie pas que 11 millions de Français ont voté Le Pen et qu’au premier tour, les extrêmes ont réuni plus de 40 % des suffrages. C’est très inquiétant. Cinq ans de socialisme laissent notre pays à la dérive. Le chômage est au plus haut, les impôts ont explosé et la dette publique semble hors contrôle. En un an et demi, 250 innocents ont été assassinés en France par des djihadistes. Les Français ont peur. Il y a urgence à réformer en profondeur, à restaurer la sécurité et à détruire la menace djihadiste. Sinon, la prochaine fois, le Front national passera, ou l’extrême-gauche au moins aussi dangereuse.

– Comment Emmanuel Macron va-t-il pouvoir gouverner si son mouvement ne parvient à se transformer en parti politique ?

-On est encore dans le flou. D’ici jeudi, le mouvement « la République en Marche » va désigner ses candidats pour les législatives. Parmi eux, sans doute un très grand nombre de socialistes recyclés… Ma conviction absolue est qu’il faut un bloc parlementaire puissant de droite et du centre pour structurer un gouvernement de cohabitation ou, a minima, une coalition de centre droit. C’est parfaitement crédible et surtout indispensable pour définitivement tourner la page du quinquennat désastreux de François Hollande. François Fillon avait le meilleur programme, que ce soit dans le domaine de la sécurité, de la lutte contre le totalitarisme islamique, des relations avec Israël ou pour les Français de l’étranger. Il doit rester notre feuille de route, tout en le rendant plus social, plus éco-responsable, plus européen.

– Quelles sont vos relations avec le nouveau président de la République ?

– J’ai de très bonnes relations personnelles avec Emanuel Macron. C’est un ami. J’ai d’ailleurs appuyé certaines réformes qu’il a portées, par exemple, avec Frédéric Lefebvre, nous avons été les seuls députés d’opposition à soutenir le pacte de responsabilité. De même, j’aurais voté la loi « Macron » si Manuel Valls n’avait pas utilisé le 49-3… Je suis un pragmatique : par-delà les lignes partisanes, quand une loi est bonne pour la France, je la soutiens.

– Que savez-vous de son positionnement envers Israël ? – Je pense qu’Emmanuel Macron est un ami d’Israël, mais certaines personnalités de son entourage m’inquiètent. Parmi elles, Richard Ferrand, secrétaire général d’En Marche !, qui a subventionné l’Association France-Palestine Solidarité, le très anti-israélien Dominique de Villepin, ou encore certains référents EM ! qui appartiennent aux Frères musulmans.
De même, certaines de ses déclarations ne m’ont pas rassuré. Que ce soit ses propos sur la colonisation qu’il a qualifiée de crime contre l’humanité ou sur la politique du gouvernement Nétanyaou, qu’il a jugé « belliqueuse »…Qu’il l’admette ou pas, Emmanuel Macron a gagné les élections tout en étant issu de la Gauche, ce qui est une prouesse… Cette Gauche obsédée par les « colonies » et qui a voté massivement en décembre 2014 pour la reconnaissance unilatérale d’un Etat de Palestine. Les chiffres sont éloquents : sur 151 votes contre, un seul socialiste ! Ne l’oubliez jamais. Binyamin Nétanyaou, que j’ai longuement briefé, a appelé Emmanuel Macron lundi soir pour le féliciter. Israël est aujourd’hui très fort et les deux pays ont intérêt à coopérer que ce soit dans le domaine sécuritaire, économique ou technologique. J’ai d’ailleurs déjà proposé à Emmanuel Macron de l’aider à renforcer ces partenariats.

– Meyer Habib, vous l’avez annoncé la semaine dernière : vous êtes candidat à votre succession dans la 8e circonscription des Français de l’Etranger. Sur quels axes entendez-vous faire campagne ?

– Le principal problème est l’abstention. Trop peu de franco-israéliens se déplacent pour voter. Sur 75 000 inscrits, seuls 13 000 à peine ont voté pour l’élection présidentielle et 6000 à la dernière législative. Or, l’enjeu de ces élections législatives est énorme. La France mais aussi Israël sont au carrefour de leur histoire. Pour détruire la menace islamiste, pour empêcher un Iran nucléaire, pour diminuer les impôts, relancer l’économie et réduire la pauvreté, il faut que vous vous mobilisiez. Face à moi, il y a cinq candidats de gauche et d’extrême-gauche, dont certains apparatchiks socialistes, qui n’ont jamais rien fait pour Israël et dont le seul programme est de m’attaquer. Ils se reconnaîtront.

– Quel est votre programme ?

– Je veux continuer à mener tous les grands combats que j’ai engagés, que ce soit pour le respect du judaïsme (che’hita, mila, port de la kippa…), la lutte contre l’antisémitisme et son nouveau visage, l’antisionisme, contre le boycott, pour la reconnaissance de Jérusalem, capitale indivisible et éternelle d’Israël… Je l’ai dit haut et fort à l’Assemblée : jamais un juif ne sera un colon à Jérusalem, en Judée ou en Samarie ! J’ai mené une lutte acharnée contre l’entreprise de falsification de l’Histoire par les résolutions de l’UNESCO, islamisant le mont du Temple et le Kotel. Devant un hémicycle rempli, j’ai prononcé en hébreu : « Le-chana ha-baa bi-Yirouchalaïm » ! Je vais évidemment continuer à me battre pour les droits des Olim. J’ai obtenu l’ouverture de lignes low cost entre la France et Israël, la reconnaissance des diplômes de dentistes et de pharmaciens, la dématérialisation des certificats de vie à partir de janvier 2018. Ma priorité est maintenant la reconnaissance des permis de conduire et poursuivre les efforts sur les équivalences de diplôme pour de nouvelles professions. Il reste encore beaucoup à faire pour toutes les professions médicales, paramédicales et juridiques. Sur le plan fiscal, je veux obtenir l’abrogation des prélèvements CSG-CRDS sur les revenus du capital, qui sont un véritable scandale. Baroukh Hachem, les rabbanim et le monde de la Torah m’appuient et, quotidiennement, vous êtes très nombreux à me témoigner votre soutien. C’est de là que me vient cette force pour mener nos combats. Mais pour gagner massivement, le 4 juin, j’aurai besoin de vous, de votre mobilisation totale. Je compte sur vous.

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