18 Adar II 5779‎ | 25 mars 2019

Les formations professionnelles, antidotes au chômage

Dans les domaines intellectuels et surtout manuels, il est possible d’apprendre un métier facilement monnayable sur le marché de l’emploi français mais aussi israélien dans une atmosphère casher. Illustrations et témoignages.

Les formations professionnelles ont le vent en poupe dans la communauté, y compris chez certains jeunes adultes déçus par les blocages du marché de l’emploi à l’issue d’études universitaires classiques. Beaucoup d’entre eux souhaitent acquérir un bagage plus concret dans un secteur artisanal, commercial ou comptable permettant de travailler et d’assurer correctement sa parnassa.
L’ORT reste leader dans cette branche. A Toulouse, cinq cents élèves sont inscrits au lycée technologique et à l’institut spécialisé dans la préparation aux BTS (optique, banque…). Johanna Ankri, chargée là-bas de la communication, indique que les détenteurs de licences ou masters plus… littéraires et peu monnayables affluent dans l’établissement. Philippe Alfandari, directeur de l’ORT de Paris (trois cent quatre-vingts étudiants), explique qu’après la crise de 2008, qui a ralenti le rythme des contrats d’apprentissage offerts par les entreprises en partenariat avec l’école, les pôles électricité ou plomberie se développent à nouveau de façon spectaculaire. « Après leur formation, dit-il, nos jeunes trouvent facilement du travail en France ou…en Israël ». Mieux encore : à Ohalei Yossef Itzhak, qui propose à des garçons un double cursus en yéchiva et dans un laboratoire de pâtisserie (casher mais de tradition hexagonale), on se félicite de la réussite parfois impressionnante des anciens élèves. Danièle Chetrit, conseillère pédagogique de cette structure originale de la région parisienne, nous dit que l’un d’eux gagnait mille cinq cents euros par mois peu après l’obtention de son diplôme. « Puis il a réalisé son alya, précise-t-elle, et ouvert une pâtisserie française en Israël. Ses revenus ont quadruplé pour atteindre mille cinq cents euros par semaine…»

Devenir coiffeur en Eretz représente aussi une bonne stratégie d’intégration. A telle enseigne que les métiers manuels, autrefois méprisés dans notre communauté comme dans l’ensemble de la société, sont à la mode chez les jeunes Juifs, surtout dans les milieux pratiquants. Quant à la voie très balisée de la puériculture, où le chômage est inexistant, elle reste appréciée chez les adolescentes du monde orthodoxe en particulier. Kesher Formation, que dirige Gilles Halimi dans les locaux du groupe scolaire Habad Chné Or à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), est spécialisé dans l’aide à la petite enfance et répond à ce besoin avec succès. De nouveaux cursus sont en projet : coiffure, maquillage…

Les formations assurées par l’école Eschel du 19e arrondissement de la capitale (de la seconde au BTS ou au niveau licence) sont plus « intellectuelles », mais aussi efficaces en termes de qualification et d’employabilité. Son directeur, Pinhas Brahmi, explique que son établissement permet à des jeunes désireux de suivre assidûment des cours de kodech d’apprendre du même mouvement un métier d’avenir en comptabilité, marketing, etc. « Chez moi, ajoute-t-il, nous accueillons surtout d’anciens élèves de collèges orthodoxes où le ‘hol n’était pas vraiment privilégié. Ils ont des lacunes dans ce domaine mais nous les mettons à niveau… rapidement, car leur dextérité en limoud leur donne des facultés telles qu’ils assimilent vite et bien. Beaucoup deviennent d’excellents informaticiens, férus de spiritualité comme de culture scientifique ».

Jérôme Touboul, lui, est responsable du programme israélien de la section « Entreprendre à l’international » de l’une des Ecoles supérieures de gestion de Paris (ESG). Une initiative qui va démarrer en septembre prochain. Le groupe ESG a été fondé dans les années 70 par Pierre Azoulay et attire traditionnellement de nombreux étudiants juifs. Le parcours proposé à présent par Jérôme Touboul est idéal pour les futurs olim : hébreu commercial renforcé, cours de comptabilité et de droit israéliens, stages sur place… Notre interlocuteur table sur une trentaine d’inscrits la première année pour ce sas innovant entre les écoles juives françaises et la vie professionnelle en Terre Sainte. Un système qui devrait faire des émules.
Axel Gantz