29 Av 5777‎ | 21 août 2017

Avec l’élection d’Emmanuel Macron, la menace frontiste écartée pour cinq ans

Outgoing French President Francois Hollande (R) reaches out to touch President-elect Emmanuel Macron, as they attend a ceremony to mark the end of World War II at the Tomb of the Unknown Soldier at the Arc de Triomphe in Paris, France, May 8, 2017. REUTERS/Francois Mori/Pool

66 % des voix : le nouveau président Macron a fait mieux que ne le prédisait les sondages. Du coup, le rêve de Marine Le Pen –de recomposer l’opposition à son profit – semble illusoire, avec sans doute une trentaine de députés FN en juin. Dans la communauté, on respire après avoir évité le pire.

 
Les Juifs de France ont poussé quasi-unanimement un soupir de soulagement dans la soirée du 7 mai. Avec 66 % des suffrages, Emmanuel Macron a remporté une victoire plus nette que prévue face à Marine Le Pen. Beaucoup craignaient que celle-ci ne dépasse 40 % des voix, un score certes insuffisant pour être élue mais extrêmement inquiétant en vue des prochaines législatives et d’une éventuelle recomposition de la droite au profit du Front national.

Explication principale : la candidate populiste a totalement raté sa prestation lors du débat télévisé crucial de l’entre-deux-tours, le 3 mai. Elle n’a cessé d’agresser son adversaire, tenant des propos insultants du début à la fin sur sa prétendue « soumission » au mondialisme, à l’Europe, à la finance, etc. Elle s’est placée avec bassesse sur un terrain personnel en multipliant les erreurs, approximations perfides et allusions sans fondements au sujet de l’action d’Emmanuel Macron lorsqu’il était ministre de l’Economie de François Hollande. Ainsi, elle a soutenu mordicus que le leader d’En marche ! avait imposé la vente de la société de téléphonie SFR à son « ami » franco-israélien Patrick Drahi, roi des télécoms et patron de presse (BFM-TV, i24News, L’Express…). Son interlocuteur n’a eu aucun mal à rétorquer que l’opération s’était déroulée avant sa nomination à Bercy.

Entre-temps, Marine Le Pen n’a guère parlé du fond, donnant le sentiment qu’elle était incapable de présenter un programme sérieux. Elle est apparue à la fois vulgaire, voire ordurière, et incompétente. Le vrai visage de l’extrême droite. Les sondages réalisés après ce pugilat suivi par dix-huit millions de Français ont démontré qu’elle s’était décrédibilisée auprès des indécis, tandis que l’ancien ministre du gouvernement Hollande est resté calme et posé, renforçant un peu plus sa stature de présidentiable, en dépit – ou en raison ? – de son jeune âge (trente-neuf ans). Il n’empêche que la fille de Jean-Marie Le Pen a recueilli, le 7 mai, plus de onze millions de voix, contre cinq millions et demi en faveur de son père au second tour de laprésidentielle de 2002 (contre Jacques Chirac). Elle a donc multiplié par deux la performance précédente et le nombre de sympathisants du FN lors d’un scrutin similaire.

Cette progression inquiétante a été soulignée par les leaders communautaires, qui ont salué chaleureusement la victoire d’Emmanuel Macron. Le grand rabbin de France, ‘Haïm Korsia s’est exprimé le premier. Il a félicité le candidat élu, lui a souhaité « une pleine réussite » et s’est réjoui du « triomphe des valeurs républicaines ». Il a cependant appelé les responsables politiques à « prendre en considération, avec gravité, le cri de désespoir et de colère des électeurs [du FN – NDLR] pour revoir leurs plateformes programmatiques et retrouver ainsi l’enthousiasme et le soutien des citoyens en vue des prochaines législatives.»

Le président du Consistoire, Joël Mergui, s’est déclaré « heureux » du résultat, tout en insistant sur le danger qui perdure de voir l’extrême droite accéder un jour à l’Elysée. « Emmanuel Macron, a-t-il commenté, est désormais porteur des aspirations de tout un peuple qui refuse de sombrer dans la facilité, la haine et la peur – et qui vient de réaffirmer, une nouvelle fois, la force de ses valeurs universalistes devant le monde entier. Au nom de toutes les communautés juives mobilisées pour le soutenir, je lui souhaite de réussir la lourde tâche consistant à incarner le renouveau et l’esprit de résistance. Il devra relever de nombreux défis, à commencer par la lutte contre le terrorisme et ses appuis. A l’approche des législatives, l’engagement du front républicain doit se poursuivre et s’intensifier pour faire obstacle à tous les extrêmes qui veulent confisquer et dévoyer notre démocratie ».
Un peu plus tard, le CRIF a fait part de son « soulagement » après le score de Marine Le Pen, inférieur à 35 % des voix. Un résultat qui témoigne, selon l’organisation, de « l’attachement des Français aux valeurs républicaines, malgré le contexte sécuritaire et économique » difficile. Comme les représentants du culte juif, Francis Kalifat, président du CRIF, a rappelé toutefois « l’impératif de vigilance qui incombe à l’ensemble des forces républicaines afin de contenir la poussée populiste et xénophobe. » Il a demandé à Emmanuel Macron de « poursuivre les efforts engagés par ses prédécesseurs dans la lutte contre le terrorisme, l’antisémitisme et le racisme. »

Enfin, le président du Fonds social juif unifié (FSJU) et de la Fondation du judaïsme français, Ariel Goldmann, a écrit dans un communiqué, au nom des deux institutions, qu’il fondait « beaucoup d’espoir en l’avenir » du fait du succès sans appel de l’ancien ministre, recommandant au nouvel hôte de l’Elysée d’assurer désormais « la cohésion nationale ».

Quelles hypothèses à l’approche des Législatives ?

S’agissant des législatives de juin, quelles sont les perspectives ? Selon différents sondages réalisés immédiatement après le scrutin du 7 mai, les candidats d’En marche ! recueilleraient 24 à 26 % des suffrages. Une belle performance pour un mouvement créé il y a à peine un an, mais insuffisant pour dégager une majorité pérenne à l’Assemblée. Emmanuel Macron devra trouver des alliés auprès des Républicains, qui obtiendraient 22 % des voix, et des socialistes (autour de 9 %). Avec 21 % des intentions de vote, le FN pourrait constituer un groupe d’une trentaine de députés, au mieux, sur un total de cinq cent soixante-dix-sept. C’est davantage que dans la précédente législature – avec deux représentants seulement : Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard – mais c’est beaucoup moins que ce que craignaient les observateurs au début de la campagne présidentielle.

Dans ces conditions, le poids parlementaire de l’extrême droite resterait faible et son pouvoir de nuisance contenu. Même raisonnement concernant les amis de Jean-Luc Mélenchon : ils pourraient séduire 15 % des électeurs, mais le mode de scrutin majoritaire et le manque d’implantation locale de la gauche radicale (sauf en banlieue parisienne ou dans quelques bastions du Nord et du Sud-Ouest) pèseront lourd en sa défaveur.

L’influence relative de la droite et de la gauche modérées sera moindre qu’auparavant au Palais-Bourbon, mais l’une et l’autre conserveront le leadership parlementaire aux côtés des futurs députés centristes d’En marche ! Ceux qui annonçaient une refondation complète du paysage politique et la fin des clivages traditionnels ont sans doute surréagi par anticipation. Des alliances nouvelles apparaîtront mais le rêve fascisant de Marine Le Pen d’effacer l’opposition républicaine droite-gauche pour rassembler autour d’elle un pôle uniformément « national » face à une majorité « mondialiste » semble à ce jour illusoire. C’est tant mieux pour l’avenir de la démocratie française – et de notre communauté.
Axel Gantz

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