1 Tammuz 5777‎ | 25 juin 2017

Les traditions autour de l’Afikoman

A Pessa’h, le Séder ne peut être complet sans avoir mangé la dernière part de matsa : Tsafoun. Autrement dit l’Afikoman. Ce mot est d’origine araméenne : « Afikou man » – « faites sortir la nourriture!»

Suivant les pays, de nombreuses traditions se sont développées autour de ce morceau de matsa. Par exemple, celle de le cacher symboliquement à l’intérieur d’un coussin utilisé pour s’allonger pendant le Séder afin l’accomplir le verset : « Vous garderez les matsot » (Exode 17). Mais la soirée de Pessa’h tourne surtout autour des enfants. Tout est fait pour attirer leur attention, afin qu’ils ne s’endorment pas au cours du récit de la Haggada. Ainsi l’habitude d’emballer le morceau de matsa de l’Afikoman dans une serviette ou un oreiller et de ne pas le manger sert à éveiller la curiosité des petits et à ce qu’ils s’interrogent à ce sujet. Dans le traité Pessa’him (109/a), des instructions pour mener le Séder incluent celle du Tana Rabbi Eliézér : « [Les adultes] se volent[l’un l’autre] des matsot pour que les enfants ne s’endorment pas. » L’image amusante de voir s’arracher du pain azyme pendant la nuit de Pessa’h sert à ce que les enfants restent en alerte pour observer les prochaines « bizarreries » que feraient les adultes. Selon le Mekor Haïm, cette coutume démontre aussi l’amour que l’on porte à la mitsva de l’afikoman. Cependant, les communautés sépharades et ashkénazes ont chacune développé des traditions différentes. En Occident, l’officiant prend l’Afikoman enveloppé dans une serviette, le met sur l’épaule et dit :« Voici comment nos ancêtres sont sortis d’Egypte ! ». Dans de nombreuses familles, un des enfants (ou tous ensemble) « vole » le morceau d’azyme dans l’espoir de recevoir une récompense si le père le retrouve. Cet enseignement pédagogique ludique veut encourager les jeunes curieux à poser spontanément des questions. Le Rabbi de Ungvar, rav Menaché Klein affirme que cet usage reconstitue le récit biblique dans lequel Jacob « vole » la bénédiction destinée à son frère. Un Midrach Pliah raconte qu’Isaac avait dit alors à Esav : « Ton frère est venu avec ruse » (Genèse 27, 35), ajoutant : « Et il a arraché l’Afikoman ». Selon le Midrach, l’événement a eu lieu à Pessa’h. Par conséquent, les enfants volent le bout de matsa pour obtenir une bénédiction de leur père, comme cadeau en échange du « dessert ». Ou alors, les jeunes le cachent afin que le chef de famille le « rachète » en leur promettant souvent de l’argent. Chez de nombreux séfarades, il n’est pas de tradition de « voler » la galette, car cela ne s’avère pas très éducatif de permettre aux petits un tel acte en contradiction avec un commandement de la Torah. Par contre, dans certaines communautés orientales, lorsque le Séder arrive au ya’hats, au lieu de cacher l’afikoman, il est attaché sur l’épaule d’un enfant qui quitte la pièce puis frappe à la porte. L’assemblée lui demande : « Qui es-tu ? » Il répond : « Israël ! » « Qu’est-ce que tu portes ? De la matsa. » L’enfant entre alors dans la pièce, regarde la table de fête et commence à poser les Quatre Questions. L’Afikoman reste sur son épaule jusqu’à ce qu’il soit temps de le manger. Il existe différentes versions de cette tradition ainsi que d’autres usages suivant les contrées. Voici l’occasion de les découvrir.

Erets Israël

Une coutume répandue était de prendre la plus grande partie de la matsa du milieu et de l’envelopper dans un tissu blanc. Celui-ci était placé sur l’épaule droite puis gauche de chacun des convives. Le dernier qui le recevait récitait le verset (Exode 34): « Leurs plateaux de pétrissage étaient attachés dans des tissus sur leurs épaules. » Il faisait alors quatre pas et les convives lui demandaient : « D’où viens-tu ? » À quoi il répondait : « d’Egypte. » « Et où vas-tu ? A Jérusalem. » Puis tous se levaient et déclaraient ensemble : « L’année prochaine à Jérusalem ! »

Kurdistan
L’officiant du Séder donne à garder l’afikoman à la personnalité la plus importante assise autour de la table. Certains l’entourent d’une serviette ou d’un mouchoir et se l’attachent dans le dos pour que personne ne le leur dérobe. Mais le jeu des enfants consiste bien sûr à tenter de le subtiliser.

Irak

La tradition consiste à conserver la matsa dans une belle serviette attachée dans le dos du plus jeune des enfants jusqu’à la fin du repas. Le benjamin doit bien prendre garde à ce qu’on ne le lui « vole » pas. Si jamais cela arrive, l’enfant doit donner une somme d’argent au chef de famille. Aussi gardait-il très précieusement l’Afikoman. Si le chef de famille n’a pas d’enfant, il s’accroche le morceau sur son propre dos ou sur celui de sa femme.

Syrie

Avant de réciter le Ha La’hma Anya (« voici le pain de misère »), les fidèles enroulent l’afikoman dans la serviette à matsa et forment une sorte de baluchon placé sur l’épaule d’un des garçons. L’assemblée lui demande alors « d’où viens-tu ? » L’enfant répond : « d’Egypte », et ainsi de suite.

Yémen

Dans cette communauté, l’officiant du Séder se lève, jette l’enveloppe contenant le « dessert » sur son épaule et tourne autour de la table en s’appuyant sur une canne. En parcourant la pièce, il raconte aux autres participants ses « expériences » et les miracles qu’il a vus en Egypte.

Afghanistan, Iran et Boukhara

Les Juifs ont l’habitude de conserver un morceau d’Afikoman comme protection contre le mauvais œil.

Maroc

La tradition est de garder le bout d’Afikoman contre le mauvais œil ou pour attirer son gagne-pain. Ceux qui partent en voyage à l’étranger ont aussi l’habitude d’emporter avec eux l’Afikoman, considéré comme une protection contre les orages et les naufrages.

Libye

De même, les Juifs originaires de ce pays conservent le bout de « dessert » pour les protéger des tempêtes en mer. Si lors d’une traversée il y en a une, le voyageur jette le morceau de matsa dans les eaux pour les calmer.

Tunisie

Les Juifs de Tunisie conservent l’Afikoman comme Ségoula (protection) pour le reste de l’année. Certains pensent qu’il est particulièrement efficace pour calmer une tempête en mer. D’autres le mettent en poche pour prévenir des dangers lors de voyages.

Géorgie

Le chef de famille met le morceau de galette dans un mouchoir qu’il accroche à l’épaule d’un enfant qui le porte ainsi tout au long de la soirée.

Pologne

Au 17esiècle, les Juifs brisaient un morceau de l’Afikoman et l’accrochaient au mur. Quelle que soit la tradition, l’Afikomane qui représente un substitut du sacrifice de Pessa’h, est la dernière chose à manger lors du Séder, afin de conserver le goût du pain azyme dans nos bouches (Pessa’him 119/a).

Noémie Grynberg

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