20 Tammuz 5779‎ | 23 juillet 2019

Les sacrifices

Avec le livre de Vayikra, nous entamons une longue série de parachyot traitant du thème des sacrifices. Une occasion de survoler quelques explications données à leur sujet…

 
Maïmonide, dans le Guide des Egarés (part. III chap. 32), écrit que le but des sacrifices est d’éloigner le peuple juif de l’idolâtrie. D’après lui, dans les pays où vécurent les Hébreux ainsi que dans les contrées environnantes, on vouait un culte idolâtre aux animaux (en Egypte, on se prosternait à l’agneau, en Chaldée, les boucs étaient vénérés pour leur ressemblance aux démons et jusqu’à ce jour, en Inde, on voue une adoration aux vaches sacrées). C’est la raison pour laquelle D.ieu nous imposa de Lui sacrifier ces différentes espèces animales, pour montrer que les dieux des nations ne sont que vanité face au Créateur. C’est en cela que les sacrifices expient les fautes relatives à l’idolâtrie, attendu que « les mauvaises attitudes ne peuvent être corrigées qu’en optant pour la voie opposée ».
Mais le Ramban s’oppose énergiquement à ce point de vue. Pour lui, il est inconcevable que les sacrifices n’aient, pour seul objectif, que de nous éloigner des croyances futiles. D’ailleurs, la Torah elle-même précise à de très nombreuses reprises que les sacrifices sont un « Réah’Ni’hoa’h » – un « parfum agréable » pour l’Eternel, indiquant que leur effet est positivement favorable. De plus, remarque-t-il, bien avant que l’idolâtrie ne se déclare sur terre, les hommes offraient déjà des sacrifices à D.ieu, comme ce fut le cas de Abel ou de Noa’h.
En raison de ces différentes questions, le Ramban estime que les sacrifices expient les fautes de manière positive, car ils incitent l’homme à prendre conscience qu’il aurait mérité de subir le même sort que la bête approchée. Lorsqu’il comprend que D.ieu accepte, par pure générosité, qu’un animal prenne sa place sur l’autel, le fauteur se repend profondément et se rapproche de son Créateur. C’est en cela que le sacrifice contribue à l’expiation des fautes commises.
L’Abarbanel, pour sa part, prend position en faveur de Maïmonide, en citant de nombreuses sources bibliques et talmudiques confirmant son opinion. A ce titre, il rapporte notamment le verset annonçant : « Ils n’offriront plus leurs sacrifices aux démons, au culte desquels ils s’avilissent » (Vayikra 17, 7). Quant aux questions du Ramban, l’Abarbanel les résout en soutenant que, même selon Maïmonide, deux raisons distinctes expliquent le sens des sacrifices : 1. L’éloignement des cultes idolâtres. 2. Rapprocher l’homme du Créateur (dans la même optique que le Ramban). Et si Maïmonide ne cite que la première explication, c’est parce que d’après lui, celle-ci constitue la raison essentielle de cette pratique. Toutefois, la seconde raison n’en demeure pas moins exacte, et c’est pourquoi des hommes comme Abel et Noa’h pratiquèrent également des sacrifices.
Le Méchekh ‘Hokhma, quant à lui, considère que ces deux approches sont exactes, car elles se réfèrent en fait à deux types distincts de sacrifices : ceux que l’on approchait sur des Bamot – des haut-lieux individuels que chacun pouvait réaliser chez soi – et les sacrifices réalisés dans le Temple – à la construction duquel les Bamot devinrent interdites. Pour étayer ce « compromis », cet auteur cite un commentaire du Ralbag(sur Les Rois) dans lequel il apparaît clairement que les sacrifices réalisés à l’époque des Bamot « n’avaient pas de finalités propres » – c’est-à-dire qu’ils ne contribuaient pas activement à rapprocher l’homme de son Créateur. Différents enseignements talmudiques appuient cette approche, notamment celui où l’on apprend que « les sacrifices des Bamot individuelles étaient dépourvus de Réa’h Ni’hoa’h » (Zéva’him 113a). Ou encore, ce passage où Rabbi Nathan enseigne : « Quiconque prononce un vœu est semblable à celui qui construit une Bama » (Nédarim 22a). Car de fait, les vœux sont des initiatives personnelles destinées à nous éloigner de toute forme d’excès. Ils sont donc semblables aux sacrifices de Bamot, en cela que leur bénéfice spirituel est, en quelque sorte, passif : dénués de Réa’h Ni’hoa’h, ces offrandes ne contribuaient qu’à tenir les hommes à l’écart des cultes étrangers.
Yonathan Bendennoune