18 Nisan 5779‎ | 23 avril 2019

« Il faut que les olim puissent obtenir leur passeport israélien dès leur alyah »

Israel Beyteinu parliament member Oded Forer attends a Status of Women and Gender Equality Committee meeting in the Israeli parliament on December 13, 2016. Photo by Yonatan Sindel/Flash90

Oded Forer est l’un des experts israéliens en matière d’alyah et d’intégration. Pendant plusieurs années, il a été le directeur général du ministère israélien qui se charge de ces dossiers importants et a toujours considéré avec beaucoup d’importance et de respect l’alyah des Juifs de France. Entré à la Knesset sous l’étiquette d’Israël Betenou (Liberman), il tente de promouvoir un projet de loi visant à permettre aux olim de toute nationalité d’obtenir leur passeport sans délai. Nous l’avons rencontré.
Haguesher: Oded Forer, pourquoi avez-vous pris une telle initiative?
Oded Forer: J’ai reçu, au cours des dernières années, de nombreuses requêtes de nouveaux immigrants qu’ils soient d’origine française ou issus d’autres pays qui déploraient le fait que durant la première année de leur alyah en Israël, ils ne pouvaient obtenir de passeport israélien et devaient se contenter d’un visa de transport (Teoudat Maavar). Je sais qu’il y a parmi les olim de France, pour lesquels j’ai énormément de respect, de nombreux pères de familles qui, pour des raisons professionnelles, se déplacent très fréquemment en France. Beaucoup d’entre eux m’ont dit avoir le sentiment d’être des citoyens israéliens de seconde zone. C’est pour modifier cette situation et donner à ces olim le sentiment important d’être citoyens à part entière de l’Etat d’Israel que j’ai pris cette initiative.
– C’est en soi tout à fait louable. Mais ne craignez-vous pas que l’obtention rapide d’un passeport israélien ne soit une gageure pour des Juifs qui ont commis dans leur pays d’origine de graves délits et qui viennent trouver refuge dans l’Etat d’Israël?
– Il faut savoir que chaque candidat à la alyah doit fournir aux autorités de l’Etat d’Israël un certificat de droiture et d’intégrité qui prouve par exemple que son casier judiciaire est vierge. Et ce certificat lui permet dès qu’il arrive en Israël de se tourner vers les bureaux du ministère de l’Intégration et donc de devenir israélien. S’il possède donc une carte d’identité israélienne, pourquoi ne pourrait-il pas disposer aussi vite d’un passeport ? Qui plus est, je connais le problème des délinquants qui trouvent refuge en Israël. Il faut le déplorer mais est-ce une raison pour que des milliers d’olim honnêtes et droits en payent le prix ?
– Selon votre projet de loi, y aura-t-il des cas où les autorités israéliennes pourront refuser d’attribuer un passeport à un nouvel immigrant ?
-Selon la loi, le ministre de l’Intérieur peut refuser d’accorder un passeport israélien pour des raisons de sécurité, mais pas parce que vous êtes nouvel immigrant. D’ailleurs, je dois souligner que l’actuel ministre de l’Intérieur Arié Derhy est opposé à mon projet de loi, justement parce qu’il estime qu’il facilitera la vie de grands délinquants qui feront leur alyah pour échapper à la justice de leur pays d’origine. Mais je vous ai expliqué pourquoi je considère que cet argument ne tient pas.
– Quels sont les chances de votre projet de loi d’être validé par la Knesset ?
– Il a de bonnes chances d’être validé. Pour l’instant, nous l’avons déposé devant la Commission interministérielle des Lois et nous savons que tous les ministres membres de cette commission, sauf Arié Derhy, y sont favorables. Le débat sur ma loi devrait intervenir dans les prochains jours et j’espère qu’ensuite, la Knesset le validera. Je crois qu’il est grand temps que l’époque où les olim étaient perçus comme des citoyens de seconde zone devienne révolue.
Propos recueillis par Daniel Haïk