23 Sivan 5779‎ | 26 juin 2019

Polémiques autour de l’attentat à la voiture-bélier dans le village bédouin de Umm al-Hiram

Arab Israeli lawyers attend a protest near the Supreme Court in Jerusalem on January 23, 2017, following recent housing demolitions in the Arab sector and the death of accused terrorist Yacoub Abu al-Kiyan last week. Photo by Yonatan Sindel/Flash90

Les  accusations  fusaient  toujours  en  ce  début  de  semaine entre  les  pouvoirs  publics  israéliens  et  les  députés  arabes  de la Knesset sur les causes précises de la mort d’Abu al-Kaenan, cet  enseignant  bédouin  dont  la  voiture  a  tué  le  18  janvier  l’officier de police Erez Levi lors d’une opération de démolition de maisons illégales menée par les forces de l’ordre à Umm al-Hiram dans le sud du Néguev. Après que la Cour suprême d’Israël ait statué dans un arrêt pris en 2015 que  les  terrains  sur  lesquels  la  plupart  des  maisons  de  Umm  al-Hiram avaient  été  construites  de  manière  illégale  sur  des  portions  de  terre domaniales  (appartenant  donc  à  l’Etat),  le  ministère  de  la  Sécurité  intérieure   avait   donné   ordre   à   la   police   du   Néguev   d’appliquer   les conclusions de  cet arrêt et donc de  mener une  opération de  démolition de  ces logements – ce  qu’elle  fit le  18 janvier dernier, après avoir mené durant  des  semaines  entières  de  longues  et  laborieuses  négociations avec   les   familles   bédouines   concernées.   Des   accords   devaient   être justement conclus et signés le 17 janvier, veille de cette opération, avec les représentants du village qui acceptèrent de relocaliser les lots de ces dix  maisons  dans  la  ville  bédouine  d’Hura  où  ils  pourraient  disposer  de nouvelles habitations entièrement neuves et déjà construites.. Allant  à  l’encontre  de  cette  dynamique  de  conciliation,  une  importantefoule s’était regroupée dès l’aube du 18 janvier au sein du village, menée par un groupe de députés Arabes israéliens, avec à leur tête le N° 1 de la Liste  arabe  unifié, Ayman Oudeh, pour inciter les habitants  à rejeter cet accord. Dès l’arrivée des policiers, ce rassemblement s’est transformé en véritable émeute avec d’abondants jets de pierre et de puissants pétards en direction des policiers. C’est au cours de  cette  opération que  Yacoub Abu al-Kaenan, âgé de  47 ans, a foncé avec sa voiture sur des policiers en faction qui sécurisaient l’entrée  du  village,  tuant  sur  le  coup  l’un  d’eux,  le  sergent  Erez  Levin,  34 ans, marié et père de deux enfants.

Le  Shin-Bet  va  enquêter  sur  les  liens  supposés  d’al-Kaenan avec l’Etat islamiqueD’après la police, les forces de  sécurité auraient tiré en l’air au moment où  la  voiture  d’al-Kaenan  accélérait –  ce  que  ne  semble  pas  clairement confirmer des images de la scène tournée dans le ciel par un hélicoptère de  la  police.  Un  clip  qui  semble   donc  plutôt  avaliser  la thèse  des manifestants   selon   laquelle   la   police   aurait   tiré   en   direction   du conducteur « en train de perdre le contrôle de son véhicule parce que la police avait tiré sur lui avant »…Pour   le   ministre    de   la   Sécurité   intérieure,   Gilad   Erdan, et   les responsables  de  la  police,  cet  incident  est  bel  et  bien  un  attentat terroriste. Erdan devait ainsi écrire au contrôleur général de l’Etat : « Cet incident ne s’est pas produit dans le vide et n’est pas indépendant des  événements  qui  l’ont  précédé.  Car  avant  cette  attaque,  une  incitation malicieuse et persistante a fait son chemin, initiée par des membres de la Knesset. Ils n’ont manqué aucune occasion d’enflammer et de radicaliser les  résidents  de  la  communauté  avant  l’évacuation  en  ne  s’empêchant pas  d’appeler  à  la  violence  contre  les  forces  de  l’ordre  la  mettant  en œuvre.  (…)  Les  déclarations  de  ces  députés,  avant  et  après  l’événement, attestent  bien  de  leur  intention  d’inciter  les  résidents  à  la  violence ».Après  avoir  chargé  le  Shin-Betd’enquêter  sur  les  liens  supposés  d’al-Kaenan  avec  l’Etat  islamique,  Erdan  a  donc  demandé  le  20  janvier  au procureur général d’ouvrir une enquête sur trois députés arabes (Ayman Odeh,  Jamal  Zahalka  et  Hanin  Zoabi)  qui  ont,  selon  lui,  poussé  aux violences ayant causé la mort du policier Levy. Réagissant à ces accusations, Odeh, qui se trouvait lui-même à Umm al-Hiran  où  il  a  été  légèrement  blessé  à  la  tête  lors  des  affrontements,  a accusé  Erdan  d’être  lui-même  « coupable  d’incitation » : « Ce  ministre est  un  incitateur  et  un  menteur  pathologique !  (…)  Nous  exigeons  une enquête  exhaustive  sur  le  déroulement  des  événements,  et  particulièrement sur la conduite de la police dans la cruelle et violente  évacuation d’Umm al-Hiran. » En attendant, cet  incident a recommencé à enflammer le secteur arabe israélien dont quelque 10 000 membres ont manifesté le 21 janvier dans la  ville  d’Arara  située  dans  la  région  du  Triangle,  près  de  Kfar-Saba.  Quant  à  la  famille  d’Al-Kaenan,  elle  a  exigé  que  le  Département  des Affaires  internes  du  ministre  de  la  Justice  ouvre  une  enquête  sur  les circonstances de sa mort.

Mais quelles que  soient  les conclusions de la commission d’enquête  sur cet  incident,  il  est  clair  en  tous  cas  que  les  policiers  ont  hésité  à  tirer  à temps  contre  cette  voiture  qui  fonçait  sur  eux :  nouveau  symptôme  de certaines retombées douteuses  de  l’affaire  du soldat Azaria ?  Richard Darmon