21 Nisan 5779‎ | 26 avril 2019

« Les Bédouins du Néguev vivent en marge du pays »

Auteur de plusieurs ouvrages sur les réalités socio-économiques d’Israël et éditorialiste au site IsraelValley, Jacques Bendelac a répondu à nos questions sur la crise qui secoue le secteur bédouin.
– Haguesher :Quelle est la nature du conflit actuel ?
– Jacques Bendelac : Ce conflit est d’origine foncière. Pour l’Etat d’Israël, les Bédouins n’ont aucun droit de propriété sur les terres du Néguev où ils sont pourtant installés depuis des décennies. De nombreuses procédures juridiques ont tenté de résoudre cette crise latente, mais le problème reste entier. C’est donc la politique publique de confiscation des terres qui a façonné leur place dans la société.
Depuis la fin des années 1960, l’Etat a tenté de les sédentariser en créant pour eux des localités urbaines. Aujourd’hui, plus de la moitié de cette population vit dans l’une des 7 localités du Néguev construites entre 1968 et 1996, où elle dispose des infrastructures minimales : Tel-Sheva, Rahat, Seguev-Shalom, Keseife, Houra, Laquya et Arara.
Mais le nœud du conflit tient au fait que les autres Bédouins – presque 50 % –continuent de vivre dans une quarantaine de villages non reconnus par l’Etat, ce qui limite leur capacité d’intégration sociale, car ils ne bénéficient d’aucun service public. N’ayant pas d’adresse officielle (on les identifie par le nom de leur tribu), ils sont ignorés des institutions et sont donc devenus des « citoyens transparents » sans accès aux infrastructures nationales ni aux services publics. Pour les contraindre à abandonner leur mode de vie nomade, les autorités les ont peu à peu regroupés sur des territoires exigus, d’où leur difficulté à se considérer comme de véritables citoyens israéliens.
– Quelles sont leurs principales activités économiques ?
– Il est difficile de considérer la communauté bédouine comme une partie intégrante de l’économie israélienne, car ils vivent encore en marge de la société, de son économie et de ses institutions. Une partie d’entre eux vivote d’une petite agriculture primitive et d’élevage, alors que d’autres remplissent des emplois occasionnels dans les industries et services du Néguev. Principale activité pour eux, l’agriculture doit faire face à de nombreuses contraintes : ainsi, contrairement aux coopératives agricoles juives, l’agriculture bédouine ne bénéficie d’aucune subvention de la part des autorités israéliennes : les quotas d’eau sont très limités et il n’existe pas d’aide publique pour les années de sécheresse. Quant aux cultures réalisées sur des terres domaniales, elles sont souvent l’objet de destructions.
Conséquence : le retard socio-économique des Bédouins est très marqué, même par rapport à la population non juive du pays. Ainsi, 30 % d’entre eux obtiennent leur bac contre 48 % de la population non juive, et seulement 4,9 % des jeunes entre 20 et 29 ans font des études supérieures contre 8,4 % dans la population. Par ailleurs, 24 % des Bédouines et 56 % des hommes ont un emploi contre 32 % et 72 % des non-juifs. Enfin, le salaire moyen d’un Bédouin est de 5200 shekels par mois, soit 2400 shekels de moins que le salaire moyen de la population du sud du pays. Propos recueillis par Richard Darmon