20 Iyyar 5779‎ | 25 mai 2019

Quelques réflexions sur l’attentat d’Armon Hanatsiv

L’attentat de dimanche sur la promenade Haas à Jérusalem et qui a coûté la vie à 4 soldats a rappelé à ceux qui l’avaient oublié que cette « intifada des couteaux » n’était pas jugulée et qu’elle pouvait ressurgir, même après plusieurs semaines de calme relatif, sous une forme plus cruelle et meurtrière encore. Cet attentat au camion bélier nous confirme également qu’un seul et même axe de haine va de Nice à Jérusalem en passant par Berlin. Quant au débat israélo-israélien sur l’efficacité des soldats, il semble plus déplacé que jamais. Analyse.  La promenade Haas est l’un des sites les plus visités de Jérusalem. Elle offre un impressionnant panorama sur la vieille ville de Jérusalem et elle domine, aussi, la forêt de la Paix.  Une paix qui, ce dimanche 8 janvier, a volé en éclats transformant en quelques secondes ce site touristique prisé, en une scène d’horreur et de désespoir. Un terroriste palestinien de 28 ans, du village arabe voisin de Djebel Moukaber a projeté, avec une rage inouïe, son camion-grue sur un groupe de soldats, élèves du cours des officiers de Tsahal, venus en excursion à Jérusalem. Après plusieurs semaines de répit, le sang a donc coulé à nouveau, dans les rues de la capitale. Cet attentat, qui a coûté la vie à 4 soldats (voir encadré) et blessé plus d’une quinzaine d’autres a profondément choqué la société israélien par sa violence. La présence sur le terrain, deux heures après l’attaque, du Premier ministre et du ministre de la Défense a confirmé son caractère inhabituel . Cependant, avec un léger recul du temps, on peut déjà tenter de tirer quelques conclusions après ce drame :

Un geste réellement imprévisible ? Alors que le commandant en chef de la police Rony Alcheih a affirmé, sur le lieu de l’attentat  que les services de Renseignements  n’avaient eu aucune information sur l’imminence d’un tel acte, on peut avancer une  hypothèse plausible : durant le week-end précédant l’attentat, l’Autorité palestinienne a lancé une véritable offensive médiatico-religieuse contre l’intention du nouveau président américain Donald Trump de transférer l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem. Vendredi dernier, les imams des mosquées palestiniennes ont reçu pour ordre d’évoquer dans leur sermon la « centralité de Jérusalem dans l’Islam » et l’opposition catégorique de tout Palestinien à la décision du nouveau président américain. La télévision palestinienne s’est largement faite l’écho de ses sermons et l’un des proches conseillers d’Abou Mazen, Mahmoud El Abaach a qualifié cette décision de « déclaration de guerre ». Enfin, au lendemain de l’attentat, Abbas a envoyé une lettre à Donald Trump le sommant de ne pas concrétiser cette promesse. Or, il s’avère que le lieu pressenti dans le passé pour installer l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, « l’espace Allenby » est situé à quelques centaines de mètres à peine de la promenade choisie par le terroriste pour commettre son méfait. Il n’est donc pas impossible que l’incitation palestinienne contre tout transfert de l’ambassade américaine ait conditionné le terroriste et l’ait conduit à commettre son geste meurtrier… Au passage, il convient de préciser que ce même vendredi dernier, John Kerry – encore lui – avait affirmé lors d’un entretien sur la chaîneCBS que le transfert de l’ambassade allait provoquer « une explosion ». Est-ce à ce type d’explosion que le secrétaire d’État sortant faisait allusion ?

Daech fait des émules dans la population palestinienne S’exprimant, lui aussi, sur les lieux de l’attentat, dimanche après-midi, Binyamin Nétanyaou a affirmé que celui-ci s’inscrivait dans l’optique des attentats au camion bélier commis à Nice, le 14 juillet dernier, et à Berlin, vers la fin de l’année civile. Il ne fait aucun doute que, même si les attaques aux véhicules-bélier ont d’abord frappé Israël, avant de semer la mort en Europe, le terroriste s’est inspiré de ces attentats médiatisés, à l’échelle mondiale, afin de laisser de lui cette sanglante empreinte. Mais le Premier ministre israélien a également souligné que selon toute vraisemblance, le terroriste était affilié à Daech. Jusqu’à présent, l’Etat islamique n’a pas réussi à s’imposer dans les Territoires palestiniens et il y est demeuré très marginal tandis qu’à Gaza, il est farouchement combattu par le Hamas. Mais il est possible que cette tendance soit en train de changer et que le Premier ministre ait voulu, par ses propos, signifier que Daech tente de s’implanter plus solidement dans la rue palestinienne, ce qui aurait de bonnes raisons d’inquiéter le régime « laïc » de Mahmoud Abbas. D’ailleurs, quelques heures à peine après l’attentat d’Armon Hanatsiv, les forces de sécurité palestiniennes ont effectué un impressionnant coup de filet arrêtant une vingtaine de militants ou sympathisants de Daech et des salafistes dans les Territoires, ce qui est sans précédent. Selon des sources palestiniennes, l’A.P a également arrêté, il y a deux semaines, à Hévron, un terroriste en contact avec Daech, via internet, et qui aurait projeté un attentat d’envergure anti-israélien à l’aide d’un véhicule piégé. Lorsque ce terroriste a été interpellé, il était déjà en possession d’explosifs et préparait le véhicule.    Pour l’instant, on ne sait pas si le terroriste d’Armon Hanatsiv faisait partie de ces activistes. Mais le simple fait que Binyamin Nétanyaou ait mentionné ce lien, laisse penser qu’il a pu préméditer son geste dans la cruelle tradition de Daaech.

Le débat déplacé autour de la réaction des soldats La terrible vidéo montrant l’instant où le camion percute le groupe de soldats a fait le tour du pays. Cette vidéo donne l’impression que les soldats s’enfuient au lieu de chercher à neutraliser le terroriste. À cela se rajoute le témoignage d’un de leurs guides, Eytan Rond qui le premier a tiré en direction du terroriste. Rond a affirmé, peu après l’attentat, qu’il avait été surpris qu’aucun des nombreux soldats présents n’ait ouvert le feu avant lui et il a mis cette « passivité » sur le compte de l’affaire Élor Azaria qui selon lui, pousse les soldats à plus de prudence et moins d’audace face aux terroristes palestiniens. Cette vidéo et ce témoignage ont suffi pour provoquer une véritable polémique sur le comportement des soldats.  Une polémique, disons-le tout de suite, déplacée et même indécente, parce qu’elle est intervenue quelques minutes à peine après l’attentat alors que les corps des soldats tués n’avaient pas encore été identifiés et que les blessés luttaient contre la mort dans les hôpitaux. Une polémique déplacée, également, parce qu’au lieu de se pencher sur les incitations qui ont conduit ce terroriste à agir, les médias se sont focalisés, une fois de plus, sur ce qui semble les passionner : l’auto-flagellation. Comme si, pour eux, l’apparente passivité des soldats, qui, au passage, n’étaient pas des combattants formés à réagir instinctivement à toute menace, était complice de l’acte abject du terroriste ! Une polémique, enfin déplacée parce que, finalement, l’une des officiers a précisé au lendemain de l’attentat, qu’une fois le premier choc passé, plusieurs soldats ont chargé leur fusil et tiré en direction du terroriste contribuant ainsi à mettre fin au massacre. Elle a souligné que si les dizaines de soldats présents sur la scène de l’attentat avaient tiré, ils auraient certainement blessé voire pire, leurs propres camarades. Quant à Eytan Rond, il a tenu par la suite à nuancer  ses premières déclarations confirmant que plusieurs soldats avaient riposté. Voilà pourquoi faire le procès de ces soldats et lier leur comportement à l’affaire Azaria c’est oublier ceux qui depuis plusieurs années, se sont dressés face aux terroristes palestiniens et avec bravoure, les ont neutralisés. Et c’est une fois de plus se permettre de critiquer sans vraiment prendre la dimension d’une situation souvent complexe. C’est faire fi de ce célèbre principe énoncé par  nos sages : « Ne juge pas ton prochain avant d’avoir été à sa place ».  Daniel Haïk