19 Av 5779‎ | 20 août 2019

Un espace communautaire flambant neuf à Fontenay-sous-Bois

Le 15 janvier seront inaugurés le nouveau bâtiment du Centre Hillel et au même endroit le parvis François-Michel Saada zal du nom de ce Fontenaisien assassiné le 9 janvier dans l’Hypercasher. Gros plan sur les quatre mille Juifs de la ville qui bénéficient de trois synagogues.
Serge Belaïche est le vice-président et fondateur du Centre Hillel de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), créé en 1993 au 10 de la rue Roublot, dans le quartier duvillage, autrement dit dans le vieux Fontenay. Il comprend une synagogue et un espace communautaire. Il s’est agrandi et a déménagé à Chavouot dernier quelques mètres plus loin, à la hauteur du 17 de la même artère. Il est passé de deux cents à cinq cents mètres carrés et le bâtiment est flambant neuf. Il a coûté la coquette somme de deux millions d’euros et sera inauguré officiellement le dimanche 15 janvier à onze heures. Les représentants de la mairie et du judaïsme français inaugureront du même mouvement le parvis se trouvant entre le Centre et la rue, qui portera le nom de François-Michel Saada zal, un Fontenaisien tombé le 9 janvier 2015 dans l’Hypercasher. Victime de Coulibaly, ce directeur de sociétés assassiné à l’âge de soixante-quatre ans fréquentait la synagogue du Centre Hillel et lui avait même offert son premier Séfer Torah, en 1994.
La synagogue, non consistoriale comme les deux autres situées dans cette grande ville de l’Est parisien qui compte quatre mille Juifs pour cinquante-deux millehabitants, est qualifiée de « très religieuse » ou orthodoxe par les fidèles : « Les jours de fête, ajoute-t-il, nous accueillons autant de monde le premier Yom Tov que le second. Quant à la séouda chlichit collective du samedi après-midi, elle attire plus de quatre-vingts personnes ». Enfin, si l’officiant n’a pas le titre de rabbin – c’est un talmid ‘ha’ham exerçant la profession de dentiste, le docteur Marc Danan -, les chiourim qui se multiplient depuis le déménagement du printemps 2016 sont assurés par des rabbanim de haute qualité : Emmanuel Bouskila, Mendy Danan (neveu du dentiste) et Élie Ebidia. De nouvelles activités ont émergé avec l’agrandissement des locaux : fondation d’un beth hamidrach, espace de loisirs casher pour les jeunes fonctionnant pendant les congés, etc. On peut désormais louer la salle de réception pour y organiser une Bar Mitsva ou un mariage. Globalement, le Centre Hillel attire un public croissant, venu – entre autres – du quartier tout neuf situé à la jonction de Fontenay et Vincennes. Quant au secteur de la rue Roublot, qui s’embourgeoise, il voit sa population juive augmenter à mesure que les prix des logements grimpent à Saint-Mandé, Vincennes et autour du bois en général.
En revanche, le kahal de la choule du boulevard de Verdun (« Beth Chalom ») stagne – cent cinquante personnes, tout de même, le Chabbat. Celui de l’ACIF (Association cultuelle israélite de Fontenay), qui prie à « Éliyahou Hanavi », est en chute, avec un tiers de fidèles perdu depuis cinq ans. En effet, la synagogue créée dans les années 60 au milieu des tours en construction du Val de Fontenay n’attire plus. Les Juifs quittent cette zone populaire où les Musulmans sont nombreux. On déplore peu d’incidents sérieux, mais il est plus facile de se promener à kippa dans le village. Cela dit, Serge Belaïche se félicite du soutien de la mairie pourtant communiste : elle veille à la tranquillité de la communauté et a clairement affirmé qu’il n’était pas question pour elle de militer en faveur de tel ou tel chef terroriste palestinien ou pour le boycott de produits israéliens.
L’avenir du judaïsme est-il donc assuré au moins dans la partie sud de la ville, proche du bois et bien sécurisée ? Serge Belaïche indique que Fontenay abrite un gan (à « Beth Chalom »), une école primaire Habad de cent cinquante élèves, dont les locaux sont en pleine rénovation, et un supermarché casher très fréquenté. Mais il constate que l’alya est forte (ici, quinze à vingt familles sautent le pas chaque année) et admet qu’il a hésité avant d’approuver la construction du nouveau Centre Hillel. « Le contexte politique et social n’est guère encourageant. N’avons-nous pas déjà mangé notre pain blanc dans ce pays ? », s’inquiète-t-il.
Axel Gantz