17 Tishri 5780‎ | 16 octobre 2019

Que faire pour que la pauvreté ne s’installe pas durablement en Israël?

Israeli police at the scene near a synagogue in the southern Israeli town of Kiryat Malachi, where a 28-year-old man was stabbed to death earlier this morning in what police believe was an argument between two homeless men. June 23, 2016. Photo by FLASH90

Comme si la situation n’était pas déjà préoccupante, tout commence par une querelle de chiffres. Le 12 décembre, l’ONG Latet qui vient de publier son « Rapport alternatif 2016 sur la Pauvreté », Israël compterait 2 436 000 pauvres, se répartissant comme suit : 1 412000 adultes et 1 024 000 enfants. De leur côté, les chiffres du Bitoua’h Léoumi sont beaucoup moins alarmants : c’est 1 712 900 personnes (soit 460 800 familles, dont 764 200 enfants) qui vivraient sous le seuil de pauvreté. La différence entre ces chiffres pourrait s’expliquer par le mode de calcul. A la différence du Bitoua’h Léoumi qui considère seulement le revenu disponible, l’ONG Latet se fonde sur 5 variables : le logement, l’éducation, la santé, la sécurité alimentaire et l’aptitude à faire face au coût de la vie. Il y a toutefois un point surlequel les deux estimations s’accordent : pour les familles nombreuses – et seulement pour elles – on assiste à un très léger repli de la pauvreté. Il serait dû à la mise en place de certaines recommandations du Comité créé par le député Élie Alalouf en 2014. Il serait particulièrement sensible dans les familles orthodoxes, où le taux de pauvreté serait passé de 54,3 % en 2014 à 48,7 % en 2015. Officiellement, une personne seule est considérée comme vivant sous le seuil de pauvreté si ses revenus sont inférieurs à 3 158 shekels par mois. Pour un couple, le niveau se situe à 5 053 shekels et pour une famille de 5 enfants, la barre est à 9 475 shekels.
Selon Latet, ce sont les enfants qui souffrent le plus de la précarité : ainsi en 2016, 34 % des jeunes vivant sous le seuil de pauvreté ont dû sauter un repas par jour et 20 % d’entre eux vont à l’école le ventre vide et sans sandwich. Dans la population la plus âgée, 49 % connaissent les mêmes difficultés alimentaires. Dans 72 % des cas, ils ont dû renoncer à des soins médicaux jugés trop coûteux. Plus préoccupant est le fait que 50,6 % des pauvres ont déclaré provenir de « la classe moyenne ». Dans l’opinion, 75 % des Israéliens pensent que mettre fin à la pauvreté devrait être une priorité nationale, plus importante que les problèmes sécuritaires (51 %) ou le conflit avec les Palestiniens (24 %). Président et fondateur de Latet, Gilles Darmon regrette que le ministre du Travail et des Affaires sociales n’ait pas, comme il l’avait promis, affecté 100 millions de shekels dans le budget 2017-2018 au titre de la sécurité alimentaire. En attendant, sur cette question, Israël affiche les plus mauvais chiffres de tous les pays de l’OCDE. DAVID JORTNER