21 Tammuz 5779‎ | 24 juillet 2019

Pourquoi Nétanyaou a-t-il réagi avec tant de virulence diplomatique au vote du Conseil de Sécurité ?

Depuis le vote, vendredi soir, de la résolution 2334 contre les implantations juives en Judée et Samarie, le Premier ministre israélien s’est lancé dans une contre-offensive diplomatique tous azimuts contre les pays qui ont soutenu ce texte. Il semble toutefois que ce positionnement apparemment très « émotionnel » soit mû, en fait, par de très sérieuses considérations. Analyse de Daniel Haïk  Depuis le vote du Conseil de Sécurité contre Israël et contre sa politique d’implantation en Judée et Samarie, Binyamin Nétanyaou multiplie les ripostes diplomatiques les plus fermes : dans un premier temps, il a sanctionné les pays qui entretiennent des relations diplomatiques avec Israël et qui étaient à l’initiative de la Résolution 2334, tels que la Nouvelle-Zélande et le Sénégal. Il a ordonné le rappel des ambassadeurs d’Israël dans ces deux pays. Il a également, en sa qualité de chef de la diplomatie israélienne décidé de geler le programme d’aide fourni par Israël au Sénégal. Il a également annoncé l’annulation de la visite officielle que devait effectuer en Israël ce mercredi le Premier ministre ukrainien Victor Groysman qui est juif et très pro-israélien, parce que l’Ukraine a voté pour la résolution ! Dans un second temps, Mr Nétanyaou a donné l’ordre au directeur général du ministère des Affaires étrangères de convoquer à Jérusalem, les ambassadeurs des 14 pays qui ont voté en faveur de la résolution. Mais le Premier ministre ne s’est pas contenté de ces gestes déjà forts. Il est allé un pas plus loin en annonçant qu’il ne rencontrera pas son homologue britannique, lors du prochain sommet économique de Davos alors que cette rencontre avait déjà été fixée. Parallèlement, Mr Nétanyaou a entamé des démarches visant à redéfinir le lien existant entre l’ONU et l’État d’Israël. Toutefois, un sentiment discriminatoire se dégage après cette contre-offensive diplomatique : en effet, il semble que parmi les 15 membres du Conseil de Sécurité, il y ait deux catégories de pays : ceux dont Israël n’attendait rien, à savoir la Chine, la Russie et bien entendu la France et ceux qui ont donné à Israël le sentiment de l’avoir trahi ou abandonné, comme la Grande-Bretagne ou l’Ukraine, avec une mention particulière pour les États-Unis. Alors que Jérusalem a toléré le vote des premiers, elle s’est déclarée profondément affectée par celui des seconds.  La presse israélienne anti-Nétanyaou s’est empressée de déplorer ces gestes diplomatiques et a donné la parole en priorité à ceux des personnalités israéliennes qui estimaient que le Premier ministre jouait avec le feu en réagissant ainsi à brûle-pourpoint : « Cela va accentuer notre isolement international » ont clamé des responsables de la gauche israélienne, « Il faut calmer les esprits au lieu d’attiser la tension et de faire montre d’hystérie » ont renchéri d’autres.   Alors, il y a deux explications complémentaires à cette contre-attaque diplomatique :

  1. Israël sans complexe : face à ces critiques, Binyamin Nétanyaou semble vouloir faire passer un message clair : pour lui, finie l’époque où Israël s’excusait d’exister. Le Premier ministre israélien est intimement persuadé que le monde souhaite la proximité d’Israël parce qu’il comprend que l’État hébreu est une puissance en matière de lutte anti-terroriste et une « high-tech nation ». Pour Mr Nétanyaou, si l’ONU n’était pas là pour fustiger Israël à l’aide de sa majorité automatique de petits pays du tiers et du quart monde, le dossier des implantations aurait été oublié depuis longtemps et la communauté internationale aurait mis l’accent sur les véritables causes du chaos proche-oriental actuel que sont la guerre en Syrie et l’amplification du terrorisme le plus cruel et radical porté par Daech, Al-Qaïda et leurs ramifications. Voilà pourquoi au travers de sa réaction ferme, Mr Nétanyaou veut habituer la communauté internationale à développer une autre relation envers Israël, au lieu de systématiquement cautionner les Palestiniens et les conforter dans leur politique de refus de tout règlement. 2. L’arrivée prochaine de Donald Trump : l’implication directe de Donald Trump pour tenter d’empêcher le vote de la résolution, lorsque celle-ci a été déposée par l’Égypte, puis les réactions sans ambages du président américain élu (« Après le 20 janvier tout va changer »), et enfin les nominations de David Friedman au poste d’ambassadeur des États-Unis en Israël et de Dov Grinblat à celui d’émissaire du président américain pour le Proche-Orient, laissent clairement entrevoir que la politique de la nouvelle administration américaine tranchera singulièrement avec celle de Barack Obama. D’une certaine manière, en réagissant comme il l’a fait, Mr Nétanyaou s’aligne sur la ligne que trace actuellement le président élu et ce après que Trump lui-même se soit aligné sur les positionnements de Nétanyaou en affirmant que la Paix ne sera acquise que par la négociation et non par des résolutions unilatérales du Conseil de Sécurité de l’ONU. De facto, Binyamin Nétanyaou semble compter sur Trump pour l’aider à redéfinir les paramètres du conflit israélo-palestinien et pour mettre au pas des Palestiniens qui au lieu de s’asseoir à la table des négociations préfèrent aujourd’hui jouer sur la scène internationale. Ainsi côté israélien, on espère que le président élu confirmera dès son entrée à la Maison-Blanche, le 20 janvier, sa décision de transférer l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem. Un tel geste aurait un impact international bien plus fort que la résolution du Conseil de Sécurité qui n’est que déclarative. Elle aurait pour effet de « remettre les pendules à l’heure israélienne ». Ce que souhaite finalement Binyamin Nétanyaou. Daniel Haïk