21 Nisan 5779‎ | 26 avril 2019

Allumages publics et fête des enfants : en France, ‘Hanouka est à la mode !

Après les restrictions sécuritaires de 2015, de nombreuses manifestations sont de nouveau autorisées cette année. Des ‘hanoukiot géantes seront installées partout et les communautés locales mettront les petits plats dans les grands. Tour d’horizon.
‘Hanouka, sur le plan communautaire, a deux visages : c’est la fête des enfants et les synagogues rivalisent d’inventivité pour proposer des après-midi ludiques associant spectacle, distribution de gâteaux, de bonbons et bien sûr de cadeaux… C’est aussi une célébration collective et publique. La visibilité de la ‘hanoukia est inscrite dans la tradition et chacun est invité à procéder aux allumages à sa fenêtre ou sur un balcon. Les Loubavitch ont poussé en quelque sorte le minhag jusqu’au bout et organisent depuis des décennies des soirées dans l’espace commun (généralement, les places principales des villes) destinées aux Juifs, mais également aux non-Juifs, singulièrement aux élus municipaux qui honorent ainsi les fidèles de leur présence. Le rav Benyamin Mergui, du Beth ‘Habad de la place des Fêtes (19e arrondissement), est chargé des autorisations préfectorales au sein du comité qui coordonne les allumages parisiens. Il nous rappelle le message du Rabbi zatsal: « Pirsoumé nissa », disait-il. Ces mots araméens signifient « diffusion du miracle ». C’est la mission que s’est fixé le mouvement ‘hassidique : montrer au monde que la liberté de conscience a triomphé de l’oppression. Une victoire spirituelle qui concerne les Juifs avant tout, mais qui intéresse l’humanité entière. C’est pourquoi la stricte orthodoxie ne saurait s’opposer à l’ouverture des allumages quotidiens à un large public composé comme à Yom Kippour de non-pratiquants, mais également de non-Juifs. Au contraire : le rav Mergui (cousin de Joël Mergui, président du Consistoire) considère que cette ouverture est hautement recommandée.
En décembre 2015, le Beth ‘Habad de la capitale s’était heurté aux conséquences des terribles attentats du mois précédent et à un certain engorgement des services de sécurité. La préfecture de police, débordée, avait prié instamment les Loubavitch d’envisager le moins possible d’allumages extérieurs. Du coup, la moitié ont été annulés et seule une douzaine ont été maintenus. Cette année, les festivités ont été mieux anticipées par les autorités et le rav Mergui se félicite du retour au statu quo ante. « Vingt-quatre places dans les vingt arrondissements, vingt-quatre célébrations», annonce-t-il. Les lieux les plus prestigieux de la capitale (Étoile, Nation, République…) accueilleront, à raison de trois ou quatre manifestations différentes chaque soir à 19 heures 30 ou 20 heures, des ‘hanoukiot de six mètres de haut. Le maire d’arrondissement, le chalia’h local s’exprimeront, la foule aura droit à une animation musicale, une distribution de beignets et de chandeliers pour que chacun puisse réaliser à domicile la mitsva des bougies. La cérémonie la plus courue aura lieu comme de coutume au Champ de Mars, le 25 décembre au soir. Elle sera « intercontinentale » en ce sens que les participants assisteront en direct, à partir de 19 heures 30, au même allumage devant le Kotel et dans le bureau du Rabbi situé à une adresse new-yorkaise célèbre dans le monde juif : 770, Eastern Parkway à Brooklyn. Un concert de musique ‘hassidique est prévu avec le chanteur Yoni Shlomo et l’orchestre de Yossef Brami. Deux à trois mille personnes seront rassemblées pour voir, écouter et réciter les bra’hot. Les grands rabbins Korsia et Gugenheim, le président Mergui, des responsables communautaires prendront la parole, tout comme des élus et personnalités de la société civile. C’est le rav Guédalia Nissenbaum, frère du rav ‘Haïm Nissenbaum, porte-parole du mouvement, qui s’exprimera au nom du Beth ‘Habad parisien.
Le rav Mergui ajoute qu’il a obtenu le feu vert de la préfecture pour organiser le 24 décembre un défilé de voitures (une soixantaine, en principe), après l’allumage qui se déroulera ce soir-là place du Châtelet à 20 heures. Les véhicules arborant des ‘hanoukiot électriques investiront le boulevard de Sébastopol pour se diriger en fanfare vers la porte Maillot en passant par les grands boulevards, les quartiers Malesherbes et Wagram.
En banlieue parisienne et en province, les Loubavitch prévoient des allumages publics un peu partout. Après les restrictions de l’an dernier pour motif sécuritaire, ces manifestations devraient être encore plus nombreuses qu’avant les attentats de 2015.
Par ailleurs, dans chaque communauté locale, on l’a dit, les petits seront particulièrement choyés. À Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, la fête se déroulera le dimanche 25 décembre, à partir de 17 heures, dans la salle Jérusalem qui jouxte la synagogue. Au programme : projection d’un dessin animé, spectacle de prestidigitation, beignets et pâtisseries, distribution de cadeaux « soigneusement sélectionnés et adaptés à chaque tranche d’âge », souligne Pierre Atlan, vice-président de cette communauté qui compte quatre cent cinquante familles. « C’est l’occasion de rencontrer des Juifs que nous ne voyons pas tout au long de l’année, ajoute-t-il. Certains couples ne fréquentant pas la choule tiennent à offrir un vrai souvenir de ‘Hanouka à leurs enfants. Nous en profitons pour parler avec eux et mieux les connaître. Parfois, ils se laissent séduire et finissent par grossir les rangs de ceux qui, de temps à autre ou régulièrement, prient avec nous le Chabbat ». Globalement, six communautés d’Île-de-France seront privilégiées cette année puisque le Consistoire de Paris les épaulera pour des célébrations ambitieuses. La chorale d’enfants israélienne Pirchei Yeroushalaïm sera présente. « Chez moi au Kremlin-Bicêtre, précise le coordinateur de ces événements, Albert Myara, j’organise un duplex avec des soldats francophones isolés réunis à Jérusalem par l’association caritative Guesher shel zahav (« Pont d’or »). Ce sera le 25 décembre à partir de 17 heures ». Les autres synagogues concernées sont celles de Villiers-le-Bel (le 24), de Neuilly-sur-Seine (le 26), de la rue Notre-Dame-de-Nazareth (le 27), de la Roquette (le 28) et du Blanc-Mesnil (le 31). Même horaire pour ces cinq lieux de culte : 19 heures 30. À Paris, le Consistoire procédera pour la première fois à un allumage au rez-de-chaussée du futur Centre européen du judaïsme en construction dans le 17e arrondissement. Albert Myara attend cent cinquante invités, dont plusieurs élus et personnalités parties prenantes de ce grand projet. Les donateurs pourront constater que les délais sont respectés et que la prévision de Joël Mergui n’a pas varié : le bâtiment devrait ouvrir ses portes fin 2017. La capitale disposera alors du plus vaste et du plus moderne centre communautaire du Vieux Continent.
En province, il est difficile de répertorier l’ensemble des manifestations prévues tant elles sont nombreuses. Même les communautés de taille réduite mettront les petits plats dans les grands. Ainsi, à Menton (quatre-vingts familles hors saison estivale), le président Daniel Bensoussan indique à Haguesher qu’après l’allumage dans la synagogue, un second aura lieu devant le musée Cocteau en présence du député-maire, Jean-Claude Guibal, et du chef de l’exécutif départemental, Éric Ciotti. Puis, le public assistera à un concert dans le musée. La formation Casherto Grosso, issue de l’Orchestre philharmonique de Monaco et qui marie musique classique et mélodies juives, se produira comme elle le fait de temps en temps sur la Côte d’Azur. Daniel Bensoussan explique que ‘Hanouka, qui « fait vivre » la communauté, est traditionnellement un « moment unique » de rassemblement et de convivialité pour les Juifs de Menton.
C’est aussi une fête très appréciée à Bordeaux. Un après-midi festif sera organisé le 25 à partir de 15 heures, dans la salle Erets attenant à la choule, avec un spectacle pour les petits et un concours de « la plus belle ‘hanoukia ». Les responsables consistoriaux attendent environ cent cinquante personnes (parents et enfants). La fréquentation a tendance à croître d’année en année. Il faut préciser que beaucoup de familles juives se sont installées dans la région depuis début 2015 : des Parisiens, Marseillais ou Strasbourgeois attirés par la bonne santé économique du Bordelais, mais surtout par la sécurité et la tolérance religieuse qui y règne.
À Toulouse, la directrice générale du Consistoire local, Patricia Atlan Dassa, insiste sur la qualité des six cents jouets qui seront offerts aux petits dans l’après-midi du 25, de 14 heures à 18 heures. « Nous disposons d’un partenariat avec une enseigne de distribution, dit-elle, et ‘Hanouka est pour nous un événement privilégié nécessitant un budget exceptionnel… Mais après tout, c’est l’occasion de délivrer un message positif et joyeux au nom du judaïsme : ce n’est pas négligeable ! » Ici comme ailleurs, des dizaines de familles ne fréquentant pas la communauté seront là et Patricia Atlan Dassa espère les convaincre de participer régulièrement aux activités de la synagogue et de l’Espace du judaïsme où se déroulera la fête du 25. Notons enfin que certaines communautés ont préféré devancer l’appel et ont organisé ‘Hanouka par… anticipation, afin d’éviter la période creuse des vacances scolaires. C’est ainsi qu’à Montpellier, l’affluence était forte pour la fête du 14 décembre dans les locaux de Beth Shalom, l’école juive de la ville. Le rabbin consistorial de l’agglomération, le rav Its’hak Benhamou, précise qu’aucun allumage n’a eu lieu ce jour-là. « Si l’après-midipour les petits a été avancé à titre exceptionnel, précise-t-il, nous avons évidemment prévu un allumage à la synagogue le 26. Et un autre, la veille, dans la commune voisine de Castelnau qui abrite sa propre choule. Le troisième sera pour le 27, dans la maison de retraite Korian ». Le Beth ‘Habad, de son côté, a choisi l’incontournable place de la Comédie pour le traditionnel allumage public, en présence des élus.
Axel Gantz