24 Tevet 5780‎ | 21 janvier 2020

Pourquoi l’aviation russe aurait interrompu un raid israélien sur la Syrie…

Alors que des avions de chasses de Tsahal s’apprêtaient le 6 décembre dernier à bombarder la grande base aérienne iranienne de Tiyas (T-4), des avions de combat russes de type Soukhoï-35 auraient décollé pour éloigner les F-35 israéliens.

Bien que cette interception n’ait pas été officiellement confirmée ni par Tsahal ni par les Russes (en dépit de plusieurs articles évoquant cet incident dans la presse russe et iranienne), il s’agirait d’un précédent qui mérite l’attention… Certes à plusieurs reprises déjà, les Iraniens ont signalé – à tort ou à raison – que la chasse russe aurait fait de semblables sorties d’intimidation en aout et septembre derniers contre ou bien « autour » d’autres raids israéliens (notamment les attaques répétées de Tsahal contre l’immense base iranienne Imam Ali située à l’est du territoire syrien le long de la frontière irakienne sur le site d’Alboukamal), mais cette interception du 6 décembre, si elle est bel et bien intervenue, revêt une dimension nouvelle et sans doute assez inquiétante pour Israël.


Moscou tient à reprendre en main la situation militaire en Syrie


Après les deux retraits militaires américains successifs de janvier et novembre derniers à l’est et au nord du territoire syrien, et dans le sillage de la violente invasion militaire turque de cet automne dans la bande du Kurdistan syrien, les forces russes – qui se sont même parfois aussi opposées ces derniers mois à certains bataillons chiites ou iraniens dans des sites névralgiques qu’elles voulaient contrôler seules – se trouvent actuellement dans une phase de grande réorganisation dans le but de s’assurer une complète hégémonie militaire dans la Syrie d’Assad. Et ce, parce que Moscou compte bien faire avancer lors des prochains mois dans les différents forums internationaux ad hoc – comme celui de la conférence de Genève – certaines solutions diplomatiques « made in Russia » afin d’espérer mettre un terme à cette sanglante guerre civile qui dure depuis mars 2011. Le tout en récoltant dans cet hypothétique « après guerre » les bénéfices économiques et financiers de son intervention militaire qui avait débuté en septembre 2015.


Poutine envisagerait de tirer profit de l’affaiblissement politique de Nétanyaou en Israël…


Autre raison plausible de cette série de récents communiqués militaires russes de plus en plus répétés condamnant « les incursions israéliennes dans le ciel syrien » et surtout de ce regain d’agressivité militaire de l’armée russe en Syrie, y compris pour limiter les nombreux raids israéliens menés sans cesse depuis six ans contre le vaste dispositif armé des Iraniens dans ce pays : profitant de la totale impasse politique et institutionnelle qui paralyse Israël depuis neuf mois et qui a pas mal affaibli le pouvoir voire la crédibilité de Binyamin Nétanyaou, Moscou s’est sans doute engouffré dans cette brèche pour pousser ses propres pions tactiques et stratégiques. Et ce, en ne tenant plus trop compte de la fameuse amitié Poutine-Nétanyaou qui avait poussé jusque-là les deux hommes d’Etat à se rencontrer en face-à-face au moins treize fois ces dernières années, notamment pour mettre en place les délicats mécanismes d’une coordination militaire aérienne des plus pointilleuses dans le ciel syrien afin d’éviter tout incident entre les avions de guerre israéliens et russes. Un tournant qui constituerait en fait l’une des nombreuses conséquences négatives de cette impasse politique israélienne très prolongée sur l’efficacité et les marges de manœuvre de la stratégie sécuritaire de Jérusalem dans toute la région…

RICHARD DARMON