17 Kislev 5780‎ | 15 décembre 2019

Que reste-t-il du respect ?

Rav Yaakov Sitruk

La guémara dans le traité Sanhedrin (97) nous parle de certains changements, dans le comportement des hommes, annonciateurs de la venue du Machia’h. On verra par exemple les jeunes manquer de respect aux anciens, les enfants contredire leurs parents, les fils ne pas ressentir de honte à l’égard de leur père. La sagesse de la Torah et des ’Hakhamim semblera nauséabonde, et la vérité se cachera et sera invisible. Deux choses vont donc progressivement disparaître de la société : le respect et la vérité. L’effondrement de ces valeurs fondamentales ne pourra entraîner que l’émergence d’une nouvelle réalité : le Machia’h. Ces deux notions sont liées. Elles sont complémentaires car elles présentent en commun un aspect contraignant. En effet la vérité a toujours un caractère responsabilisant. Sa difficulté réside dans le fait qu’il est impératif mais très difficile de toujours l’assumer. Le respect pour sa part est l’attitude par excellence qui légitime ce qui est vrai. Une vérité s’impose quand elle est l’objet d’un profond respect. On en déduira que le manque de respect est le meilleur moyen de dévaloriser la vérité. En la méprisant on n’est plus obligé de l’assumer. Ne pas respecter ses parents c’est une manière de s’affranchir de leur autorité. L’ancien, censé incarner un repère, sera dénigré afin d’être ignoré. Il n’est pas mentionné que le mensonge chassera la vérité, mais qu’elle disparaîtra. Peut-être qu’un monde submergé par des informations souvent inutiles voire insignifiantes, ne saura plus discerner la vérité en tant que valeur fondamentale. Nul besoin de mentir pour détourner l’attention de l’opinion afin de dissimuler avec soin ce qui pourtant mériterait d’être retenu. Une société envahie par l’intrusion permanente de « news » et d’échanges virtuels, est-elle en mesure d’apprécier ce qui est « vérité » de ce qui ne l’est pas ? Voilà ce qui pourrait conduire aux prévisions des ’Hakhamim à propos du respect de ce qu’ils désignent par le mot Emet. Les repères risquent de se volatiliser. Il y a toujours eu dans l’histoire des symboles qui incarnaient les limites infranchissables. Qui inspiraient la considération et la déférence. Est-ce que par exemple, prendre à défaut une personne « présumée référence », et indépendamment de son hypothétique culpabilité, ne mettrait pas en péril la notion de respect que l’on tente d’inculquer aux plus jeunes ? Restons sur nos gardes en faisant tout ce qui est possible pour protéger les valeurs fondamentales qui constituent notre société. Il nous faut également choisir avec minutie ceux qui représentent nos références. C’est précisément pour cette raison que la Torah insiste tant sur le Kavod et l’honneur que nous devons aux personnes, aux animaux, aux végétaux et même aux objets. Ils sont TOUS les signes de la présence d’Hachem dans le monde. C’est ce qui fera débat entre Yaacov et Essav. Ce dernier a méprisé (vayivèz) son droit d’aînesse. Il pouvait tout simplement le céder à son frère ou encore refuser la transaction. De son côté Yaacov n’hésitera pas à se mettre en danger pour récupérer quelques menus objets qu’il refusa de négliger. C’est cette différence de point de vue sur le monde en général qui va provoquer l’affrontement que voulait éviter Yaacov. Deux attitudes, deux philosophies de la vie : le respect ou le mépris. Yaacov ou Essav.

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