15 Kislev 5781‎ | 1 décembre 2020

Les Israéliens privés de l’îlot de la paix de Naharaïm

Comme l’a exigé le roi Abdallah de Jordanie, et conformément à l’une des clauses de l’accord de paix israélo-jordanien d’octobre 1994, le site de Naharaïm a été définitivement fermé, samedi soir dernier, aux touristes et agriculteurs israéliens. Pour les observateurs avisés, cette fermeture marque la fin d’une époque mais elle est également, le reflet des tensions qui existent entre Aman et Jérusalem. L’occasion de revenir sur l’histoire de cet « îlot de la paix » qui fut en 1997, le théâtre d’un attentat qui avait bouleversé l’opinion publique israélienne.

La déception pouvait se lire, samedi soir 9 novembre, dans les yeux d’Idan Grinbaum, le président du Conseil régional de la Vallée du Jourdain, peu après que la dernière patrouille de soldats israéliens a définitivement fermé le poste de passage de Naharaïm qui relie Israël à la Jordanie : « Nous regrettons que les autorités israéliennes ne nous aient pas tenu au courant de la triste issue de ce dossier. Nous savions que cela allait arriver mais nous pensions qu’il aurait été possible d’empêcher ce départ. » Autour de lui, ce soir-là, d’autres habitants de la région venus aussi prendre congé, une larme à l’œil, de ce site chargé d’histoire. Naharaïm est une enclave située à quelques kilomètres au sud du Lac de Tibériade, entre Israël et la Jordanie, et entre le Jourdain et le Yarmouk, d’où son nom de Naharaïm. Sur le plan historique cette zone est surtout connue pour son ancienne centrale électrique : en effet, celle-ci a été construite à la fin des années 1920 par celui qui est considéré aujourd’hui comme le père de l’énergie électrique israélienne Pin’has Rotenberg. Rotenberg qui était ingénieur, avait projeté de construire sur le Jourdain 4 centrales afin qu’elles alimentent en électricité les localités du Yichouv, bien avant la création de l’Etat d’Israël. Au total, il avait programmé la construction de 13 centrales sur le territoire de la Palestine mandataire de l’époque. Il avait obtenu le droit de construire la centrale de Naharaïm en échange d’une garantie de fournir de l’électricité parallèlement aux localités juives et aux localités de la Transjordanie de l’époque. Les travaux de construction de la centrale avaient débuté en 1927 et ils se sont terminés 5 ans plus tard ! Plus de 600 ouvriers juifs ont participé à cette construction. L’inauguration en juillet 1932 s’est tenue en présence des Hauts Commissaires britanniques en Eretz
Israël (Palestine) et en Transjordanie, ainsi qu’en présence de l’émir Abdallah, premier roi de Transjordanie et de Pin’has Rotenberg, lui-même. Un petit village juif nommé Tal Or a même été créé sue la rive Est du Jourdain, à l’intention des 600 ouvriers qui construisaient ce site. Quant à Pin’has Rotenberg, il a construit sa maison à proximité de « sa » centrale et à deux reprises à l’approche de la fin du mandat britannique, celle-ci sera le théâtre de deux rencontres déterminantes entre le roi Abdallah I de Jordanie et Golda Meïr alors représentante des instances du Yichouv juif. De facto, ce site de Naharaïm était un pont entre le futur Etat juif et le monde arabe modéré.

The Island of Peace in Naharaim, northern Israel, on the border with Jordan, on March 31, 2017. Photo by Yaakov Lederman/Flash90 *** Local Caption *** גבול ירדן אי השלום נהריים צפון ישראל טבע נוף

Au début de la guerre d’indépendance en avril 48, les habitants juifs de Tal Or ont été évacués. Le 15 mai, au lendemain de la déclaration d’indépendance, la Légion Jordanienne a sommé les habitants juifs de la zone de se retirer. L’armée irakienne s’est déployée dans la région et a capturé des habitants qui ont été détenus pendant plusieurs mois en Jordanie. Dans le cadre des accords de cessez-le-feu de 1949, le nouvel Etat d’Israël a pu reprendre le contrôle de l’essentiel du site de Naharaïm à l’exception de la Centrale électrique elle-même. L’accord de paix entre la Jordanie et Israël, signé en 1994, stipulait que la frontière internationale entre les deux pays passait par celle du mandat et il avait été décidé que la Jordanie reconnaîtrait le droit d’Israël à continuer à exploiter les terrains agricoles de cette zone, tandis qu’Israël reconnaissait la souveraineté des Jordaniens sur cette même zone. En 1997, soit deux ans et demi après la signature des accords d’Oslo, un soldat jordanien qui montait la garde sur ce que l’on appelait l’îlot de la Paix de Naharaïm, îlot qui devait être un symbole de coexistence pacifique, a ouvert le feu sur un groupe de jeunes filles religieuses d’un lycée de Bet Chemech. Bilan : 7 jeunes filles tuées et 6 autres blessées ! Ce massacre avait provoqué une puissante onde de choc en Israël et le roi Hussein de Jordanie avait ému les familles des jeunes victimes en venant lui-même à Bet Chemech pour leur présenter ses condoléances, acceptant même de mettre un genou à terre devant les parents endeuillés. Le soldat assassin avait été condamné par la justice de son pays à 20 ans de prison qu’il a purgé jusqu’au bout. A la suite de ce massacre, l’îlot de la Paix de Naharaïm est devenu un espace du souvenir sur lequel des milliers d’Israéliens venaient se recueillir et même se détendre. Et de nos jours cet îlot, est devenu un jardin orné de 7 espaces mentionnant sur chaque espace le nom des filles assassinées.

Lors de la signature des accords de paix en 1994, l’îlot de la paix et la centrale électrique de Naharaïm, ainsi que le site agricole de Tsofar plus au sud dans la Arava, ont été cédés par Israël à la souveraineté officielle de la Jordanie. Le roi Hussein dont on connaissait la proximité avec les dirigeants israéliens de l’époque, Rabin et Pérès en tête, leur avait expliqué qu’il ne pourrait se permettre de récupérer moins que la totalité des terres considérées comme jordaniennes et ce à l’instar du président égyptien Anouar El Sadate qui avait exigé la restitution de l’intégralité du Sinaï y compris l’hôtel de Taba qui faisait l’objet d’un litige de propriété avec Israël.
Il y a un peu plus d’un an, le 21 octobre 2018, le roi A b d a l l a h de Jordanie a annoncé sa décision d’utiliser la clause qui figure dans les accords de paix lui permettant de récupérer le contrôle plein et entier des deux zones de Naharaïm et de Tsofar. C’était son droit le plus élémentaire, mais cette décision est sans aucun doute le reflet des tensions diplomatiques qui existent entre Israël et le royaume hachémite et qui se sont manifestés par divers incidents parfois très graves comme celui au cours duquel, en juillet 2017, un agent de la sécurité de l’ambassade d’Israël à Aman a tué deux citoyens jordaniens dont un le menaçait. Plus récemment, le 6 novembre dernier, Israël a mis fin à une nouvelle tension avec Aman en renvoyant vers la Jordanie deux jordaniens qui avaient été arrêtés il y a deux mois et qui étaient soupçonnés d’activités terroristes. Les frictions diplomatiques entre Israël et la Jordanie se produisent régulièrement, ces dernières années, autour des heurts sur le mont du Temple dont la Jordanie est la garante au travers du Wakf musulman. Et l’on peut dire que d’une manière générale, le régime jordanien utilise parfois une sémantique radicale afin de satisfaire les factions islamistes les plus extrémistes, celles qui pourraient le moment venu tenter de déstabiliser le fragile pouvoir d’Abdallah II. Cependant, il est également important de souligner qu’en dépit d’appels répétés de la part de ces mouvances radicales y compris au sein du parlement et parfois même au sein du gouvernement jordanien, le roi a toujours soigneusement veillé à respecter scrupuleusement les accords de paix avec Israël, accords qui lui offrent certaines garanties importantes dans divers domaines existentiels comme par exemple l’acheminement de quantités considérables d’eau potable. 25 ans après, la décision du roi de reprendre le contrôle plein et entier sur Naharaïm et Tsofar est certes totalement légitime mais elle rappelle que même avec la Jordanie, cette seconde paix avec un pays arabe est presque aussi froide qu’avec l’Egypte.

DANIEL HAÏK

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