22 Av 5780‎ | 12 août 2020

Comment Nétanyaou peut-il encore s’en sortir ?

Le chaos politique provoqué par les résultats des élections législatives du 17 septembre ne semble pas prêt à se dissiper dans les prochains jours et ce même avec les efforts méritants du président Réouven Rivlin pour contraindre Binyamin Nétanyaou et Benny Gantz de former un gouvernement d’union nationale afin de sortir le pays de l’imbroglio dans lequel il se trouve plongé de facto, depuis près d’un an. Tentative d’analyse d’une situation particulièrement complexe.

Disons-le clairement : les résultats quasi-définitifs des élections du 17 septembre dernier ne sont pas favorables à Binyamin Nétanyaou. Et il est fort probable que si le 29 mai dernier, quelques heures avant de provoquer la dissolution de la 21e Knesset, le Premier ministre avait su que telle serait l’issue de cette dernière consultation, il aurait décuplé ses efforts pour éviter une telle issue, par exemple, en proposant à un potentiel transfuge de Bleu-Blanc un marché que celui-ci n’aurait pas pu refuser. Jugez plutôt : Nétanyaou pouvait jusqu’à la semaine dernière, disposer d’un soutien massif de 60 députés, soit un de moins que le seuil tant espéré. Au lendemain des dernières élections, ce bloc qu’il s’est empressé de « cimenter », ne compte pas plus que 55 députés. C’est une chose que de trouver un seul transfuge. C’en est une autre que d’en trouver 6 ! Mais paradoxalement, ce semiéchec pourrait bien favoriser Nétanyaou : car avec un bloc de 55 députés il conserve une tête d’avance sur Benny Gantz qui à l’issue des consultations du Président Rivlin avec les formations représentées dans la 22e Knesset ne peut compter que sur 54 députés dont 10 des 13 députés de la liste arabe unifiée (à l’exception des députés antisionistes de Balad). Comment transformer ce semi échec en un véritable succès qui permette à Nétanyaou de conserver, envers et contre tout, les rênes du pouvoir ? On peut envisager plusieurs cas de figure pour tenter de répondre à cette question :

L’option d’un gouvernement d’union nationale : c’est le scénario le plus plausible. Binyamin Nétanyaou s’est, avec une dextérité intellectuelle impressionnante, très vite mis au diapason : Lui qui, durant la campagne, n’a cessé d’appeler à la formation d’un gouvernement de droite restreinte, comprend désormais qu’il doit, pour le bien de la cause, changer son fusil d’épaule et d’appeler comme il le fait ces derniers jours à la formation d’un gouvernement d’union. Cette option possède un atout de taille ; elle est privilégiée par le président de l’Etat Rivlin qui va continuer à se mobiliser pour qu’elle aboutisse. Et elle offre, à un instant crucial pour Binyamin Nétanyaou, l’occasion d’aller dans le sens d’un président qui, avouonsle, se montre formidablement impartial, et ne laisse jamais transparaître le lourd contentieux personnel qu’il a avec le Premier ministre ou plutôt que le Premier ministre a envers lui. Certes appeler à l’union nationale avec Gantz tout en amenant dans sa dot, les mandats des députés orthodoxes et sionistes religieux n’est pas courant. Cela suffit d’ailleurs à certains observateurs pour affirmer que Nétanyaou bluffe lorsqu’il parle avec une mine sérieuse de la nécessité de former un gouvernement d’union. Dans l’histoire politique très riche de Nétanyaou, l’option d’une union nationale n’est jamais prioritaire, et même l’arrivée du parti travailliste dans son gouvernement de 2009, ou celle très éphémère de Kadima en 2012 (2 mois seulement) n’ont jamais été considérées comme telles. Autre atout de taille de la formation d’un gouvernement d’union : disposant d’un bloc légèrement plus solide que celui de Benny Gantz (55 contre 54), Mr Nétanyaou peut espérer être désigné en premier par le président Rivlin et conserver ainsi son fauteuil de Premier ministre pendant un an au moins, le temps de voir si ses dossiers judiciaires aboutissent à un procès, ou bien si l’on s’achemine vers un non-lieu ou un accord de compromis qui évitera à Mr Nétanyaou les affres d’un procès et pire encore, l’incarcération pénitentiaire Il faudra, enfin, dans le cadre de cette option d’union nationale, vérifier comment Benny Gantz réagira. Il ne faut pas oublier que Gantz n’a cessé de marteler ces derniers mois que la raison d’être de son gouvernement est de chasser Nétanyaou de son portefeuille de Premier ministre.

Second cas de figure qui pourrait « sauver » Nétanyaou : séduire les Travaillistes

Dans l’hypothèse où l’option d’un gouvernement d’union nationale n’aboutit pas, Binyamin Nétanyaou pourrait bien réussir à tirer son épingle du jeu en approchant Amir Peretz et en lui proposant un « pont d’or » afin qu’il le rejoigne dans un gouvernement restreint qui compterait alors 61 députés, soit les 55 du bloc Droite et Religieux auquel on rajouterait les 6 députés travaillistes. Ce scenario est quasi improbable parce qu’il y a parmi les 6 députés travaillistes des éléments très gauchisants comme Itsik Shmouli ou Omer Bar Lev, qui, jamais ne cautionneront une telle démarche. Mais l’option vaut le détour car elle s’inscrirait alors dans une logique implacable. En effet, l’histoire politique d’Israël a prouvé que le parti travailliste s’effondre électoralement uniquement lorsque la classe politique produit des formations centristes séduisantes. Ce fut le cas avec Kadima et ça l’est également avec le parti BleuBlanc. Lorsqu’il n’y a pas de parti centriste, les Travaillistes obtiennent toujours entre 15 et 25 mandats. Dans l’absolu le principal adversaire des travaillistes n’est donc pas Nétanyaou mais bien ce « Bleu-Blanc » qui « aspire » de nombreux suffrages et laisse le parti fondateur d’Israël sur la touche. On peut donc en déduire que pour renforcer son parti, Amir Peretz aurait dû tout faire pour projeter Bleu-Blanc dans les rangs de l’opposition et espérer ensuite qu’à court terme la formation qui ne repose sur aucun socle idéologique, vole en éclats et disparaisse. Tout faire y compris s’allier avec Binyamin Nétanyaou et le Likoud. Le Premier ministre aurait alors ses 61 députés et Peretz pourrait être son ministre des Finances voire même son vice Premier ministre. Mais il faut se rendre à l’évidence. Des proches de Peretz interrogés par nos soins à ce propos, ont catégoriquement balayé une telle option : Amir a rasé sa moustache pour qu’on le voie bien lorsqu’il dit qu’il ne siègera pas avec Nétanyaou. Donc peu de chances de concrétiser ce scénario qui pourtant paraissait séduisant.

Troisième cas de figure : Le grand retour de Liberman

Ces élections ont considérablement consolidé le statut politique d’Avigdor Liberman. Preuve en est : le leader d’Israël Beiténou est omniprésent. On le voit en consultation avec Benny Gantz. On l’entend clamer qu’il ne recommandera ni Gantz, ni Nétanyaou parce que ceuxci n’envisagent pas sérieusement l’option d’un gouvernement d’union laïc. Liberman tente donc de capitaliser son excellent score électoral (8 députés) mais attention s’il continue à rester sur la touche, s’il se complaît dans la posture de celui qui est au-dessus de la mêlée, il pourrait bien rater le coche et se retrouver sur les bancs de l’opposition dans la 22e Knesset, y compris si un gouvernement d’union nationale devait voir le jour. Dans certains cercles au Likoud, on estime que Liberman n’a pas définitivement fermé la porte à un retour dans les rangs de la Droite. On peut lui faire confiance pour trouver le meilleur prétexte. Lui aussi serait alors obligé de démentir des promesses faites avant la campagne électorale. Une chose est sure : pour espérer rester au pouvoir; Binyamin Nétanyaou devra savoir habilement ruser. Il a prouvé, dans le passé, qu’il possédait en quantité ce trait de caractère. Il n’y a pas de raison qu’il ne s’en serve pas dans ce qui pourrait bien être l’un de ses derniers combats politiques.

Daniel Haik