18 Adar II 5779‎ | 25 mars 2019

La joie, une démarche poussée par la volonté

Nous sommes inquiets, abasourdis, voire choqués ! De nouveau, les images de la haine ressurgissent, et le peuple juif est à nouveau l’objet de tous
les débats. D’un côté, ceux qui nous attaquent, de l’autre, ceux qui tentent
avec une certaine maladresse de prendre notre défense. Certains diront que les uns nous inquiètent tandis que les autres nous angoissent. Mais la vraie question qui nous perturbe, c’est pourquoi en Adar ? On nous avait pourtant affirmé que ce serait un mois de joie, de victoire et d’al- légresse. Notre maître, le Arizal dit par exemple que le rire est associé à la dimension de ce mois magique. Le Choul’han Aroukh tranche et affirme que c’est le meilleur moment pour qu’un juif règle ses différends avec un non-juif. Il s’agit donc d’une période prometteuse. D’où notre étonnement de constater la recrudescence actuelle des sentiments négatifs à notre encontre, et ce, à travers le monde. A l’origine de cet enseignement, un texte de la guémara de Taanit (29) nous apprend que de la même manière que lorsque le mois de Av arrive la joie diminue, ainsi lorsque le mois de Adar débute la joie
va en augmentant. Les commentateurs s’interrogent sur le bien-fondé de cette comparaison. Quel rapport entre Av et sa tristesse, et Adar qui est
synonyme de joie ? Pour comprendre cela, il nous faut clarifier le rapport entre la joie et le rire. On ne rit pas seulement quand on est joyeux, et le rire n’exprime pas forcement la joie. Il est juste la preuve que la joie existe en nous. Le rav Moché Chapira zatsal disait qu’une personne qui n’a aucune joie ne peut jamais rire. Mais heureusement, quels que soient les circonstances de la vie, la joie ne quitte (presque) jamais totalement l’individu. On pourrait éventuellement condamner certains de nos ennemis tel que le nazis (y»c) d’avoir volé définitivement aux rescapés de leur barbarie, la joie qui était la leur. Ce qui déclenche le rire, c’est l’effet de surprise que provoque une situation ou une histoire. Pour amuser un auditoire avec une blague, il est impératif de dissimuler la chute jusqu’à la fin, pour surprendre. La plus grande joie possible sera une excellente nouvelle qui est également inattendue. Mieux, qui semblait impossible. Par exemple, la naissance d’Its’hak. Plus personne n’y croyait, cela relevait de l’impensable et invraisemblable. Ou encore, le miracle de Pourim. Qui pouvait imaginer une telle issue ? Le paradoxe que nous tentons d’expliquer, nous fait penser que plus une situation semble désespérée, plus elle est porteuse de joie et de rire. Attention de bien définir la notion de désespoir. Lorsqu’une personne entrevoit une solution à sa portée, elle se prive donc de la surprise éventuelle réservée à l’imprévisible. Par contre, lorsque la solution ne semble pas humaine, l’impossible trouve sa place. Revenons à présent sur le mois de Av. Il s’y passe selon l’avis de tous les Sages, la plus grande tragédie de l’histoire d’Israël. Aucun espoir n’est permis, aucun dénouement ne semble réaliste. Il ne reste donc que la confiance en Hachem pour ne pas baisser les bras et envisager qu’il nous sauve. Dans cette période dédiée à la réflexion et l’introspection, nos maîtres nous mettent en garde. L’heure n’est pas aux spéculations optimistes, mais à la remise en question et la Téchouva. Voilà pourquoi la joie doit diminuer. C’est une Halakha et non un simple constat. En revanche, pendant Adar, période de notre histoire où Hachem a décidé d’inverser le sens des événements, la Halakha est différente. On DOIT se réjouir. En Adar, nul n’a jamais promis que tout serait facile. On est assuré cependant que tout finira par s’arranger avec l’aide d’Hachem. La joie n’est donc pas une fatalité soumise aux événements mais une démarche provenant de la volonté de chacun. Les événements semblent parfois alarmants, mais la joie de Adar et la confiance en Hachem sont la plus belle expression de notre force de pensée positive à l’égard de la vie et des expériences qu’elles nous réservent.