8 Kislev 5779‎ | 16 novembre 2018

Puteaux : kodech et prospérité au pied de La Défense

Dans cette ville qui serait la plus riche de France, le minyan ne cesse de s’élargir depuis une dizaine d’années malgré une démographie juive plutôt stable. Quatre cents personnes ont célébré le 25 juin le jubilé de cette communauté dynamique.

Michel Benhaïm est militant communautaire depuis longtemps, comme son frère Serge, administrateur du Consistoire de Paris responsable de la ‘hevrakadicha et de l’incontournable synagogue de la rue de la Roquette (11e arrondissement). Michel, lui, préside la kehila de Puteaux, dans les Hauts-de-Seine, qui a célébré dans la soirée du 25 juin son cinquantenaire au théâtre de la ville, avec le chanteur-vedette Enrico Macias pour la partie musicale.Plus de quatre cents convives, des élus et la maire divers droite, Joëlle Ceccaldi-Raynaud, étaient présents. Comme son père, Charles Ceccaldi-Raynaud, auquel elle a succédé à ce poste, c’est une amie sincère de la communauté juive qui compte ici sept cents familles. Le grand rabbin Haïm Korsia et le numéro un du Consistoire, Joël Mergui, ont aussi fait le déplacement en compagnie d’Elie Korchia, avocat, vice-président de l’institution cultuelle et ex-président de cette communauté. C’est lui qui a inauguré la synagogue (de quatre cents places) en 2006. Auparavant et depuis la création de l’association juive locale en 1968, on priait dans une maison en bois. Une salle de fortune justifiée par le faible nombre de fidèles.
Mais la kehila s’est agrandie avec le développement du quartier d’affaires de La Défense, qui regorge d’emplois qualifiés. 80 % de ce site économique de renommée internationale se trouve sur la commune de Puteaux. Elle serait… la plus riche de France – ne serait-ce qu’en raison des cotisations foncières des entreprises !
Cela explique l’arrivée de jeunes couples compensant les départs des uns ou des autres pour Paris intramuros ou pour Israël. « Globalement, la démographie juive est stable depuis plus de dix ans dans notre secteur bien sécurisé et agréable, indique Michel Benhaïm. La choule de la rue Rocq de Fillol est magnifique, avec un dôme original et une architecture en demi-lune qui fait des envieux… Elle est dotée d’un centre communautaire et le tout s’étend sur mille mètres carrés gardés par une dizaine de vigiles du Service de protection de la communauté juive (SPCJ). Nos relations avec la police sont excellentes et le bâtiment comprend vingt caméras de surveillance ».
Le rajeunissement récent de la kehila (entre quinze et vingt adolescents et étudiants se réunissent régulièrement dans l’après-midi du Chabbat pour une discussion à bâtons rompus avec le rav Ariel Elkouby, qui anime les offices) est certes lié à cet environnement positif mais aussi au dynamisme des cadres communautaires, encouragé par la municipalité. Vingt à vingt-cinq élèves fréquentent le talmud Torah – en partenariat avec le Beth Habad de La Defense et de son chaliah, le ravShmuel Mergui -, les clients putéoliens sont de plus en plus nombreux à se servir dans les boutiques et rayons casher de Neuilly ou des alentours, enfin beaucoup inscrivent leurs enfants dans les écolesconfessionnelles du département.
Une véritable émulation avec des chiourim qui ont tendance à se multiplier, un mikvé pour femmes en pleine rénovation qui rouvrira fin 2018, des Chabbatot pleins à intervalles réguliers, deux grandes cabanes installées dans la ville à Souccot… Sans oublier la fête toujours réussie de Lag Baomer dans un parc champêtre de La Falaise (Yvelines) appartenant à la mairie et attribuéchaque année à nos coreligionnaires le temps d’une journéepour un barbecue géant, attirant au moins deux cent cinquante personnes.
Bref, la municipalité est généreuse et la communauté ne manque pas de ressources grâce à des donateurs aisés. « Je ne vois pas les choses ainsi, rétorque Michel Benhaïm : c’est parce que les Juifs se sentent bien dans notre kehila, c’est parce qu’elle est attractive qu’ils mettent la main à la poche et non l’inverse. D’ailleurs, si le minyan du Chabbat matin est passé de quatre-vingts à cent cinquante fidèles environ de 2010 à aujourd’hui, pour une population juive à peu près égale, est-ce une question d’argent ? Bien sûr que non ».
Un oulpan est en projet pour la rentrée.

Axel Gantz