11 Heshvan 5779‎ | 20 octobre 2018

La paracha au féminin – La Méthode Ménorah, ça vous branche ?

Un conseil éducatif éclairé mis en lumière par la Paracha de la semaine.

 

Moult méthodes

Fermement décidée à rétablir la chancelante autorité parentale dans votre logis, vous aviez mis tous vos espoirs dans la méthode éducative Freinet. Manque de chance, c’est finalement vous qui vous êtes retrouvée freinée dans votre élan. Vous avez ensuite enclenché sur la théorie 3C (Concentration – Calme – Contrôle), sauf que celle-ci n’a pas tardé à se transformer en méthode 3D (Déboires – Déception – Dépression). En désespoir de cause, vous vous êtes rabattue sur la pédagogie Montessori, mais, sorry, vous vous êtes une fois de plus fait « monter » dessus.

Avant de jeter votre dévolu sur une énième théorie éducative qui vous promet monts et merveilles, jetez donc un coup d’œil sur la « Méthode Ménorah » qui nous est présentée dans la Paracha de cette semaine. La bonne nouvelle c’est qu’elle ne supplante pas toutes les autres que vous avez pu essayer par le passé ou que vous tenterez à l’avenir. Elle permettra simplement d’en garantir l’efficacité. Si ça ne s’appelle pas un conseil éclairé…

 

Notices & modes d’emploi

La Paracha que nous lirons cette semaine, celle de Térouma, nous fait découvrir la « notice de construction » de l’un des ustensiles les plus emblématiques du Tabernacle ; la Ménorah – le chandelier à sept branches qui éclairait bien au-delà de la Maison de D.ieu. Et si vous avez déjà eu l’occasion d’étudier les versets qui lui sont consacrés, que ce soit sur les pupitres de l’école, les bancs du séminaire ou encore le canapé de votre maison aux côtés de l’un de vos enfants, vous savez que sa conception était extrêmement élaborée. Une tige centrale entourée de trois branches de part et d’autre, sept lampes à huile ornées de boutons et fleurs d’amandier, une base imposante, des marches et toute une panoplie d’accessoires destinés à l’entretenir, le tout en or massif. Une conception si élaborée d’ailleurs que malgré les instructions détaillées que lui indiqua le Tout-Puissant et sa propre sagesse incommensurable, Moché Rabbénou, fut dans l’impossibilité de les mettre à exécution. Alors le Tout-Puissant lui vint en aide et lui offrit la vision d’une Ménorah en feu (Rachi – Chémot 25, 40).

 

M… comme Ménorah, M… comme miracle

Quel architecte ne rêverait pas d’avoir droit à une visualisation 3D du prototype qu’il s’escrime à concevoir ? Pourtant, bien qu’ayant eu droit à ce privilège, Moché Rabbénou ne fut tout de même pas au bout de ses peines. Le Midrach Tan’houma nous révèle en effet que même après s’être évertué à la façonner selon cette représentation de feu, le dirigeant d’Israël demeura incapable de la confectionner. Voyant son désarroi, le Saint béni soit-Il le rassura en ces termes : « Jette au feu le bloc de métal, et elle se fera d’elle-même ! » Et c’est exactement ce qui se produisit. Moché Rabbénou se contenta de lancer un lingot d’or dans les flammes et la Ménorah, fin prête, en ressortit dans toute sa splendeur (ibid. 25, 31).

Mais cet heureux dénouement n’est pas sans soulever une lourde question : si, comme le savait le Tout-Puissant, Moché Rabbénou serait incapable de confectionner la Ménorah, pourquoi la Torah d’ordinaire si économe en mots n’épargne aucun détail pour décrire sa conception ? Et, qui plus est, à quoi bon lui montrer une représentation de la Ménorah si celle-ci était en définitive destinée à s’auto-fabriquer ?

Gardez bien ces questions en tête. Car comme le veut la tradition juive, nous allons y répondre par une autre question…

 

La trilogie « ouréé »

Le rav Issakhar Frand propose de résoudre cette difficulté en soulignant une particularité du dernier verset concluant le passage consacré à la confection de la Ménorah : « Et vois (ouréé) et fais selon le plan qui t’est montré sur cette montagne » (Chémot 25, 30) Comme le relève le Baal Hatourim, il s’agit de l’une des trois seules et uniques occurrences du mot ouréé dans l’ensemble du canon biblique. Les deux autres apparaissent dans les Téhilim aux versets suivants : « Et vois s’il est en moi des habitudes vexantes (dérekh otsev) et guide-moi dans le chemin de l’éternité » (ibid. 128, 6) et « Et vois les fils de tes fils ! Paix sur Israël ! » (Téhilim, 139, 24).

À l’ère des moteurs de recherche toraniques hyperpuissants et supra-précis, la remarque du Baal Hatourim pourrait passer inaperçue. À tort. Car l’objectif du commentaire médiéval n’est pas de mettre en exergue la récurrence dudit mot ; il s’agit en réalité d’attirer notre attention sur le dénominateur commun des trois versets qui l’accueillent respectivement. Reste à déterminer lequel…

 

Trouvez le dénominateur commun

Une analyse attentive des deux psaumes cités plus haut va nous permettre de relever un thème commun ; celui des enfants. Dans la seconde occurrence du mot « ouréé », le lien est flagrant puisque le Psalmiste évoque « les fils de tes fils ». Dans la troisième, il s’agit d’une allusion plus difficilement décelable ; c’est le mot « otsev » qui évoque la souffrance communément associée à l’éducation des enfants (cf. la malédiction de ‘Hava – béetsev teldi banim – Béréchit, 3, 16) En revanche, quel lien peut-il bien avoir entre le thème des enfants et la première occurrence du mot « ouréé », celle qui décrit la Ménorah de feu montrée à Moché Rabbénou ?

 

Aide-toi et le Ciel t’aidera

La réponse rejoint les questions que nous avions soulevées plus haut et que vous aviez soigneusement gardées à l’esprit.

Vrai, le Tout-Puissant savait pertinemment que Moché Rabbénou serait dans l’incapacité de confectionner la Ménorah. Mais Il tint tout de même à lui livrer une leçon capitale. Pour accomplir une chose qui est – ou paraît – impossible, il faut impérativement mériter l’Assistance Divine, laquelle représentée par ce candélabre « tombé du Ciel ». Mais cela ne signifie pas pour autant que l’homme doive se dédouaner de ses responsabilités en la matière. Bien au contraire, il doit s’efforcer, autant que faire se peut, d’étudier la mission qui lui a été confiée, d’en analyser les tenants et les aboutissants, et de s’intéresser de près à l’objectif qu’il souhaite atteindre. Et c’est seulement à cette condition qu’il méritera l’Assistance Divine. En dévoilant à Moché à la fois la « notice de construction » et la visualisation graphique de la Ménorah, Hachem l’exhorta à s’investir corps et âme dans les complexités de sa confection. Un investissement qui sera précisément le catalyseur de sa confection miraculeuse.

 

Éclairage assuré !

Et s’il est un domaine où ce principe prend tout son sens, c’est bien celui de l’éducation des enfants. En effet, lorsqu’on demandait au Brisker Rav quel était le secret du ‘hinoukh, il répondait immanquablement par la formule « Tehilim und treren – la prière et les larmes ». En d’autres termes, il serait tout bonnement impossible de relever le défi titanesque d’une éducation réussie sans mériter l’Assistance Divine. Mais cette prise de conscience ne doit pas nous exonérer de nos responsabilités parentales. Elle ne doit surtout pas nous conduire à baisser les bras, dans un élan de fatalisme. À l’instar de Moché qui étudia assidument les versets consacrés à la confection de la Ménorah et visualisa attentivement sa représentation céleste, nous ne devons jamais cesser d’enrichir nos connaissances en matière d’éducation et de pédagogie. Nous ne devons jamais cesser de nous mettre en quête de moyens novateurs et de méthodes à l’efficacité prouvée pour mettre en lumière tous ce que nos enfants ont de meilleur en eux. D’où le parallèle que le Baal Hatourim nous invite à relever entre le thème des enfants et le verset évoquant la confection miraculeuse de la Ménorah.

 

Alors, que nous ayons opté pour Freinet, 3C, Montessori, j’en passe et des meilleures, n’oublions surtout pas le B.A.BA de l’éducation juive authentique ; un savant mélange d’investissement personnel et de prières sincères.

Branchons-nous sur la « Méthode Ménorah » ! Éclairage assuré !

Ora Marhely