7 Iyyar 5778‎ | 22 avril 2018

Chlochim du Rav Aharon Yéhouda Leib Steinmann zatsal

Le témoignage exclusif de son médecin en France, le Pr Yossef Hardy

A l’occasion des Chlochim du Rav Aharon Yéhouda Leib Steinmann zatsal, nous souhaitons vous apporter quelques facettes de la grandeur de ce Tsadik. Si beaucoup l’ont comparé à un Malakh (ange), il savait aussi parfaitement saisir les enjeux de notre génération dont il a été le guide, tant pour les Juifs d’Israël que pour ceux de diaspora. Avec une oreille attentive, un cœur sensible et un esprit aiguisé, il indiquait la voix à suivre. Portant la charge du Klal Israël sur ses épaules, il déployait des efforts surhumains pour traverser mers et océans afin d’y transmettre les valeurs de notre Torah avec authenticité et simplicité.

Le Dr Hardy, chirurgien orthopédiste, s’était rapproché du Gadol Hador depuis une trentaine d’années et l’avait accompagné lors de ses voyages à l’étranger. Avec nostalgie et émotion, il nous relate certaines anecdotes.

 

Un lien de longue date

J’avais eu le mérite de m’occuper du Rav Its’hak ‘Haïkin zatsal, et je m’étais ainsi rapproché de son fils, Rav Elimélekh ‘Haïkin de Bné-Brak, qui me présenta au Rav Steinmann zatsal. Je commençai donc à prier au Nets chez lui. J’ai rencontré là-bas Yéhouda Porat, qui devint un bon ami. Il me présenta le cas médical d’une fille de 12 ans qui n’avait jamais marché à cause d’une malformation complexe. Je m’étais chargé de l’opérer et, Baroukh Hachem, au terme de plusieurs interventions, la jeune fille réussit à marcher ! Mr Porat m’avait demandé : « Comment pourrais-je vous rémunérer ? » Sachant qu’il organisait le voyage du Rav Steinmann zatsal, je lui avais répondu : « Je voudrais accompagner le Roch Yéchiva… ne serait-ce que pour lui porter sa valise ou lui préparer à manger ». A ma grande joie, sa réponse fut positive. Bien qu’officiellement, j’avais le titre de médecin du Rav, en réalité, « ce n’était pas moi qui m’occupais de lui mais … c’était le Rav qui s’occupait de moi ! »

 

Un petit flash sur ces voyages1

A 91 ans, avec l’énergie que n’a aucun jeune homme, le Gadol a parcouru 40 000 km en 10 jours ! Avec des nuits de deux heures, en passant d’un avion à l’autre, il ne s’arrêtait pas de prier ou d’étudier, sans se départir de sa joie, donnant conseils et réconfort, intercédant pour tous et partout. Arrivé à destination, il était accueilli par une foule en liesse qui chantait puis, tout à coup, le silence régnait pour l’entendre nous expliquer une chose simple, lumineuse et fondamentale: la grandeur des Néchamot des enfants juifs et la responsabilité de ceux qui les éduquent.

Les Juifs Français aussi, en 2002 et en 2012, méritèrent la visite de Rav Steinmann. Il avait expliqué avec force que la survie du peuple juif est fondamentalement liée à la survie des Yéchivot et à l’éducation dans la Torah, la sainteté et la pureté, dès le plus jeune âge. Ce Gadol se sentait responsable de ces précieuses Néchamot, de nos enfants, garants de notre éternité !

Au cours de ces voyages où nous posions pied dans différents pays, certains membres du groupe qui entouraient le Rav en profitaient pour faire du tourisme. Pour ma part, les merveilles du monde qu’il y avait à découvrir étaient concentrées chez ce géant, que je ne quittais pas. Lui vouant une profonde estime, j’étais en admiration constante devant lui, tel « un jeune enfant émerveillé devant son rêve qui se réalise » ! Chacune de ses attitudes et chacune de ses paroles constituaient un enrichissement spirituel indescriptible !

Une humilité rare !

A son retour de voyage, son épouse souhaitait voir des photos. Je lui avais alors préparé un album et le lui avait remis. Pendant qu’elle le feuilletait, entourée de ses petits-enfants, le Rav fit irruption dans la pièce, s’approcha de l’album et commença à parcourir les pages. Ne s’étant pas reconnu, il demanda : « Qui est cet homme ? » Lorsque ses proches lui répondirent, il leur fit signe de refermer l’album !

Cette humilité incroyable ne le quittait jamais. Rappelons que le ‘Hazon Ich lui vouait un profond respect. A cette époque, Rav Steinmann habitait Kfar Saba et vivait dans une extrême pauvreté. Il enseignait et, six mois durant, il n’avait perçu aucun salaire… Pour rendre visite au ‘Hazon Ich, il avait dû amasser centime par centime pour avoir de quoi payer un titre de transport. Arrivé chez le ‘Hazon Ich, ce dernier se leva devant lui pour l’accueillir et, avant de le quitter, il le raccompagna.

De retour chez lui, le Rav Steinmann en pleurait : « Ce Kavod m’a fait perdre mon Olam Habba !! » Il fuyait toute marque d’honneur qui, à ses yeux, était comparable à de la nourriture Taref !

Histoire plus récente : un jour, alors que nous étions 5 ou 6 à étudier avec lui avant le Nets, nous avions ouvert une Guémara sur laquelle était inscrite l’année 1950. Le Rav nous avait regardés d’un air désolé, et s’exclama : « Qu’ai-je fait pendant toutes ces années ?! »

 

« Grand » depuis sa jeunesse

Rav Steinmann intégra la Yéchiva Guédola à 12 ans et demi, alors que les autres élèves étaient, en général, bien plus âgés. Certains s’en étaient plaints auprès du Roch Yéchiva en lui disant : « Ce n’est pas un Gan ici ». De plus, ils avaient préparé une farce de mauvais goût en posant une poupée sur le lit du jeune garçon ! Curieux de sa réaction, ils allèrent le chercher le lendemain matin, mais ils le trouvèrent au Beth Hamidrach, de même le surlendemain… « Tu ne dors pas ? » avaient-ils fini par lui demander. Et le Rav de répondre : « Si, j’ai promis à mon père que je dormirai 3 heures et demie par nuit ».

L’histoire ne s’arrête pas là : 70 ans plus tard, l’un des auteurs de cette facétie, fit remarquer : « A cause de nos sottises, on aurait pu perdre le Gadol Hador si jamais notre farce avait été prise à cœur ! » Lorsqu’on demanda au Rav comment il avait réagi, il répondit qu’il ne s’en souvenait pas… mais qu’il se rappelait parfaitement du sujet étudié à cette époque ! Sa mémoire était phénoménale !

 

La force du Daat Torah

Le Rav Steinmann avait une sagesse qui couvrait tous les domaines : le monde des affaires, la médecine… Voici un exemple lié à mon parcours professionnel :

Un Professeur, reconnu mondialement pour être un expert de la chirurgie du genou, et auprès duquel j’avais été formé, me proposa de m’associer avec lui. Cette offre, fort prometteuse, était néanmoins soumise à une condition : il fallait que je retire barbe et Kippa… Pour la Kippa, j’aurais pu me couvrir la tête différemment… Quant à la barbe, il m’était inconcevable d’expliquer à mes enfants que j’ai dû la retirer pour mieux gagner ma vie ! L’offre fut relancée à maintes reprises pendant deux ou trois ans, mais je restais sur ma position. Un jour, l’anesthésiste juif de ce professeur m’interpella : «  Tu me parles souvent de ton Rabbin de Bné-Brak, est-ce que tu lui as posé la question ? Pourquoi n’irais-tu pas le consulter ?! » Sur ce, j’entrepris un voyage-éclair pour me rendre chez le Rav Steinmann, mais un rendez-vous avec les avocats avait déjà été fixé pour le jour même de mon retour… Une fois le problème exposé, le Rav Steinmann prit le temps d’y réfléchir et, au bout d’une quinzaine de minutes, il trancha : « Hagoy hazé lo chavé » (« Ce goy ne vaut pas le coup ! »).

A peine avais-je atterri, vers midi, que je contactais l’anesthésiste pour annuler le rendez-vous prévu pour 14 heures, en lui expliquant que je ne pourrai respecter les clauses du contrat…

Le lendemain matin, l’anesthésiste m’annonçait qu’il rompait son contrat avec ce professeur : un conflit avait subitement éclaté entre les deux. Et, deux jours plus tard, c’était au tour de la secrétaire de démissionner. Tous les deux avaient conclu : « ça ne vaut pas le coup de travailler avec lui ! »

J’avais pu être témoin du regard juste du Tsadik, de sa capacité à être un visionnaire !!

 

Une Providence divine incroyable !

Le 24 Kislev est le jour de la Hazkara de mon jeune frère. Chaque année, je voyage en Israël à cette date pour me recueillir sur sa tombe. Puis, je me redirige vers l’aéroport pour  retourner à Paris, dans la matinée, afin de célébrer en famille l’allumage de la première bougie de ‘Hanoucca. Cette année, alors que j’étais en route pour l’aéroport, je me trouvais en plein embouteillage à cause d’un accident de la route. Du coup, pour la première fois de ma vie, j’ai raté mon avion ! En attendant, j’avais entendu la terrible nouvelle du décès du Rav Steinmann zatsal, et j’ai pu assister à sa Lévaya. Ainsi, Hachem m’a accordé ce mérite d’accompagner le Gadol jusqu’à sa dernière demeure, en suivant ses funérailles depuis l’hôpital jusqu’à son enterrement !!

L’année dernière, jour pour jour, le Rav Steinmann était dans un état critique. Merci Hachem pour ce cadeau inestimable, de nous l’avoir laissé pour une année supplémentaire. Puisse- t-il, de Là-Haut, intervenir en faveur de tout le Am Israël !

  1. Extrait d’un film conçu par le Dr Hardy qui n’est pas à diffuser

 

Propos recueillis par Yokheved Levy

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