13 Tammuz 5781‎ | 23 juin 2021

Le CRIF, cible d’un nouveau slogan « rouge-brun »

Hassen Chalghoumi (L), Imam of the Drancy municipal mosque in Seine-Saint-Denis, and Francis Kalifat, President of the Representative Council of France's Jewish Associations (CRIF) arrive at Paris 11th district town hall, France, November 13, 2016, during a ceremony held for the victims of last year's Paris attacks which targeted the Bataclan concert hall as well as a series of bars and killed 130 people. REUTERS/Philippe Wojazer - LR1ECBD0X544Y

Chez les propalestiniens et dans les rangs de la gauche radicale, il est devenu banal d’exiger « la séparation » de l’organisation juive et de l’Etat. Un mot d’ordre délirant aux origines fascistes dangereusement modernisé…

 

Un nouveau mot d’ordre se généralise désormais dans les rangs de l’extrême gauche et des « amis de la Palestine » en France. Ce slogan, appelant à « la séparation du CRIF et de l’Etat », a été notamment martelé pendant les rassemblements protestataires du 9 décembre, après le discours de Donald Trump sur Jérusalem. Il a même été inscrit, ce jour-là, sur la banderole déployée Place de la République, dans la capitale, par l’association radicale EuroPalestine.

Le mot d’ordre en question n’est pas une création ex nihilo. Il a une histoire.

Le 6 février 1959, pour le vingt-cinquième anniversaire des émeutes antiparlementaires de février 1934, mythe fondateur de l’extrême-droite hexagonale, le leader nationaliste Pierre Sidos organisait un grand meeting parisien exigeant « la séparation de la synagogue et de l’Etat ». L’expression faisait référence à la loi de 1905, qui stipule que « la République ne reconnaît et ne subventionne aucun culte ». Elle laissait entendre que le gouvernement était prétendument soumis au pouvoir caché des Juifs.

Aujourd’hui, le CRIF cristallise cette vision complotiste des événements politiques et/ou diplomatiques. Le slogan « pour la séparation du CRIF et de l’Etat » date de 2012. Il s’est propagé peu à peu sur les réseaux sociaux, puis dans les manifestations anti-israéliennes de l’été 2014 (pendant la guerre contre le Hamas), mais sa banalisation est récente. Lors de la campagne pour les législatives du printemps 2017, le mouvement d’extrême-droite Civitas l’a popularisé dans ses rangs. Christophe Kantcheff, rédacteur en chef de la revue gauchiste Politis, a accusé la LICRA, à la même époque, de « distiller un soupçon infâme » parce que l’association antiraciste avait dénoncé le caractère antisémite du slogan.
Au centre du réquisitoire : le fameux dîner annuel de l’organisation juive qui réunit chaque hiver une bonne partie des dirigeants de ce pays. La soirée, simple démonstration d’amitié qui n’a guère d’incidence sur la conduite des affaires de la France et surtout pas du Quai d’Orsay, représente pourtant l’épine dorsale de « l’argumentaire » d’Anne Kling, une proche du propagandiste néo-nazi Alain Soral et auteure d’un brûlot intitulé « Le CRIF, un lobby au cœur de la République », paru en 2010.

En cette fin 2017, nul ne semble scandalisé chez les militants de La France insoumise ou du Parti communiste, quand l’appel à « la séparation du CRIF et de l’Etat » est lancé sur le pavé parisien par les propalestiniens. Le slogan est pourtant d’origine fasciste.

Sur le fond, il est d’autant plus délirant que l’institution visée n’a rien d’un lobby à l’américaine : elle dispose de moyens financiers et humains de plus en plus réduits, avec un nombre très faible de permanents, d’une audience limitée au sein des pouvoirs publics – et d’une influence souvent nulle, comme on l’a vu récemment, quand le CRIF a prêché dans le désert en demandant au président Emmanuel Macron d’emboîter le pas de Donald Trump et d’entériner le statut de Jérusalem, capitale d’Israël.

 

Axel Gantz