7 Kislev 5780‎ | 5 décembre 2019

Le drame des « Enfants d’Oslo » commémoré à Jérusalem

Ce mercredi 20 novembre, le Maire de Jérusalem Moché Léon, le président de l’Agence Juive Its’hak Hertzog et l’Ambassadeur de Norvège, participent à une cérémonie du souvenir qui sera placée sous la présidence d’honneur de Réouven Rivlin, la mémoire des Enfants d’Oslo qui ont péri il y a 70 ans près d’Oslo. La cérémonie se tiendra dans l’enceinte de la synagogue « Ohavei Tsion », de la communauté tunisienne du Dr et rav Eric Bellaïche, rehov Mekor ‘Haïm à Jérusalem. C’est la première fois que Jérusalem est au cœur des commémorations rappelant ainsi les difficultés des Alyot des Juifs de Tunisie et par extension de l’ensemble des Juifs d’Afrique du Nord.

Des jeunes envoyés vivre dans un Etat juif.

Vers la fin des années quarante, vivaient en Afrique du Nord environ 500 000 juifs, dont 120 000 en Tunisie. Depuis les années 30, l’Agence juive par le biais de l’Alyat Hanoar avait aidé les jeunes juifs d’Europe à s’installer en Israël, les sauvant au départ de l’assimilation qui les menaçait du fait des nombreux mariages mixtes, puis ensuite, de la Shoah. Après l’indépendance de l’Etat d’Israël, en 1948, elle a aidé les Juifs d’Afrique du Nord dont les familles étaient pauvres, à faire leur Alya et à fonder des familles pouvant pleinement vivre leur judaïsme dans l’Etat juif d’Israël. De 1948 à 1956, cette organisation a ainsi réussi à faire venir en Israël 80 000 personnes dont 25 000 de Tunisie. Malgré le protectorat français en Tunisie, la communauté musulmane voyait d’un mauvais œil ces émigrations qui devaient donc transiter souvent par Marseille. Il y a 70 ans, le dimanche 20 novembre 1949 (28 ‘Hechvan 5710), l’Alyat Hanoar avait affrété au départ de Tunis deux vols destinés exclusivement aux enfants juifs tunisiens. Il avait toutefois été décidé, qu’avant de partir en Israël, les enfants devaient être temporairement hébergés par la Norvège pour y passer une période de renforcement physique et de préparation à l’Alya. Plusieurs centaines de jeunes marocains avaient initié ce processus avec succès, avant ceux de Tunisie.

Le drame

Le premier appareil ayant décollé ce jourlà de Tunis est arrivé à bon port à Oslo. Mais, en raison de 3 facteurs cumulés – un équipage hollandais ne connaissant pas bien les lieux, des conditions météorologiques difficiles et des erreurs sur l’altitude des montagnes dans les cartes -, le second avion s’est écrasé le même jour vers 17h à Hurum, près d’Oslo. Trente-quatre personnes – 27 enfants sur 28, 4 membres d’équipages et 3 accompagnatrices – ont trouvé la mort dans ce terrible accident, dont des fratries de 2 à 4 enfants. Le frère de l’une des victimes, resté chez lui, a péri d’une crise cardiaque en apprenant le décès.
Un seul garçon de 11 ans, Its’hak Allal, a survécu à cette catastrophe et a été retrouvé après deux jours de recherches intensives. Sa mère, totalement désespérée, avait même failli se suicider. Les familles et Israël n’ont pu obtenir que la Tunisie autorise l’enterrement des corps en Israël et ce, malgré d’intenses négociations qui se sont poursuivies en vue d’un éventuel rapatriement. A l’époque, c’est le Grand Rabbin d’Israël Its’hak Herzog qui a conduit les pourparlers ; c’est son petit-fils Its’hak Hertzog qui préside aujourd’hui l’Agence Juive et dévoilera l’une des plaques lors de la cérémonie de commémoration des 70 ans du drame en la synagogue Ohavei Tsion à Jérusalem. …
Ces jeunes juifs tunisiens étaient tous originaires de Tunis, Sousse, Nabeul et Moknine. Ils ont été enterrés le 1er décembre 1949 dans leurs 4 villes d’origine au cours de quatre cérémonies particulièrement poignantes. Une journée de deuil national avait été décrété auquel les gouvernement français et tunisien s’étaient associés (le Bey ayant exprimé son émotion personnelle). Les organisations sionistes tunisiennes et des dizaines de milliers de gens, dont d’innombrables musulmans étaient également présents. Les 4 pilotes hollandais ont été enterrés aux Pays-Bas. Parmi les 3 accompagnatrices, l’envoyée israélienne de l’Agence Juive avait été la seule des 34 victimes à être enterrée en Israël. L’accompagnatrice norvégienne a été inhumée à Oslo et l’infirmière originaire de Tunis repose près des 3 victimes tunisiennes.

L’aide norvégienne

En proposant aux enfants tunisiens de faire escale sur son territoire avant de partir s’installer en Israël, la Norvège voulait réparer le terrible sort subi par les Juifs norvégiens durant la Shoah. Il faut souligner que le seul enfant ayant survécu à la catastrophe a bel et bien été pris en charge par le roi de la Norvège. Il a pu fonder une belle famille avec 6 enfants et de nombreux petits-enfants, mais est mort jeune à l’âge de 50 ans. Pour dédommager les victimes, le gouvernement norvégien a également financé la création du Mochav agricole Yanuv, situé à environ 12 km à l’est de Netanya. Cela, par le biais de la construction de 27 maisons comme le nombre d’enfants ayant péri. D’ailleurs, un tiers des survivants et de leurs descendants y vivent encore.

Jérusalem, enfin au cœur des commémorations

Chaque année, Israël commémore ce drame comme l’un des épisodes les plus douloureux de l’Alya des Juifs d’Afrique du Nord. Pour la Norvège, il s’agit là de la seconde plus grave catastrophe aérienne de son histoire. Tous les 10 ans, une cérémonie plus solennelle se tient. Ainsi, pour les 50 ans, le Premier ministre israélien avait assisté à un tel rassemblement en présence de Claude Sitbon, l’ancien conseiller de Teddy Kolek et expert de l’histoire du judaïsme tunisien. Pour les 60 ans à Yanuv, c’était Reouven Rivlin, qui était présent en tant que président de la Knesset et qui avait accueilli le Premier ministre norvégien. Des monuments à leur mémoire avaient été érigés un peu partout. L’existence d’une stèle au Cimetière juif de Tunis au Borgel est souvent citée mais semble très douteuse pour des spécialistes comme Bernard Allali. On peut citer Hurum en Norvège, Netanya, Yanuv, Netivot, Beer Sheva ; mais jusqu’à maintenant, pas Jérusalem. En novembre 2019, à l’occasion du 70e anniversaire de cette tragédie, ont lieu des cérémonies officielles en divers endroits du pays. La communauté Ohavei Tsion de Mekor Haïm, pilier du judaïsme d’Afrique du Nord et de Tunisie, a estimé qu’il était très important d’ériger une stèle à Jérusalem, capitale de l’Etat d’Israël pour en faire le centre des commémorations nationales, à l’occasion des 70 ans de l’événement. Elle y a travaillé durant 5 ans (par le biais du Docteur Rav Bellaïche fondateur, dirigeant et animateur de Ohavei Tsion et de Félix et Nicole Perez très impliqués dans l’Histoire des juifs tunisiens) en vue d’obtenir de la Mairie de Jérusalem l’autorisation de construire une stèle (obtenue in fine) et un financement (réalisé sur des fonds propres privés). Leur motivation est liée à la centralité de la Communauté pour le judaïsme tunisien ainsi qu’à leur implication dans son Histoire. Mais aussi au fait que l’imprimerie du journal de l’Agence Juive à l’époque, a imprimé le numéro sorti peu après le drame, et appartient depuis cent ans à la famille de Nicole Perez, celle-ci en détenant toujours un original. Nicole Perez, 70 ans après que son père ait imprimé ce journal, a imprimé sur verre ce Monument de Jérusalem ! La participation de hautes personnalités à cette cérémonie témoigne de l’importance que le judaïsme issu d’Afrique du Nord revêt pour elles. N’oublions pas que plus d’un million de juifs ayant des racines en Afrique du Nord, dont plus de 300 000 en Tunisie, vivent actuellement en Israël. Cette célébration revêt pour eux une importance particulière.
Que le souvenir de ces enfants innocents et de leurs accompagnateurs soit béni et s’inscrive dans l’Histoire du peuple d’Israël.

Felix Perez