24 Tishri 5780‎ | 23 octobre 2019

Le Chofar du roi Juan Carlos d’Espagne

En 2004, Juan Carlos, roi d’Espagne, invita l’ancien Grand Rabbin d’Israël, rav Yona Metzger chlita à assister à la commémoration du 800e anniversaire du décès du Rambam (Maïmonide). Médecin, philosophe, Talmudiste et décisionnaire hors du commun, cette sommité rabbinique était née à Cordoue (située dans le sud de l’Espagne).

Au cours de la cérémonie, Rav Metzger offrit au roi un Chofar magnifique. Particulièrement long et recourbé, il avait également été serti d’argent et garni de la couronne royale. Après l’avoir longuement examiné, le roi ne put retenir sa curiosité quant à son pays d’origine… De plus en plus perplexe, le roi demanda des explications relatives à l’usage d’une telle corne et le rav en profita pour lui rappeler un chapitre douloureux de l’histoire des Juifs d’Espagne.

Majesté ! Ce cadeau –unique en son genre– nous permet de clore définitivement la boucle de l’histoire. Il y a plus de 500 ans, l’âge d’or du judaïsme espagnol prit fin brutalement lorsque votre ancêtre, le roi Ferdinand et son épouse Isabelle, expulsèrent mes ancêtres, suite à l’incitation de l’Inquisiteur Torquemada. Les Juifs qui avaient tant contribué au développement de leur pays durent s’enfuir, en abandonnant tous les biens pour s’installer dans des pays plus hospitaliers. Néanmoins, certains Juifs préférèrent rester en Espagne et se convertirent au catholicisme tout en continuant à pratiquer secrètement la religion juive. A titre d’exemple, ils allumaient les bougies de chabbat dans un placard pour ne pas se faire remarquer. Les jours de fête, ces Marranes se rassemblaient discrètement dans des caves pour prier. D’ailleurs, notre prière de Kol Nidré qui introduit l’office du soir de Kippour, est attribuée à ces Marranes, qui annulaient ainsi leurs déclarations d’appartenance au catholicisme. Ils priaient avec ferveur mais d’une voix très basse afin de ne pas être repérés. Toutefois, pour Roch Hachana, ils étaient confrontés à un dilemme. Effectivement, la prière pouvait être chuchotée sans attirer l’attention des voisins. Mais le Chofar… comment le faire sonner silencieusement ?!

Un chef d’orchestre juif trouva alors une solution originale. Il proposa au roi d’organiser un concert gratuit pour présenter divers instruments à vent, issus de pays divers et de différentes époques. Le roi, passionné de musique, fut enchanté de sa proposition. Le chef d’orchestre fixa une certaine date qui, bien entendu, s’avérait être Roch Hachana. Le roi, la reine, les ministres et les courtisans s’installèrent au premier rang et le reste des auditeurs, dont les Marranes, prirent place à l’arrière. Les musiciens présentèrent leurs nombreux instruments, de la flûte du berger à la trompette du soldat. Puis, à un moment donné, le chef d’orchestre lui-même proposa de sonner dans une corne de bélier, qu’il présenta comme étant le plus ancien instrument à vent. Au moment où le chef d’orchestre le porta à sa bouche, les Marranes murmuraient les deux bénédictions à réciter avant les sonneries du Chofar. Ainsi, les Juifs avaient réussi à s’acquitter de la Mitsva du Chofar. Le Rav continua. Aujourd’hui, nous nous rencontrons 500 ans plus tard, dans des circonstances bien plus amicales. En tant que Grand Rabbin d’Israël, je suis heureux de revenir en Espagne et je vous remercie au nom de mon peuple car les Juifs jouissent d’une totale liberté de culte. Aujourd’hui, que D.ieu soit loué, je peux vous offrir ce Chofar sans me cacher. » Le Rav bénit le roi qui, saisi d’émotion, avait les larmes aux yeux. Le roi ne manqua pas de signaler qu’il avait reçu de nombreux cadeaux et trophées des quatre coins du monde mais que celui-ci était porteur d’une signification historique particulière !

Source: Chabad.org – Yokheved Levy