13 Tammuz 5780‎ | 5 juillet 2020

La lumiere éternelle

S. Malka

2 ans déjà que notre Maître Rav Steinmann nous a quittés, et jamais, il n’a été aussi présent. Son enseignement s’enracine peu à peu en nous, sa lumière se propage sans connaître de limites. C’est ainsi qu’il est écrit : Les Tsadikim ne sont que plus vivants après leur mort. Nous pouvons déjà observer avec un (court) recul un cachet spécial qui caractérise ses disciples, et tous ceux qui se voient comme ses élèves, une attitude que tous ceux qui l’ont connu de près ou de loin lui attribuent et cherchent humblement à imiter : le renoncement. De son vivant, il appelait à fuir les querelles, céder aux autres, poursuivre la paix et l’harmonie. On vous a insulté ou humilié ? Il disait toujours : « les humiliations, c’est bien, c’est bien, cela expie les fautes, et qui n’a pas de fautes ? Nous avons tous besoin d’expier nos fautes. » A ceux qui lui demandaient une Brakha, un conseil pour la paix dans le couple, il disait : « baisse la tête, avale, accepte, le plus important est que règne la paix, le Chalom… » Ce point vaut la peine d’être mis en lumière, en ces jours de ‘Hanouka où nous célébrons la victoire de l’esprit face à la matière, et à notre époque où la culture helléniste, bien qu’antique, est maîtresse de nos faits et gestes. Notre quotidien est dicté par le devoir de réussir, d’acquérir, d’arriver au sommet, au top, d’amasser encore et encore. Où est la place des valeurs morales, en l’occurrence, le renoncement, dans cet emploi du t e m p s surchargé ? Et si celui là même freine l’avancée vers la réussite matérielle , sera-t-il toujours p e r ç u com me u n e v a le u r noble ou au contraire comme une faiblesse, une incapacité ? Notre société invite chacun à s’affirmer, s’imposer, pour exister, s’épanouir. Le « moi » doit être au centre de la vie. Où sont les autres dans tout cela ? Qui précède ? Moi ou les autres? Ma réussite matérielle ou ma réussite spirituelle ? Des questions qui trouvent des réponses claires dans les parachiot que nous lisons en ce moment. Plus précisément, un duo de sœurs exceptionnel nous donne une leçon de vie sur le prix et surtout la valeur infinie du renoncement. Au début de l’histoire, Rahel, promise à Yaacov, cède sa place à sa sœur Léa : le jour de son mariage, elle accepte l’échange et transmet à sa sœur les signes de reconnaissance que lui a v a i t donnés son fiancé afin que celle-ci ne soit pas humiliée, pour ne pas la blesser. De ce renoncement, il s’avère plus tard qu’elle gagne d’être, malgré sa stérilité, une des matriarches. Mais l’histoire ne s’arrête pas là : lorsque Léa est enceinte pour la septième fois, elle supplie l’Eternel que l’enfant qu’elle porte soit… une fille ! Ainsi, Ra’hel sa sœur pourra avoir 2 enfants, deux tribus d’Israël, et pas moins qu’une des servantes qui en avaient déjà chacune, deux. Elle renonce à une tribu d’Israël (dont nous ne connaissons pas l’immense valeur) pour que sa sœur Rahel ne soit pas humiliée, blessée. La suite, nous la connaissons : Dina, la fille en question de Léa, est enlevée par Chekhem Ben ‘Hamor et donne naissance à nouveau à une fille qu’elle nomme Osnat. Celle-ci sera élevée par Potifar, l’intendant de Pharaon en Egypte et épousera nul autre que… Yossef, le fils de Rahel ! Le destin des deux sœurs se réunit : Osnat et Yossef ont deux fils : Ephraïm et Menaché qui seront reconnus plus tard par Yaacov comme deux tribus distinctes d’Israël. Si Léa pensait avoir renoncé à une tribu… Voilà une bonne matière à réflexion… Notre vision est par définition courte, étroite, limitée, car matérielle. Mais ceux qui s’élèvent au-dessus de la matière, qui s’attachent aux valeurs éternelles, aux valeurs morales, aux valeurs spirituelles ; eux voient loin. Voilà la force de nos Patriarches, nos prophètes, nos Grands Maîtres : Ils s’attachent à la lumière éternelle et voient le bien véritable, celui qui nous profite vraiment. Suivons leurs traces, perpétuons l’enseignement de notre Maître Rav Steinmann, renonçons, pour le bien des autres, pour notre bien à nous, pour notre réel épanouissement, notre « moi » éternel.