17 Kislev 5780‎ | 15 décembre 2019

Comment la classe politique se dirige irrémédiablement vers de nouvelles élections…

Tout est toujours possible dans la classe politique israëlienne. Y compris l’improbable. Mais les jours s’égrènent et le sentiment général est que l’Etat d’Israël va se retrouver dans moins de 3 mois à nouveau devant les urnes avec l’intime conviction que ce 3e scrutin en moins d’un an ne changera rien à la donne politique. Les Israéliens assistent effarés aux semblants de tractations, aux démonstrations stupéfiantes d’ego de leurs leaders politiques toutes tendances confondues. Et se demandent quand ils se réveilleront de ce cauchemar… Analyse.

Il ne faut pas être un génie pour comprendre que de nouvelles élections législatives, les troisièmes en un an, sont une véritable catastrophe politique, économique, sociale, et sécuritaire pour le pays. Pourtant force est de constater qu’en dépit de tout bon sens, l’ensemble de la classe politique israélienne s’y dirige, les yeux grands ouverts, comme le Titanic se dirigeait incrédule et en musique vers l’iceberg qui allait le détruire… ! Incroyable mais vrai : deux mois et demi après les dernières élections, les différents camps politiques (Likoud, BleuBlanc et Liberman) campent sur leurs positions initiales : pas la moindre concession, pas le moindre geste sérieux afin d’éviter le pire : tous semblent se complaire dans cet immense bras de fer politique sans vainqueur possible mais avec pour grand perdant, l’Etat d’Israël. Quant à la population israélienne, elle s’interroge avec l’étrange sentiment que ses élus se moquent d’elle et l’entraînent, insouciants, au bord du gouffre. L’impasse actuelle est telle, qu’en milieu de semaine, on se préoccupait plus à la Knesset d’envisager une réduction de la période de 3 mois prévue par la Loi entre la dissolution du Parlement et la tenue d’élections anticipées, que de tenter envers et contre tout de former un gouvernement quelconque qui puisse éviter au pays un nouveau scrutin électoral. De facto, en quelques jours, les deux principales options à l’ordre du jour se sont dramatiquement évaporées. La première, celle d’un candidat miracle capable de rassembler autour de son nom 61 signatures sur la voie d’un gouvernement restreint, a semblé soudain à portée de main, samedi soir, lorsqu’Avigdor Liberman, a annoncé que ses députés et lui-même allaient signer à la fois en faveur de Nétanyaou et de Gantz ! Un rapide calcul a permis d’établir que dans ce cas de figure, les deux chefs de file du Likoud et de Bleu-Blanc pouvaient disposer des 61 signatures suffisantes pour recevoir, à nouveau, un mandat du président Rivlin. On s’est très vite imaginé leurs représentants recueillant ces 61 signatures et foncer à toute vitesse vers la Présidence, comme s’il s’agissait d’une chasse au trésor, pour être les premiers à remettre le précieux document à Réouven Rivlin. Le conseiller juridique de la Knesset qui lui aussi tâtonne juridiquement face à ces situations inédites, s’est alors empressé de publier une clarification obligeant le président Rivlin à sommer les députés ayant signé par deux fois de choisir un seul et unique candidat. Un choix qui n’est plus dans les habitudes de Liberman, très fier de son statut d’arbitre suprême… Immédiatement après, la tension est retombée comme un soufflé et Liberman a marmonné dans sa barbe qu’il n’avait jamais eu l’intention de signer pour deux candidats… Une fois l’option d’un gouvernement restreint (définitivement ?) écartée, il restait encore à tenter d’explorer celle d’un gouvernement d’union nationale. C’est le président de la Knesset, Youli Edelstein, bien silencieux depuis l’inculpation de Nétanyaou qui s’est mis à jouer les médiateurs pas tout à fait impartiaux. Il a rencontré les dirigeants de la plupart des formations politiques pour connaître leur position réactualisée. Mais un mini-scoop d’Amit Segal de la chaîne 1 permis de révéler que derrière ses airs consensuels, Edelstein avait envisagé de rassembler autour de son nom, et pas de celui de Nétanyaou, les 61 signatures… prouvant ainsi que Gidéon Saar n’était plus le seul maillon faible au Likoud contre Binyamin Nétanyaou et que l’idée d’un putsch faisait son bonhomme de chemin au Likoud. Finalement, le grand parti de Droite a fait, à Bleu-Blanc, une proposition qu’il a jugée subjectivement alléchante mais qui repose sur une certaine logique : dans la mesure où Nétanyaou restera quoi qu’il advienne Premier ministre durant les 5 prochains mois, en cas de dissolution de la Knesset et d’élections anticipées, le Likoud a proposé de le maintenir au pouvoir, non plus pendant un an, mais pendant cette même durée de 5 mois. Ensuite, il se mettrait en vacances du pouvoir pour gérer son procès et Benny Gantz deviendrait Premier ministre pour deux ans, avant que Nétanyaou ou un autre candidat du Likoud ne revienne aux commandes durant la dernière année. Mais à Bleu-blanc on ne s’est pas laissé séduire par cette démarche. Et ce pour deux raisons essentielles : la première est que les dirigeants du cockpit ne font pas confiance à Binyamin Nétanyaou. Ils sont persuadés que lorsqu’il sera Premier ministre d’un gouvernement d’union, il entreprendra des manœuvres politiques dont lui seul a le secret et qui lui permettront de rester au pouvoir bien plus longtemps que prévu. Seconde rai
son principale : Benny Gantz hésite. Il ne fait aucun doute que le leader du grand parti centriste est l’objet de pressions intenses de la part de Yaïr Lapid et de Moché Yaalon qui se refusent formellement à siéger dans un gouvernement conduit par Nétanyaou, surtout après son inculpation. Si cela ne tenait qu’à lui, Benny Gantz aurait sans doute accepté la proposition du Likoud. Peut-être en l’assortissant de garanties sérieuses de la part des partis orthodoxes. Mais Lapid, lui, redoute qu’une rotation entre Nétanyaou et Gantz ne se fasse à son détriment. Et donc il s’efforce de la torpiller. Tant que Gantz ne tapera pas du poing sur la table à ce propos, quitte à provoquer une brèche dans le front Bleu-Blanc, l’option d’un gouvernement d’union nationale restera un vœu pieux. Voilà donc pourquoi l’impasse actuelle est si profonde. Voilà donc pourquoi les Israéliens s’arrachent les cheveux lorsqu’ils voient les jours passer sans qu’aucune issue sérieuse ne leur soit proposée. Voilà pourquoi de si nombreux Israéliens ont le sentiment de vivre un cauchemar dont ils ne parviennent pas à se réveiller. Voilà pourquoi un pays entier, pris en otage par ses dirigeants, se dirige saoul de fatigue et de colère, vers une nouvelle échéance électorale qui, de l’avis général aura des conséquences dramatiques pour l’Etat d’Israël.
Daniel Haïk

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