17 Kislev 5780‎ | 15 décembre 2019

« Binyamin Nétanyaou est peiné par son inculpation, mais il reste déterminé à servir son pays »

Au cours des derniers jours, le député (UDI) Meyer Habib s’est entretenu plusieurs fois par téléphone avec son ami Binyamin Nétanyaou. Il confie à Haguesher ses sentiments.

Haguesher : Meyer Habib, vous avez parlé à plusieurs reprises avec Binyamin Nétanyaou de l’annonce de son inculpation, quel est son état d’esprit ?

Meyer Habib : Evidemment, je l’ai senti peiné. C’est un homme, mais un homme d’Etat. Il est fort, déterminé à continuer de servir son pays et prouver son innocence. Et il a droit à la présomption d’innocence ! Proche du Premier ministre israélien depuis 30 ans, je peux témoigner de sa rectitude morale. Ce n’est pas un homme corrompu. Binyamin Nétanyaou a littéralement consacré sa vie à l’Etat Israël et au peuple juif. Son bilan est unique et exceptionnel. Jamais le pays n’a été aussi fort, que ce soit sur le plan militaire, économique, technologique ou diplomatique. Le chômage est au niveau le plus bas. Nétanyaou a fait d’Israël une puissance mondiale et consolidé ses fondamentaux. Qui aurait pu imaginer il y a encore quelques années que Jérusalem, capitale éternelle d’Israël et du peuple juif, mais aussi le Golan seraient enfin reconnus par les Etats-Unis, première puissance mondiale, et une liste de plus en plus longue d’Etats comme le Brésil, l’Australie, la Hongrie etc. Jamais on n’a construit autant de nouveaux logements dans les implantations de Judée Samarie et Nétanyaou s’est engagé à ce qu’aucune localité juive ne soit démantelée et à annexer la Vallée du Jourdain. Vice-président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, je peux vous assurer que le monde entier envie à Israël son Premier ministre. En juillet dernier, j’ai mené en Israël une délégation d’une trentaine de parlementaires français de tous bords. Ils ont été très impressionnés par son envergure intellectuelle et sa vision politique.

Haguesher : Avez-vous comme lui le sentiment qu’il est victime d’une injustice et d’un putsch de la part des juristes du Parquet, comme il le prétend ?

Meyer Habib : Il ne m’appartient pas de commenter le fonctionnement de la justice pénale en Israël. Mais comme beaucoup, je dois avouer que certains éléments jettent le trouble. Je note qu’une autorité comme Alan Dershowitz, Professeur de droit à l’Université de Harvard, n’a pas hésité à parler de « coup d’Etat judiciaire ». Requalifier la recherche d’une couverture médiatique favorable en pot-de-vin, c’est du jamais vu dans une démocratie et marque un précédent inquiétant. Peut-on sérieusement considérer que quelques bouteilles de champagne ou des cigares constituent des charges sérieuses justifiant la mise en cause d’un Premier ministre ? Je ne pense pas. Quand on parle de corruption, on parle d’enrichissement personnel ! Et vous vous doutez bien que Nétanyaou pourrait gagner des fortunes dans le secteur privé. Mais sa vocation exclusive, c’est Eretz Israël !

Haguesher : Ne pensez-vous pas que les tensions internes qui se révèlent au sein de la direction du Likoud risquent de faire perdre le pouvoir à la droite en cas de nouvelles élections ?

Meyer Habib : Ces tensions internes sont attisées par les médias. Dans la vie politique israélienne, le Likoud est – contrairement à Bleu-Blanc, Yesh Atid etc. – un mouvement authentiquement démocratique et pluraliste, qui organise des primaires pour designer sa tête de liste et l’ordre des colistiers. Si nouvelles élections il y a, une consultation aura lieu et je ne doute pas que Binyamin Nétanyaou arrivera largement en tête. Dans ce contexte, je regrette certaines déclarations récentes de Gideon Saar, qui est par ailleurs un ami. La priorité doit être de préserver l’unité du camp national et ne pas faire le jeu de la gauche. La loyauté est une vertu essentielle en politique. Il ne faut pas confondre ambition et impatience.

Haguesher : Qu’est-ce qui motive encore Binyamin Nétanyaou ? Cela fait plus de 13 ans qu’il est Premier ministre, un record dans l’histoire d’Israël. Il a fait d’Israël une puissance régionale dans de nombreux domaines. Pourquoi ne se retiret-il pas ?

Meyer Habib : Seuls les Israéliens sont légitimes à y répondre et je crois qu’à l’avenir les électeurs devraient pouvoir glisser deux bulletins différents dans l’urne : l’un pour une liste, l’autre pour un candidat au poste de Premier ministre. Binyamin Nétanyaou n’a pas encore terminé sa mission. Il était ouvert à un gouvernement d’union nationale mais pas au prix de trahir ses alliés des partis orthodoxes ni de renoncer au caractère juif de l’Etat, que certains voudraient rendre laïc ! Les valeurs du judaïsme constituent le socle spirituel et existentiel d’Israël. Ces dernières années, Nétanyaou a multiplié les succès diplomatiques et aujourd’hui plus que jamais, Israël a besoin d’un dirigeant fort et expérimenté. Quelles que puissent être les qualités des uns et des autres, lui seul possède les ressources pour affronter les grands défis auxquels le pays est
confronté, à commencer par la menace iranienne. Quand on voit la férocité dont est capable le régime islamiste de Téhéran avec son propre peuple, on peut imaginer la catastrophe d’un Iran nucléaire non seulement pour Israël mais pour le monde libre. Tandis qu’à Paris nous persistons à dérouler le tapis rouge aux Mollahs, Nétanyaou est le seul véritable rempart.

PROPOS RECUEILLIS PAR DANIEL HAÏK

EN FRANCE, Meyer Habib lutte contre ses détracteurs

– Dans un tout autre domaine, vous êtes constamment la cible d’insultes et menaces sur les réseaux et avez décidé que vous alliez systématiquement poursuivre les auteurs. Pourquoi une telle décision ?

– Non seulement les attaquer en justice mais aussi rendre publics leurs portraits. La peur doit changer de camp. Il existe des lois, qu’elles soient appliquées ! Rien que sur les 15 derniers jours, j’ai dû signaler au Procureur de la République un faux compte Twitter intitulé « Meyer HABIB hate account » et porter plainte contre quatre individus… Je suis résilient mais ma famille est forcément affectée et, surtout, je suis inquiet pour la France. Comment peut-on accepter qu’en 2019, un Français, à plus forte raison un député, subisse un tel tsunami de haine au seul motif qu’il est juif et ami d’Israël et ce, dans une certaine indifférence ? Mais je vous rassure, cette haine n’entame en rien ma détermination. Au contraire ! J’en profite d’ailleurs pour remercier tous ceux, très nombreux, qui m’ont adressé ces derniers jours des messages de soutien qui me vont droit au cœur.

– Pensez-vous qu’il y a une négligence, délibérée ou non, à ce propos de la part des institutions de la République ?

-Sans parler de négligence, je dénonce un certain aveuglement. On dirait que certains trouvent la situation normale alors qu’une prise de conscience s’impose en urgence. Je rappelle que la haine d’Israël a tué en France. En juillet dernier, le gouvernement et sa majorité ont refusé d’inclure la haine d’Israël dans les contenus haineux sur Internet réprimés par la loi Avia. De même, à ce jour, le groupe LREM s’est montré incapable d’adopter une résolution minimaliste considérant la négation du droit d’existence d’Israël comme une des formes modernes de l’antisémitisme. J’espère que l’Assemblée y parviendra dans les semaines à venir.