16 Kislev 5780‎ | 14 décembre 2019

L’élimination de l’archi-terroriste du Djihad n’a rien à voir avec la crise politique en Israël

Mardi matin les habitants de Sdérot mais aussi d’Ashdod, d’Ashkelon et même de Rishon se sont réveillés au son strident de l’alerte rouge déclenchée à la suite de tirs de missiles du Djihad Islamique qui entendait ainsi venger l’élimination quelques heures auparavant du leader de sa branche armée à Gaza, Baha Abou El Ata. C’est l’échelon militaire avec à sa tête le chef d’étatmajor Aviv Kohavi et à ses côtés le chef du Shin Bet Nadav Argaman qui a pris la décision de mettre fin si brusquement aux jours de Abou El Ata et pas une hypothétique manœuvre politique du Premier ministre…

Omer Bar Lev est un ancien officier supérieur de Tsahal qui a commandé entre 1984 et 1987, l’unité d’élite des Commandos Matkal. C’est dire s’il possède donc une solide expérience en matière d’opérations top secret au-delà des lignes ennemies. Et pourtant cette riche expérience ne l’a pas empêché, ce douloureux mardi à 7 heures du matin, alors que les missiles palestiniens pleuvaient sur le sud élargi du pays, d’accuser Binyamin Nétanyaou d’avoir provoqué l’opération d’élimination de l’archi-terroriste du Djihad Baha Abou El Ata pour de viles motivations politiques « afin de torpiller la formation par Benny Gantz d’un gouvernement minoritaire restreint ». Visiblement, Omer Bar Lev n’est plus aussi bien informé que par le passé ! Si seulement il avait patienté quelques heures, il aurait compris que c’est le chef d’état-major de Tsahal le général Aviv Kohavi qui a décidé d’éliminer Abou El Ata et que ce sont les services de Renseignements du Shin Beth et de l’armée, qui grâce à de véritables prouesses personnelles et technologiques ont réussi à retrouver la trace de ce « général du Djihad » qui se savait dans le collimateur d’Israël et par conséquent dormait chaque nuit dans un autre endroit. Dans une conférence de presse conjointe donnée le même jour à midi par le Premier ministre, le chef du Shin Bet Nadav Argaman et le chef d’état-major Aviv Kohavi, il a été dit et répété par l’échelon sécuritaire que ce responsable militaire du Djihad à Gaza était devenu une bombe à retardement qu’il fallait absolument désamorcer au plus vite. Nadav Argaman a été très clair : « la constellation s’est présentée parfaitement pour permettre cette élimination. Il fallait agir maintenant et c’est ce que nous avons fait » a-t-il précisé dans l’espoir de persuader l’opposition politique que ni lui ni le général Aviv Kohavi n’avaient été
manipulés par un Premier ministre « qui ferait tout pour sauver sa peau », comme l’ont prétendu avec une dose importante de cynisme certains des ennemis les plus farouches de Mr Nétanyaou.

Kohavi et Argaman ont expliqué à quel point Abou El Ata était un personnage dangereux. Ils ont souligné qu’il était responsable direct de nombreux attentats et de nombreuses tentatives d’attentats contre des cibles israéliennes, et de la multiplication des tirs de missiles de Gaza vers Israël. Ils ont indiqué que le terroriste était en passe de planifier de nouvelles opérations subversives et qu’il fallait, précisément maintenant, l’empêcher de nuire. Enfin, ils ont précisé que les larmes versées par le Hamas à l’annonce de l’élimination dans la nuit de lundi à mardi dernier d’Abou el Ata étaient surtout des larmes de crocodile dans la mesure où ce dernier était devenu durant la dernière année la bête noire du Mouvement terroriste palestinien parce qu’il agissait en électron libre, recevait ses ordres d’Iran, et faisait tout pour torpiller les accords d’apaisement conclus entre Israël et le Hamas.

Nétanyaou est peut-être, pour certains, responsable de tous les maux du pays. Mais là impossible de lui imputer le moindre calcul politique tant la détermination de l’échelon militaire à mener à bien cette élimination ciblée, était dans le cas précis, forte et puissante. Quant à Naftali Benett, nouveau ministre de la Défense, il ne peut pas vraiment récupérer le crédit d’une opération militaire comme il les affectionne puisqu’il n’a pris officiellement ses fonctions au 14e étage de la Kiria, siège du ministère de la Défense, que quelques heures à peine après que cette opération «chirurgicale » contre ce « général » du Djihad ait été menée à bien. Certes il a été tenu au courant de l’imminence de l’opération mais ce n’est pas lui qui l’a validée en premier, mais plutôt Binyamin Nétanyaou. Mais ce n’est pas le plus important : l’élimination de Abou El Ata par Israël marque sans conteste un tournant dans les relations douloureuses entre l’Etat hébreu et la bande de Gaza. En effet jusqu’à présent les autorités israéliennes avaient l’habitude de faire endosser au Hamas la responsabilité de ce qui se passait dans cette zone à risques. Cette opération indique que pour la première fois de manière ouverte, l’état-major israélien considère que c’est le Djihad Islamique, et non plus le Hamas, qui donne le ton dans la Bande de Gaza. Comme le dit et le répète à qui veut l’entendre depuis un an, le colonel de réserve Meir Dahan, c’est le Djihad et non le Hamas qui est à l’origine des derniers rounds de confrontation militaire. C’est le Djihad qui, depuis plus d’un an, fait grimper ou redescendre la tension et qui fait fi des mises en garde d’Israël et de l’Egypte. Et si le Djihad agit de la sorte c’est avant tout à la demande express des Iraniens qui souvent ont l’impression de perdre pied dans le Nord (en Syrie surtout) et aspirent à ce que leur bras avancé djihadiste sème le trouble et le désarroi dans le sud d’Israël. Tournant également sur le plan sécuritaire avec le retour inattendu des éliminations ciblées qui de l’avis général, ont un impact dissuasif considérable. Est-ce que cela signifie pour autant que l’actuel round de confrontation sera long ? Pas obligatoirement. Dans son communiqué de mardi midi, le chef d’état-major Aviv Kohavi a fait savoir sans la moindre équivoque qu’Israël ne souhaitait pas de dégradation de la violence. Un message essentiellement adressé au Hamas dans l’espoir que le mouvement terroriste palestinien se tiendra sagement à l’écart de son très turbulent rival dans la Bande de Gaza. Et il ne fait aucun doute que des messages en ce sens ont été envoyés par Israël via l’Egypte au Hamas.

Enfin, la dégradation de la situation dans le Sud pourrait favoriser une sortie de crise politique. En effet, Benny Gantz a salué cette opération et contrairement à d’autres, ne l’a pas considéré comme une démarche intéressée de la part de Nétanyaou. Cette attitude conciliante pourrait être le prélude à un rapprochement indispensable entre les deux leaders et les ramener plus sérieusement vers la table des négociations afin qu’au bout du compte, un gouvernement d’urgence nationale qui soit capable de faire face aux défis sécuritaires, puisse voir le jour.

DANIEL HAÏK