16 Kislev 5780‎ | 14 décembre 2019

Gouvernement d’union ou gouvernement minoritaire ? Réponse dans la semaine !

A une semaine de la fin de son mandat, Benny Gantz n’est toujours pas parvenu à former un gouvernement. Mais Nétanyaou nomme Benett à la Défense. Liberman lance un ultimatum qui pourrait le conduire à siéger dans un gouvernement aux côtés des Arabes. Et Gantz se déclare prêt à adhérer à la solution proposée il y a un mois et demi par le Président Rivlin. Quant à l’option de troisièmes élections, elle n’est toujours pas écartée… Analyse d’une situation politique complexe qui pourrait peut être se dénouer « grâce » à la tension sécuritaire extrême dans le Sud du Pays.

La nomination surprise de Benett à la Défense

Dans son analyse parue vendredi dernier dans le Maariv, le commentateur politique du consortium Kan, Yoav Krakovsky écrivait : « Benett n’est pas un idiot. Il refusera d’être nommé ministre dans le gouvernement d’un Nétanyaou à l’avenir politique incertain. » Quelques heures après cette estimation, Benett acceptait la proposition alléchante de Nétanyaou de s’installer dans le fauteuil du ministre de la Défense au 14e étage de la Kiria à Tel Aviv. Cette erreur d’appréciation d’un expert tel que Krakovski reflète d’abord le désarroi des analystes politiques face à l’imbroglio politique actuel. Mais ce développement prouve surtout à quel point Binyamin Nétanyaou redoute de voir son « Bloc des 55 » s’effriter. En effet, le Premier ministre a compris, la semaine dernière, que les trois députés de la Nouvelle Droite (Benett, Shaked et Matan Kahana) étaient le maillon faible de ce bloc. Il a remarqué comment Gantz et certains de ses députés « nationalistes », tels que Yoaz Endel, dialoguaient avec Benett et comment ils tentaient de le séduire. Pour éviter une désertion de Benett, qui n’en serait pas à sa première, Binyamin Nétanyaou s’est montré prêt à lui accorder la « moitié de son royaume », à savoir le ministère de la Défense. Benett qui a une fâcheuse tendance à réagir impulsivement, s’est laissé tenter par ce qui est depuis plusieurs années son aspiration politique suprême. Mais pour goûter à ce savoureux plaisir, l’ancien ministre de l’Education a dû s’engager à démissionner si Nétanyaou devait former un gouvernement d’union ou même un gouvernement restreint. De facto, il a accepté le poste dans l’espoir que l’on aille vers de nouvelles élections ce qui lui per
mettrait de rester à la Défense Nationale pendant 6 mois, le temps de s’imposer et de montrer son aptitude. D’ailleurs, les développements sécuritaires de ce mardi peuvent déjà le conforter dans cette démarche politique risquée, puisque le voilà désormais au cœur de l’action sécuritaire qu’il a si souvent critiquée mais qu’en tant qu’ancien officier des commandos d’élite Matkal, il affectionne si particulièrement. Cependant, si la crise dans le Sud trouve une rapide solution d’apaisement, et que l’option d’un gouvernement d’urgence nationale se concrétise, alors il ne fait aucun doute que Benett devra très vite céder sa place à Benny Gantz ou à l’un des deux autres chefs d’état-major de Bleu-Blanc, Yaalon ou Ashkénazi. Dans un tel cas de figure, cette nomination se transformerait pour lui en une très mauvaise plaisanterie.

L’ultimatum de Liberman

Le leader d’Israël Beiténou a constaté la semaine dernière que son exigence de former un gouvernement d’union « libéral » risquait de s’estomper et il a compris avec effroi que l’on se dirigeait vers de nouvelles élections qui pourraient lui être fatales. Il a donc choisi d’annoncer, samedi soir, que si un tel gouvernement ne voyait pas le jour alors son parti rejoindrait le gouvernement restreint de celui qui de Nétanyaou ou de Gantz accepterait de renoncer à son exigence principale : pour Nétanyaou, le bloc de droite-orthodoxe. Pour Gantz, le refus de siéger aux côtés de Nétanyaou selon la proposition de règlement proposée par le Président Rivlin. Cette démarche a permis au leader d’Israël Beiténou de reprendre la main et de se présenter en faiseur de roi non seulement dans le cadre d’un gouvernement d’union nationale mais également dans le cas d’un gouvernement minoritaire mais elle pourrait l’obliger dans cette dernière option à siéger dans une même coalition, aux côtés des députés arabes, ce qui pourrait profondément décevoir son électorat. Mais ce n’est pas tout : même dans l’hypothèse où un gouvernement d’union voit le jour, Liberman sera obligé de renoncer tôt ou tard à son caractère « libéral » et il risque bien de se retrouver cette fois à siéger aux côtés de ses anciens alliés orthodoxes devenus ses plus farouches adversaires politiques. Est ce que le jeu en vaut la chandelle pour le patron d’Israël Beiténou. On devrait le savoir très vite.

Quelles options prioritaires pour résoudre la crise politique ?

La situation explosive dans le sud du pays a paralysé, durant la journée de mardi, l’échiquier politique et retardé certaines rencontres cruciales prévues ce jour-là. Mais elle pourrait aussi servir de tremplin au règlement de la crise qui secoue l’Etat d’Israël depuis maintenant plus d’un an (la démission de Liberman est intervenue le 13 novembre 2018 !). Il convient toutefois de rester prudent tant cette situation est volatile. Ainsi, dimanche, les observateurs estimaient que l’ultimatum de Liberman allait conduire Gantz à accepter l’idée du règlement du Président Rivlin. Mais que les obstacles seraient trop nombreux pour permettre la formation d’un gouvernement d’union. De telle sorte que Liberman se serait retrouvé dans une posture délicate de soutien à un gouvernement de centre-gauche, épaulé de l’extérieur par les 13 députés des partis arabes. Mais le lendemain, Benny Gantz qui jusque-là refusait de siéger aux côtés de Nétanyaou, a brusquement changé son fusil d’épaule et a déclaré que contrairement à l’impression donnée la veille, il n’était pas du tout opposé au plan Rivlin qui prévoit donc de confier en premier le poste de Premier ministre à Nétanyaou. Seule divergence, mais importante : Benny Gantz a affirmé qu’il n’accepterait de figurer dans un gouvernement conduit par Nétanyaou que tant que ce dernier n’aura pas été inculpé officiellement par le Conseiller juridique du gouvernement Mendelblit. Or la décision du conseiller est attendue pour la fin du mois de novembre, peut-être même avant. Ce qui ferait de Nétanyaou un Premier ministre très « passager ». C’est pourquoi dans l’entourage de Mr Nétanyaou, on exige que sa mise en vacances juridiques n’intervienne pas avant la phase des plaidoyers dans l’éventuel procès qui sera ouvert contre lui. Une phase considérée par les juristes comme relativement avancée dans le temps. Et l’on propose donc un compromis selon lequel Mr Nétanyaou se mettrait en vacances du pouvoir dès l’ouverture de son dossier… La crise sécuritaire dans le Sud peut raisonnablement conduire Benny Gantz et Binyamin Nétanyaou à réviser leurs positions « radicales » pour adopter une option plus nuancée, plus réaliste, plus apte à faire face aux défis de Défense Nationale dans lesquels le pays se débat actuellement. On devrait là encore être fixé d’ici la fin de cette semaine…

Daniel Haïk