5 Tammuz 5781‎ | 15 juin 2021

Lyon, 3e communauté juive de France, s’ouvre sur l’extérieur pour mieux combattre l’antisémitisme

Forte de ses 30 000 membres, la communauté juive de Lyon s’apprête à recevoir en grande pompe la visite du grand rabbin d’Israël le Rav Its’hak Yossef, du dimanche 22 au mardi 24 Septembre prochain. L’occasion de faire un tour d’horizon, sur plusieurs grands projets de développement liés à la communauté.

Solidement ancrée dans l’histoire de France, celle des juifs de Lyon remonte au 9e siècle. Déjà, à l’an 800, nos coreligionnaires vivaient dans une certaine prospérité, avec leur propre synagogue située à Fourvière, à proximité d’une longue rue qui porte aujourd’hui encore le nom de rue Juiverie. Plus tard, sous le règne de Charlemagne, le jour du marché de Lyon fixé le samedi fut déplacé en milieu de semaine pour la commodité des juifs, c’est dire la lune de miel qui prévalait à l’époque avec le monde chrétien. Elle ne dura pas longtemps. La foudre du clergé ne tarda pas à s’abattre sur les juifs de Lyon à travers deux évêques, Agobard en 825 et Amolon en 846. Pour se terminer par leur expulsion en 1420 après de très nombreuses persécutions. Il faudra attendre la fin du règne de Louis XV, en 1774, pour qu’une quinzaine de familles venues de Bordeaux et d’Alsace s’installent à nouveau à Lyon. Elles obtiennent alors le droit de posséder leur cimetière. C’est ensuite sous Napoléon que les juifs peuvent réellement disposer de leur liberté de culte moyennant l’obéissance au code civil. Ainsi, en 1857, fut crée le consistoire de Lyon et en 1864 la grande synagogue du quai Tilsitt.

Lyon capitale de la résistance et siège de la gestapo

Enfin pendant la shoah, Lyon devient le centre de la résistance française. C’est ici que Jean Moulin fut arrêté et torturé directement par Klaus Barbie, surnommé le boucher de Lyon. Alors chef de la gestapo, il opérait depuis l’hôtel Terminus et fut responsable de l’exécution de 4000 personnes, et de la déportation de 7500 juifs raflés à Lyon et dans sa région puis exterminés à Auschwitz. Parmi eux, des centaines d’enfants, dont les 44 enfants d’Izieu âgés de 4 à 17 ans, raflés au sein de leur colonie de vacances située dans la vallée du Rhône, sous les ordres de Klaus Barbie. Alors que la ville sera libérée le 3 septembre 1944, il faudra attendre 1987 pour que ce criminel nazi, après son escapade en Amérique du sud, soit enfin jugé à Lyon et condamné à la prison à vie. C’est dans sa cellule lyonnaise qu’il mourut en 1991.

Après Paris et Marseille, Lyon demeure la troisième communauté juive de France

Aujourd’hui la communauté de Lyon est soudée et dynamique. C’est avec l’arrivée des juifs d’Afrique du Nord, en 1960, qu’elle se développe de manière significative avec la création de plusieurs synagogues, aujourd’hui au nombre de 30. Depuis, écoles juives, magasins et restaurants cashers, yechivot se multiplient, avec notamment les Institutions du Rav Pinto. Concentrés essentiellement dans la cité adjacente de Villeurbanne où évolue une population plus orthodoxe, les juifs de Lyon restent dans leur ensemble très attachés aux traditions et disposent actuellement de toutes les structures nécessaires pour mener une vie juive épanouie. Comme le confirme à Haguesher le responsable du Beth Habad, Chalom Gourevitz : « Nous entretenons d’excellentes relations avec les institutions de la ville et bien entendu avec toutes les tendances du judaïsme présentes à Lyon. Dans notre école, nous accueillons plus de 1000 élèves issus de tous les milieux, qui évoluent en bonne harmonie. De nombreuses activités et sorties sont proposées aux enfants, aux jeunes et aux retraités tout au long de l’année, et surtout au moment des fêtes, en partenariat avec le consistoire. Pour faciliter la vie des étudiants nous avons mis en place un bibliobus qui distribue des sandwichs cashers aux abords des universités. Grâce à D ieu, il est encore possible de se promener librement dans les rues de Lyon avec une kippa, une barbe et un chapeau, sans difficultés. » Ce qui, dans une période de recrudescence des actes antisémites partout en France, méritait d’être souligné. Isabelle Azriel