12 Kislev 5781‎ | 28 novembre 2020

Rabbi Meir Simha Hacohen de Dvinsk

Le Meche’h ‘Ho’hma

Fils de Rav Shimshon Klonymous, un riche marchand de la ville de Butrimonys (Baltrimantz) célèbre pour son hospitalité, Rabbi Meïr Simha naquit en 1843 après que son père eut reçu les berakhot de deux prestigieux convives. Alors que le Maharam de Titkin avait résidé chez Rabbi Klonymous pour une longue période, celui-ci voulant remercier son hôte lui adressa la bénédiction suivante : « Que ta femme donne naissance à un fils qui illuminera le monde de Torah ! » Peu après, alors que Rabbi Klonymous hébergeait le Rav de Butrimonys, celui-ci lui accorda une seconde brakha et, peu après, Rav Shimshon donna naissance à un fils qu’il nomma d’après les deux rabbanim qui avaient séjourné chez lui : Méïr d’après le Maharam de Titkin, et Simha pour commémorer le miracle du Rav de Butrimonys. Alors que Rabbi Meïr Simha n’avait que 8 ans, vint peser la menace des décrets cantonistes sur le tout jeune garçon. En vertu d’un décret du tsar Nikolaï Ier, les jeunes garçons juifs dès l’âge de 8 ou 12 ans étaient enrôlés de force dans l’armée russe, et devaient être éloignés de leurs familles pendant une période de 25ans, où ils subissaient de rudes traitements, en plus de tentatives répétées de conversion au christianisme orthodoxe. Les soldats du tsar avaient pour habitude de pénétrer de force et par surprise dans les maisons juives afin de récupérer le maximum d’enfants, tandis que les parents, connaissant les risques d’une telle menace, cachaient autant que possible leurs enfants afin de les préserver d’un tel danger. Un vendredi soir, peu avant l’allumage des bougies, vint toquer un étranger à la porte de Rabbi Shimshon afin de les avertir de la venue prochaine des envoyés du tsar. La mère de Rabbi Méïr le cacha alors dans le panier de linge de la chambre à coucher et, plus tard dans la nuit, firent irruption dans la douce maison de Rabbi Shimshon les émissaires du Tsar, qui passèrent la maison au peigne fin afin de débusquer le jeune Rabbi Meïr. Rabbi Méïr passa miraculeusement entre les mailles du filet, et les soldats saccagèrent la maison sans réussir à mettre la main sur le petit garçon. Rabbi Méïr put donc grandir en toute sécurité, et se révéla rapidement être un prodige dans l’étude de la Torah. A l’âge de 17 ans, Rabbi Méïr se maria et c’est sa femme qui choisit de prendre en main la subsistance du logis, ouvrant un petit commerce afin de permettre à Rabbi Meïr de continuer à étudier. De son mariage, Rabbi Méir n’eut qu’une fille qui mourut prématurément, sans permettre à Rabbi Méir d’avoir une descendance. A l’âge de 40 ans, Rabbi Méïr devint Rav de la ville de Dvinsk, position qu’il occupa jusqu’à sa mort. A Dvinsk vivait également le Rogatchover Gaon ou Tsofnat Paaneah, et, alors que dans la majorité des communautés d’Europe de l’Est, les communautés hassidiques et litaïques vivaient au mieux dans la plus totale indifférence, à Dvinsk les deux communautés cohabitaient dans la plus parfaite harmonie, ceci grâce au lien qui unissait leurs deux Rav. Unis par leur amour des œuvres de Maimonide, le Rogatchover Gaon et Rabbi Méïr Simha Hacohen se vouaient l’un l’autre une admiration sans borne, doublée d’un profond respect pour les connaissances de chacun d’entre eux. Quand l’on venait chercher une brakha auprès du Rogatchover Gaon, celui-ci répondait de suite « Va chez le Cohen » désignant par-là Rabbi Méïr Simha. Rétrospectivement, lorsque l’on se tournait vers Rabbi Méïr pour une question d’ordre hilh’atique, celui-ci avait pour habitude de répondre : « Il me faudrait toute une nuit pour pouvoir résoudre cette question. Va chez le Rogatchover Gaon et tu auras ta réponse sur le champ. » Rabbi Méïr Simha accompagna sa communauté tout au long de sa vie, et, lorsque la ville de Dvinsk se retrouva au cœur des combats de la Première Guerre mondiale, Rabbi Méïr refusa de fuir la ville, choisissant de demeurer avec ceux qui n’avaient pas les moyens de partir. Lorsque les plus aisés lui incombèrent de se sauver avant que les bombardements aient raison de lui, il leur répondit avec tranquillité : « Aussi longtemps qu’il y aura 9 Juifs dans cette ville, je resterai et serai le dixième homme. Quant aux bombes et explosifs, sachez que chaque bombe a une cible. Tant que le Ciel n’aura pas décidé qu’une personne doit être touchée, celle-ci ne court aucun danger. ». Rabbi Méïr Simha s’éteignit le 4 elloul 1926 à Riga, et c’est tout naturellement que les communautés de Dvinsk et de Riga se disputèrent la sépulture de ce grand homme. Quand il fut finalement décidé que c’est à Dvinsk que Rabbi Méir Simha reposerait, le train qui amena ce grand homme à sa dernière demeure accueillit à chacun de ses arrêts des centaines de Juifs se joignant au cortège, et c’est une foule extraordinairement nombreuse qui se pressa à la levaya de Rabbi Meir Simha Hacohen de Dvinsk Si Rabbi Méïr Simha est également connu sous les noms de Ohr Saméah ou de Mecheh Hohma, c’est d’après les immenses œuvres qu’il rédigea tout au long de sa vie, l’une portant sur la Guémara et l’œuvre du Rambam, l’autre étant un commentaire du Houmash, toujours étudiées avec grande intensité de nos jours.