13 Kislev 5780‎ | 11 décembre 2019

Les drones et les milices chiites : les deux nouveaux outils de la menace iranienne

Intervenus dans le contexte des tensions croissantes dans la région depuis le Yémen jusqu’à l’Irak, la Syrie et le Liban en passant par le Golfe persique, les raids aériens de Tsahal de la fin août visaient les deux axes de la nouvelle stratégie iranienne : un impressionnant arsenal de drones et le regroupement des diverses milices chiites régionales.

Le 29 août dernier, cinq jours après son raid en Syrie contre des arsenaux iraniens de drones et d’hélicoptères sans pilote prêts à être tirés sur le nord d’Israël, Tsahal a accusé l’Iran de chercher à fabriquer, par l’intermédiaire du Hezbollah, son allié libanais, des drones d’un nouveau genre et aussi des missiles guidés de haute précision qui pourraient provoquer, selon l’armée, « d’énormes pertes humaines dans la pays ». Des accusations fondées… au regard de l’arsenal grandissant de drones, de « smart-bombs » et d’autres nouvelles « munitions technologiques » dans les mains des Iraniens et de la force AlQods des GRI.

En voici quelques exemples déjà opérationnels : -le nouveau drone de type « Kian » équipé de radars sophistiqués et capable de frapper avec précision des cibles éloignées ; -le modèle de drone appelé « Mobin » que l’Iran a exposé fin août à Moscou et qui peut voler pendant 45 minutes à plus de 13 000 m d’altitude en pourtant une charge explosive de 120 kg – dont de petits missiles de 1,7 m de long et de 30 km de portée, ainsi que les nouvelles « bombes optiques de type Qaem (venues renforcer les séries déjà existantes de bombes Yasib er Balaban) ; – le drone de reconnaissance Shahed-129 lancé en janvier dernier ; – le Mohajed-6 qui a déjà accompli des missions en juin dernier. Autant d’avions sans pilote que l’Iran a disséminés dans tout le Moyen-Orient en les regroupant dans une nouvelle unité des GRI et dont il a transféré la technologie à ses alliés, les rebelles Houthis du Yémen, le Hezbollah et les milices chiites d’Irak. Le tout en les utilisant déjà sur le terrain au Yémen, en Syrie et en Irak…. Et ce, afin d’envoyer un clair message aux USA, à l’Arabie Saoudite et à Israël !

Certes, l’Iran n’a pas encore fait un usage massif, simultané et à grande échelle de ce type d’armes, mais on a déjà constaté comment les Houthis s’en sont servis en attaquant l’aéroport de Ryad en Arabie Saoudite, pendant que des milices chiites irakiennes réussissaient avec les mêmes armes à détruire à Bagdad des bâtiments proches de l’ambassade US. en Irak, ainsi qu’à menacer trois bases US. dans ce pays. On se souvient aussi qu’un drone américain non-armé de reconnaissance avait été abattu début juin dernier au-dessus du Détroit d’Ormuz, ce qui « faillit » provoquer une riposte des USA… Une série de milices chiites régionales contrôlées par les Gardes de la Révolution islamique (GRI).

Outre ces escadrilles de drones, l’Iran a patiemment regroupé, en les coordonnant, l’ensemble des milices irakiennes dans les Forces de Mobilisation populaires (FMP), formées en 2014 pour combattre Daësh. Lesquelles ont été incorporées officiellement dans l’armée irakienne en janvier 2018 et dont les commandants sont souvent de hauts-officiers iraniens des GRI. Hormis le Hezbollah libanais engagé depuis 2011 aux côtés des forces iraniennes en Syrie pour soutenir le régime Assad, voici d’autres milices irakiennes et syriennes du même genre, toutes alliées directement à l’Iran : la Hezbollah-Kataiëb, la Harakat Hezbollah Al-Noudjaba et le Asaïeb Ahl al-Haq passés en 2017 d’Irak (où elles combattaient Daësh) en Syrie, pour y servir les ambitions iraniennes sous le commandement des GRI, notamment grâce au fameux « autoroute Téhéran-Bagdad-Damas-Beyrouth » mis en place par les mollahs iraniens depuis deux ans. Les bases de certaines de ces milices auraient été détruites en juillet dernier lors des premiers raids israéliens effectués en Irak depuis 1981, date de la destruction par l’aviation de Tsahal du réacteur atomique Osirak de Saddam Hussein.

C’est assurément la synergie entre ces escadrilles de drones surarmés et la multiplication de ces milices alliées à Téhéran aux quatre coins du Moyen-Orient qui ont permis ces derniers mois à l’Iran d’avoir l’audace et le toupet d’arraisonner à trois reprises des pétroliers occidentaux ou saoudiens traversant le Détroit d’Ormuz : une région que les GRI considèrent déjà son contrôle exclusif…

Richard Darmon